GALLERY - Anne Wenzel - Galerie Suzanne Tarasieve


History Repeating, Anne Wenzel ceramic show at Suzanne Tarasieve Gallery.

History Repeating_ Anne Wenzel_ Galerie Suzanne Tarasieve_ Pour History Repeating, Anne Wenzel (1972, Allemagne, vit et travaille à Rotterdam), rassemble onze sculptures récentes, de différents formats, réalisées, comme à son habitude, en céramique. La technique,comme les sujets de ces travaux de la statue en pied au buste allégorique, en passant par la nature morte ne sont classiques quʼen apparence: sʼappropriant des modes de représentation fortement ancrés dans lʼhéritage dʼun art de commande, lʼartiste effectue une série de gestes déplaçant ces images du pouvoir dans un espace incertain, faisant vaciller les symboles officiels, les codes de la tradition dans un univers crépusculaire et mélancolique. La manière sombre dʼAnne Wenzel incarne un rapport à lʼhistoire hanté par la violence, et oppose à lʼéquilibre du monument la menace de la chute et du chaos, à la sérénité de la nature intemporelle les signes de son extinction, de sa décrépitude, au hiératisme du portrait idéalisé les signes du saccage et de la révolte.  
Par le biais de citations frontales, explicites, référencées à lʼhistoire de lʼart, lʼartiste fait réapparaître dans le monde contemporain un ensemble de formes iconiques. Ainsi, La liberté (Marianne) (2015) est assurément le fantôme de La liberté guidant le peupleEugène Delacroix, exposée au Salon de 1831 en hommage à lʼinsurrection de juillet 1830 à Paris. Mais si la composition de la peinture de Delacroix était animée par un élan romantique, révolutionnaire et tourné vers lʼavenir, le déséquilibre, dans lʼœuvre dʼAnne Wenzel, donne le sentiment que cette figure de lʼémancipation est attirée par une force gravitationnelle menaçante. Renforcé par la couleur sombre, organique, dont elle est couverte, ce mouvement indécidable la sculpture émerge-t-elle des ténèbres, ou bien sombre-t-elle dans la nuit de lʼhistoire? ne peut quʼévoquer le poids dʼun sang versé au long dʼune longue histoire de la destruction.




Under Construction (Don't Fear Freedom)_Dans les nouvelles œuvres de la série Under Construction (Don't Fear Freedom), lʼartiste sʼapproprie le canon du buste féminin représentant la liberté, pour le destituer de sa blancheur traditionnelle : maculée de couleurs dissonantes, scarifiée, sauvagement couverte de mots dʼordre tels FREEDOM, la statue, impersonnelle, symbole étatique, devient sculpture libre et manifeste, rappelant que la liberté nʼest pas donnée mais doit être prise, reprise. Dans la matière même dʼune image de la liberté devenue lʼicône dʼunpouvoir vide, lʼartiste inscrit, physiquement, la nécessité dʼincarner une forme dʼinsurrection. Dans le continuum de lʼhistoire se répétant elle-même, Anne Wenzel instaure une rupture brutale, subjective, en forme dʼappel au réveil du sommeil historique. Car lʼhistoire, pour être active, se doit dʼêtre toujours en construction, reconstruction permanente. Et pour rester une matière vivante, un paysage en mouvement, assumer sa propre fragilité, et donc sa possible destruction. 

  
Attempted decadence _ Dans Attempted decadence (blossoms, large, blue) (2014), cʼest également la couleur qui donne dʼemblée le sens dʼune œuvre iconoclaste. Les teintes du bouquet, support traditionnel, dans lʼhistoire de la peintureancienne et notamment flamande, de la méditation sur le temps qui passe, sont singulières : aux habituelles couleurs vives, Anne Wenzel a substitué le bleu et le blanc sale, renvoyant plus au vide, au pourrissement, quʼà un idéal dʼéquilibre et dʼélégance métaphysique. De même, les oiseaux morts de Chasing silence (201617) détournent les figures silencieuses des natures mortes de la peinture ancienne en en faisant des images de la chute, le poids des corps inanimés (calcinés?), contrastant avecimage dʼélévation spirituelle communément associée à lʼanimal.