PANTIN - Anselm Kiefer - Thaddaeus Ropac


L’exposition Für Andrea Emo, montrera une sélection d’une vingtaine de tableaux ainsi que trois sculptures explorant le thème de la sédimentation du souvenir cher à Anselm Kiefer.

FÜR ANDREA EMO, _ Anselm Kiefer_ Galerie Thaddaeus Ropac Pantin_ Cinq ans après l’exposition d’Anselm Kiefer pour l’inauguration de notre espace de Pantin et à la suite de sa rétrospective au Centre Pompidou en 2015/2016, la Galerie Thaddaeus Ropac a le plaisir d’annoncer la présentation d’une nouvelle série d’œuvres de l’artiste à Paris. L’exposition Für Andrea Emo, montrera une sélection d’une vingtaine de tableaux ainsi que trois sculptures explorant le thème de la sédimentation du souvenir cher à Anselm Kiefer. Ces sculptures, qui mettent en scène une connexion spirituelle entre différents éléments, sont autant de fossiles ou d’artefacts mis au jour, autant de micro-fictions à déchiffrer. D’une inventivité formelle inédite, les tableaux reflètent l’intérêt que l’artiste porte depuis longtemps à l’idée de destruction et de régénération. En faisant couler du plomb en fusion, Anselm Kiefer oblitère l’image originale et insuffle ainsi une nouvelle vie à ses propres œuvres dans un geste radicalement iconoclaste. 

Les références philosophiques et littéraires ont toujours joué un rôle essentiel dans l’art d’Anselm Kiefer. L’exposition est dédiée à Andrea Emo (1901-1983), philosophe italien dont les réflexions nihilistes ont nourri le développement de son travail. Penseur solitaire, qui a choisi la voie de la réclusion et de l’auto-exclusion du monde académique, Andrea Emo est une figure importante de la nouvelle pensée métaphysique. Son écriture singulière, sous forme de fragments et de notes, dessine une théologie de la négativité. Chez Andrea Emo, la modalité privilégiée du temps est le souvenir : « il n’y a pas de nouveauté hormis dans le souvenir..... le nouveau naît à partir de nous, qui sommes le futur, si nous pouvons renoncer à celui-ci. » C’est ainsi qu’Anselm Kiefer trouve dans la philosophie du penseur italien un écho à ses propres questionnements. Lorsqu’Andrea Emo écrit « l’acte est la destruction des tableaux, leur mort, leur sommeil, les tombes dont ils ont besoin pour pouvoir ressusciter », Anselm Kiefer, lui, dit dans son journal : « tu as pris conscience du fait qu’un tableau éteint toujours le suivant, que c’est un mouvement constant d’abolition de soi et de renaissance. » 










La conception cyclique du temps irrigue toute l’œuvre d’Anselm Kiefer. Elle s’incarne ici dans la matière même des œuvres, qui subissent un acte de destruction avant d’entrer dans un processus de régénération. Ainsi Anselm Kiefer écrit dans son journal, publié dans le catalogue de l’exposition : « hier versé du plomb. tombé sur plusieurs anciens tableaux rejetés que tu ne voulais plus du tout voir. sans colère, sans désespoir, contrairement à autrefois, tu as posé les tableaux par terre et versé dessus le plomb brûlant. plus aucun motif de désespoir, car tu le sais : quelque part il y a un résultat, mieux, tu intègres d’emblée l’échec dans le calcul. le résultat serait-il différent si le plomb coulait autrement, si l’acte destructeur se produisait par rage et non par calcul ? »
Si sur certaines toiles la couche de plomb solidifié laisse encore entrevoir un paysage, sur d’autres elle emprisonne les éléments picturaux rejetés par la surface calcinée. La peinture devient alors sa propre sédimentation, un palimpseste. Anselm Kiefer note : « Ce pansement de plomb qui ne peut plus être détaché de la peau de peinture, ces plaies suppurantes du plomb encore bouillant quand le pigment n’est pas sec, les petites pailles sur un champ que j’ai peint il y a des années et qui apparaissent comme des restes calcinés sur le plomb solidifié – tout cela me rappelle les poèmes de Baudelaire. »