MUSEUM - Musée de la Chasse et de la Nature - Sophie Calle


Expositions Des Histoires Vraies au Musée de la Chasse et de la Nature, par Sophie Calle.



Musée de la Chasse et de la Nature _ Des Histoires Vraies_ Sophie Calle_ 56 récits_ Le musée de la Chasse et de la Nature invite Sophie Calle à investir ses salles. Sous le commissariat de Sonia Voss, l’exposition sera la première présentation muséale en France à couvrir plusieurs décennies de création de l’artiste, depuis sa rétrospective au Centre Pompidou en 2003.
L’oeuvre de Sophie Calle est construite sur les frontières poreuses entre autobiographie et récit fictionnel. Au cœur de son travail se côtoient les questions existentielles du regard, de l’altérité, de l’amitié et de la mort, transcendées par les rituels et le jeu. L’exposition permettra de redécouvrir certaines pièces de l’artiste dans le contexte singulier des collections du musée et révélera par ailleurs des œuvres spécialement conçues pour l’occasion.
Faisant du musée son « territoire », elle y insère ses propres travaux et incite ainsi le visiteur à une nouvelle appréhension, le convie à traquer dans la profusion décorative des salles ce qui relève de son expérience intime. L’artiste Serena Carone a été invitée par Sophie Calle à dialoguer avec elle au sein de l’exposition et présentera plusieurs objets issus de son bestiaire artistique. Son oeuvre constitue une sorte de cabinet de curiosités né de l’expérimentation et du travail des matériaux les plus divers. Aux antipodes de l’approche conceptuelle de Sophie Calle, Serena Carone propose un monde à la fois merveilleux et inquiétant et pose un regard singulier sur le monde vivant et son rapport à la mort. 

Infartus Silencieux_ "Quand mon père est tombé malade, je suis tombée malade. J'ai fait un zona et un infartus. Comme si je voulais contraindre le médecin à prendre une dernière fois soin de sa fille, ou bien l'accompagner dans l'épreuve, épouser sa maladie, tout en me dérobant, à la faveur de cette excuse imparable, à la vision déchirante de ce père désormais diminué. 
Zona : relâchement des défenses immunitaires. Infarctus : mort d'une partie du coeur. A la différence des infarctus dits douloureux, le mien fut silencieux. J'étais menacée de mutisme par la perte de ce regard qui avait guidé ma vie. 


La girafe_ "Quand ma mère est morte, j'ai acheté une girafe naturalisée. Je lui ai donné son prénom, et je l'ai installée dans mon atelier. Monique me regarde de haut, avec ironie et tristesse.

Cki _Efface-Moi ! 

Le divorce_ "Dans mes fantasmes, c'est moi l'homme. Greg d'en aperçut vite. C'est peut-être pourquoi un jour il m'a proposé de le faire pisser. Cela devint un rituel entre nous : je me collais derrière lui, je déboutonnais à l'aveugle son pantalon, je prenais son pénis, je m'efforçais de le placer dans la position appropriée, de bien viser. Puis je le rentrais nonchalamment et fermais la braguette. Peu après notre séparation je proposai à Greg de faire la photo souvenir de ce rituel. Il accepta. Alors, dans un studio de Brooklyn, sous l'oeil de la caméra je l'ai fait pisser dans un seau en plastique. Ce cliché me servit de prétexte pour poser la main sur son sexe, une dernière fois. Ce soir-là j'acceptais le divorce. "

MON AMOUR_ 


Silence_ "Chaque fois que ma mère passait devant l'hôtel Bristol, elle marquait un arrêt, se signait, et nous priait de la boucler : 'Silence, disait-elle, c'est ici que j'ai perdu ma virginité."

Le cadeau_ "J'étais amoureuse de lui mais il avait décidé de me quitter. Pour adoucir la rupture il proposa un voyage d'adieu d'une semaine à Séville. J'aimais l'idée, bien qu'elle parût douloureuse. J'acceptai donc et le voyage eut lieu. Le dernier jour, durant le repas, quand il vit mes larmes, H. me conta un secret. C'était un terrible secret, une histoire qui avait empoisonné sa vie, et c'est à moi seule qu'il la confiait. A moi seule. Au moment même où il me privait de son amour, cet homme m'offrait l'ultime preuve de notre intimité. "
La Pleureuse_ 
Noces de rêve_ "J'ai failli me marier avec un homme qui part en Chine pour trois ans. C'est long. Telle une fiancé dont l'amoureux s'en va au front, je souhaitais à l'épouser sur la piste de l'aéroport, à l'heure du départ. Il montait dans l'avion, je restais sur le tarmac. Le banquet aurait eu lieu sans lui et je serais rentrée passer seule ma nuit de noces. La date de la cérémonie, le 7 octobre 2000, avait été fixée. Négaciations avec les autorités aéroportuaires, accord du maire, licence, témoins, robe, tout était réglé. La lettre du procureur refusant la dérogation est arrivée. Le mariage devait être célébré à la mairie. Deux exceptions étaient prévues par le code civil : l'hôpital en cas de péril imminent de mort d'un des futurs époux, l'établissement pénitentiaire pour les détenus. Au choix : mairie, agonie, prison. Banal, tragique ou radical. Le 7 octobre, je l'ai accompagné à l'aéroport pour porter, une fois, ma robe, et faire le deuil de notre mariage. Et je suis rentrée seule, comme prévu."
La Tasse_
Le Portrait_
Ma mère est morte_"A la date du 27 Décembre 1986, ma mère avait écrit dans son journal intime : 'Aujourd'hui ma mère est morte'. 
Le 15 mars 2006, j'écris à mon tour : 'Ajourd'hui ma mère est morte'. 
Personne ne le dira pour moi. 

Torero_ Sur le rapport du chirurgien, on pouvait lire : "Son coeur était ouvert en deux comme un livre". 
Les convenances m'écartaient de ses funérailles. Ses cendres furent dispersées. Mon deuil était désincarné. Je lui ai fait une sépulture éphémère, une plaque de marbre posée sur le sol des arènes de Séville, à l'endroit précis où il est mort, le 1er mai 1992, à dix-huit heures quarante-cinq, une corne en plein coeur.