MUSEUM - Musée Rodin - Anselm Kiefer


À l’heure du centenaire de la mort d’Auguste Rodin, le musée affirme plus que jamais sa programmation en lien avec les artistes contemporains et donne carte blanche à Anselm Kiefer. Investissant la salle d’exposition, l’exposition témoignera de la rencontre singulière de ces deux géants, pétris de liberté et affranchis de toutes contingences artistiques.

Kiefer-Rodin - Les similitudes de parcours, de sources d’inspiration et de procédés créatifs de Kiefer et de Rodin mettent en évidence une originalité instinctive. Attirés par l’accident, disponibles au hasard, ils exploitent tous les domaines, manipulent toutes les matières, empruntent les chemins de traverses et s’autorisent autant d’agencements et d’audacieuses mutations. Attiré par les débris et abattis directement issus du ciment rodinien qu’il mêle aux reliques de sa propre vie et à d’autres matériaux inattendus, Anselm Kiefer réalise une série de vitrines totalement inédites. L’artiste ingurgite alors, assimile et digère pour engendrer ici des formes nouvelles. Sous le verre, Kiefer guette l’étincelle de ses métamorphoses. De la même manière, les moules des oeuvres de Rodin exhumés, fatigués et salis, verrouillés, brisés ou éventrés, témoignent d’une vie passée et d’une autre à venir. La forme y est prisonnière, préservée, prête à éclore, presque palpable, traversée, forcée et perpétuellement réinventée par le regardeur. En écho à cette présentation, le parcours du musée sera modifié afin d’exposer pour la première fois des plâtres de Rodin totalement méconnus, témoins des préoccupations communes aux deux artistes et des mêmes combats esthétiques. Si Kiefer et Rodin jouent de tous les supports, usent de toutes les techniques pour comprendre ou digérer l’héritage du passé et assouvir leur amour du métier, ils célèbrent avant tout leur culte commun du travail à travers une même quête, celle de la vérité, jamais embellie. 
Tours-Cathédrales - Parallèle de dessins entre Kiefer et Rodin. 
Le rachat en 1985 d'une partie du plomb du toit de la cathédrale de Cologne a eu pour Kiefer, outre un intérêt pour la matière même, une forte dimension symbolique. En 2013, il entreprend un travail autour de la "cathédrale" en hommage à Rodin et à son ouvrage publié en 1914. Dans l'éternité de ses livres, véritable empreinte de son oeuvre, Kiefer poursuit avec les cathédrales, chargées d'érotisme féminin - entre dévotion sacrée et jouissance profane - un dialogue, fidèle à Rodin mais sans complaisance servile. Tous uniques, ces livres partagent la même puissance d'évocation poétique et spirituelle. La série de livres aux effets marbrés fait naître de la matière des silhouettes féminines et évanescentes. Car pour Kiefer comme pour Rodin, et selon la formule de Michel-Ange, l'idée et la forme sont parties intégrante de la matière, qu'elle soit de marbre ou de plomb. A eux, passeurs de les faire émerger et exister.
 Dans les vitrines, les figures de Rodin fragmentées, associées à des éléments végétaux, des lambeaux de tissus trempés dans le plâtre, caractéristiques de la maturité du sculpteur, jouent sur le même mode opératoire que celui de Kiefer. Dès lors, les incisions, les inscriptions, les traces d'outils ou d'assemblages, les différents matériaux qui habillent les esquisses de Rodin répondent à un processus créatif commun aux deux artistes qui déclient à l'infini matières et concepts. 
En écho aux oeuvres d'Anselm Kiefer, l'exposition se poursuit dans la salle 5 du musée où sont présentés pour la première fois des plâtres méconnus de Rodin qui témoignent des préoccupations que les deux artistes ont en commun. Attirés par l'accident, disponibles au hasard, tous les domaines, manipulent toutes les matières et s'autorisent d'audacieuses mutations. La ténacité à chahuter les convenances participe d'un même combat esthétique. Une même quête de sens, de sincérité et d'authenticité qui pose inlassablement une interrogation sur le monde. 
Au centre de la salle, Absolution, oeuvre monumentale et unique, constituée à partir d'éléments de plusieurs figures (Torse d'Ugolin assis, La Terre, Tête de la Martyre), recouverte d'un grand drapé, ajoute moins à la modernité du sculpteur qu'à son audace et à sa capacité à se renouveler. Sans doute réalisée vers 1900, cette oeuvre mystérieuse et sans équivalent dans la production de l'artiste, présentée aujourd'hui pour la première fois au plublic, proclame - cent après sa mort - tout le génie créatif du sculpteur-explorateur et puissant éclaireur. 
Salle des plâtre antiques - collection de Rodin -