PARIS - Musée Bourdelle - De bruit et de fureur


Un atelier musée - Des anciens ateliers de Bourdelle datant du XIXe siècle, jusqu’à l’extension moderne de Christian de Portzamparc de 1992, le musée Bourdelle offre au public des espaces d’exposition singuliers, ouverts sur des jardins propices à la flânerie ou la méditation, à deux pas du quartier de Montparnasse. 

Musée Bourdelle - 
Intimité de l’appartement de Bourdelle où le sculpteur vécut et travailla, majesté du Grand Hall des plâtres à la lumière diffuse, épure audacieuse de l'extension moderne - le visiteur découvre le parcours d'une vie et d'une œuvre, suit à son rythme les incessantes recherches stylistiques et plastiques du sculpteur visionnaire. 

















Grande Halle des Plâtres - 
Le musée Bourdelle conserve des collections extrêmement variées et riches. A la très vaste collection de sculptures (plâtres, bronzes, marbres, pierres, terres, grès) s'ajoute celle du fonds de dessins de l'artiste conservée au cabinet des arts graphiques. La photographie, qui occupait une place importante dans la vie et le travail de Bourdelle est également représentée. L'œuvre peint de Bourdelle, domaine plus méconnu, éclaire notamment le travail de jeunesse de l'artiste. Enfin, la collection personnelle de l'artiste (antiques, moulages en plâtres, peintures, dessins et gravures...) exposée par roulement au sein des collections permanentes, évoque les goûts d'un homme ancré dans son époque.

Institution monographique dédiée à Bourdelle, le musée Bourdelle conserve toutefois d'autres fonds, qui lui ont été historiquement confiés, comme celui de Rhodia et de Michel Dufet. Respectivement fille et gendre de l'artiste, ils œuvrèrent ensemble en tant que conservateurs des lieux, à la sauvegarde et à la diffusion de ce patrimoine, en parallèle à la carrière d'architecte-décorateur poursuivie par Michel Dufet. 
L'Atelier - 
De bruit et de fureur - Destiné à la ville natale de Bourdelle, Montauban, où il est inauguré en 1902, le " Monument aux Morts, aux Combattants et Serviteurs du Tarn-et-Garonne de 1870-1871" célèbre les combattants de la guerre de 1870 et, avec, le sursaut républicain et l’espoir d’une revanche.
Conçu sous la forme d’un assemblage de quatre figures expressives, ce chef-d’œuvre de la statuaire signe le tournant de la carrière de Bourdelle qui développe alors un langage personnel. Le Grand Guerrier, L’Effroi, les Têtes Hurlantes : les études et recherches de l’artiste trahissent toutes une audace formelle qui, plus tard, irriguera Héraklès archer (1906-1909) ou Centaure mourant (1911-1914).
L’exposition dévoile au public parisien un monument pour ainsi dire inédit, puisqu’il n’a été exposé à Paris qu’une seule fois, en 1902, lors du Salon de la Société nationale des beaux-arts.  Les sculptures – de terre, de plâtre et de bronze – dialogueront avec les photographies que Bourdelle réalise alors de son œuvre, lesquelles constituent non seulement un témoignage documentaire mais témoignent également d’une démarche créatrice majeure.
Grâce aux 130 photographies et 60 sculptures, qui n’ont pour la plupart jamais été dévoilées, et à l’oeuvre vidéo d’un artiste contemporain, Olivier Dollinger, c’est toute l’étendue de la création de Bourdelle qui est ainsi révélée.
La France - Alors que le jury du concours avait validé une maquette par un guerrier habillé, Bourdelle opte finalement pour une sculpture allégorique, La France, dont le modèle, la belle Angèle, nous est connu par plusieurs photographes
Audacieux, les nombreux clichés de La France traduisent l'obsession de Bourdelle à rendre compte de l'érotisme latent de sa figure que certains critiques ont bien perçu : "Une femme nue, des hommes nus, tel est le groupe. On n'y retrouve rien de la maquette première choisie par le conseil municipal. Qui donc a autorisé l'auteur à lui substituer ce modèle par trop graveleux ?" s'interroge un critique de La Croix. 
L'artiste puise également son inspiration dans sa vie intime : "La tête de la patrie vient beaucoup de toi" confie Bourdelle à sa compagne, Stéphanie Van Parys. 

Cris et hurlements - Pour ses Combattants, Bourdelle réalise de nombreuses variations autour du cri. Les yeux exorbités, la gorge tendue et la bouche béante, ces gueules hurlantes constituent un ensemble saisissant, animé par une veine expressive, voire expressionniste. 
Comme toujours, la photographe fait bien plus qu'enregistrer cette gestation sculptée, elle autorise des expérimentations audacieuses et confère une force singulière à ce corpus protéiforme. 






La part funéraire - Le succès rencontré par l'oeuvre définitive, mais aussi le scandale qu'elle a provoqué lors de son inauguration le 14 Septembre 1902, ont oblitéré sa dimension originellement funéraire. C'est au socle de granit que Bourdelle assigne cette fonction. Il y grave les noms des victimes, le flanque de quatre bas-reliefs aux allures de tympans macabres, et y inscrit le titre définitif de l'oeuvre : "Monument aux morts, aux combattants et serviteurs du Tarn-et-Garonne de 1870-1871."




Bras tendus et mains criés - Les recherches que Bourdelle mène autour des bras et des mains dessinent un corps en morceaux, né, selon les mots de son auteur, de l'amoncellement unique des charniers.  Crispées, agonisantes ou combatives, les mains seules suffisent à transmettre une émotion, à véhiculer un sentiment, à trahir une douleur. 
Membres ultimes, bras et mains tentent, une dernière fois, d'aggripeper, de saisir, de se cramponner à ce monde qui se dérobe. Sans relâche, Bourdelle explore leur pouvoir expressif - ici au moyen d'un plédouche, la grace à la photographie qui permet des dramatisations infinies. 


La rage de l'expression - Composé de quatre figures hétérogènes - La France, Le Grand Guerrier, le Dragon cuirassier et le Guerrier mourant -, le groupe échappe à toute typologie, même si ses déformations anatomiques et son souffle épique le rapprochent sans conteste de l'expressionniste. 
Qu'elles aient trouvé ou non leur place dans le monument définitif, de nombreuses sculptures trahissent cette dimension violemment dramatique, que la photographie vient souligner et renforcer. 
Cette primauté accordée à l'expression, y compris dans ses manifestations les plus violentes et les plus antinaturalistes, engendre des corps outrés et des membres déformés qui, s'ils scandalisent certains contemporains, résonnent bientôt avec les images de la barbarie composées par Pablo Picasso oui Max Beckmann. 







Bourdelle par lui-même - Dans une série spectaculaire, le sculpteur se met en scène devant ou dans son monument, tantôt assoupi tantôt mélancolique, allusions à son épuisement ou aux difficultés rencontrées avec les commanditaires. Ces poses peuvent évoquer l'Autoportrait en noyé d'Hippolyte Bayard, le Michel-Ange dans son atelier par Eugène Delacroix ou le Monument à Victor Hugo que Rodin expose en 1897. 
D'autres photographies figurent Bourdelle en divinité trônant dans les nuages. Le créateur se représente au sein de sa créature. Le monument devient un amas de rochers et de formes biomorphiques, semblant en cela anticiper les portraits de Jackson Pollock par Hasn Namuth dans les années 1950. 
Une dernière série montre Bourdelle torse nu à coté de son oeuvre. Sans doute destinés à sa compagne Stéphanie, restée à Paris pour mettre au monde leur enfant, ces portraits peuvent être perçus comme une tentative de se rendre présent auprès de sa bien-aimée.