EXPO - Mexico


Exposition sur l'Art moderne mexicain au Grand Palais.
Mexique (1900-1950) - Depuis son indépendance conquise face à la monarchie espagnole en 1821, le Mexique n’a cessé d’affirmer sa volonté de changement et son esprit de modernité. C’est en s’appuyant sur la peinture, la sculpture, l’architecture, l’urbanisme, la musique, la littérature, le cinéma et les arts appliqués que le pays forge son identité. Souhaitée par les plus hautes autorités françaises et mexicaines, l’exposition est la plus grande manifestation consacrée à l’art mexicain depuis 1953. Offrant un panorama d’artistes célèbres tels que Diego Rivera, Frida Kahlo ou Rufino Tamayo, le parcours dresse un constat de la bouillonnante créativité artistique du pays tout au long du XXe siècle.

Cette exposition est organisée par la RMN-Grand Palais et la Secretaría de Cultura, Instituto Nacional de Bellas Artes, Museo Nacional de Arte, Mexico




Au Mexique, le langage esthétique moderne puise ses racines dans le siècle précédant la révolution mexicaine. En effet, à partir de la restauration de la République en 1867, le gouvernement se vit contraint de justi er l’exis- tence d’un État relativement récent et d’en assurer la cohésion. La production artistique fut mise à contribution a n de promouvoir une histoire commune et de créer des références nationales qui privilégiaient les sujets historiques, le portrait et les scènes de genre, af rmant ainsi l’existence d’un peuple dans toute sa diversité. Parallèlement, tout fut mis en œuvre pour donner au Mexique une visibilité sur la scène internationale. L’art nouveau empreint de symbolisme, si répandu alors en Europe, allait en être le vecteur, et Julio Ruelas l’un de ses grands représentants.
L’académie de peinture San Carlos permit aux artistes les plus prometteurs qui se rendirent en Europe et y séjournèrent d’acquérir un large éventail de références artistiques. Au cours de ce voyage sur l’Ancien Continent, ils se familiarisèrent avec les avant-gardes de l’époque, proposèrent et réinterprétèrent une grande variété de styles. L’intérêt de Diego Rivera et d’Ángel Zárraga pour le cubisme, qu’ils revisitèrent à leur manière pour mieux s’en écarter ensuite, en est l’illustration. 
LE MEXIQUE ET LA RÉVOLUTION
La révolution mexicaine joua un rôle décisif dans la construction de l’identité politique, historique et culturelle du Mexique. Il ne faut pas oublier que cet épisode sanglant t des milliers de victimes, modi ant profondément la structure sociale du pays et par là même son langage esthétique. L’expression artistique la plus importante – mais non la seule – formulée à partir des récits de la Révolution est sans aucun doute le muralisme, aboutissement de la recherche constante d’un langage esthétique national. Ces circonstances favorisèrent l’émergence de ceux que l’on a appelé « les Trois Grands » : Diego Rivera, José Clemente Orozco et David Alfaro Siqueiros. Le nationalisme institutionnalisé grâce à l’art prit des orientations différentes selon les artistes. José Vasconcelos, alors secrétaire à l’Instruction publique, encouragea la peinture murale, qu’il voyait comme un vecteur de transmission des idéaux de la Révolution. Cependant, la revalorisation du passé permit aussi bien d’en faire une analyse critique que de se projeter dans l’avenir. En exprimant des idéologies de gauche et en expérimentant des matériaux novateurs, les artistes mexicains du XXe siècle conçurent des œuvres uniques et puissantes qui dépassèrent les frontières de leur pays. 


José Clemente Orozco et la révolution des hommes
L’œuvre de José Clemente Orozco, tant les peintures murales que celles de chevalet, illustre l’extrême violence des événements qui ont frappé le Mexique au siècle dernier. L’artiste s’attacha à envisager l’histoire du point de vue de son continent, l’Amérique, dans toute sa complexité et sans ltre. Il donna de la Révolution, et en particulier de l’engagement du peuple, une image pleine de contradictions où le pouvoir et la mélancolie de l’homme composent une vision souvent critique de l’avenir du Mexique et de l’humanité. Cette section présente des œuvres illustrant le langage esthétique de José Clemente Orozco sur d’autres supports, comme la photographie et la sculpture, et qui sont également en relation avec la violence de la révolution mexicaine. 



 Que Viva Mexico ! 


Siqueiros et la lutte des classes
David Alfaro Siqueiros fut l’artiste le plus impliqué dans les mouvements sociaux et politiques. Cet engage- ment, combiné à sa connaissance des mouvements d’avant-garde, est manifeste dans son œuvre. Ce qui lui tenait le plus à cœur était de créer un art public, raison pour laquelle il privilégia la peinture murale au détriment de la peinture de chevalet, qu’il considérait comme un art privé. Il élabora ainsi un discours qui donnait une voix prépondérante à la lutte ouvrière. Fasciné par les progrès de la modernité et le machinisme, Siqueiros mit à pro t des techniques qu’il appliqua à sa propre production et s’efforça de les populariser a n de dynamiser et renouveler les arts plastiques. La lutte des classes est chez lui indissociable de l’art. Selon Siqueiros, seul le « binôme » art-politique peut créer une conscience critique, et l’art doit être le diffuseur et le vecteur de ce postulat. 







Les femmes fortes

La révolution mexicaine modi a profondément la structure de la société : puisque les hommes étaient partis à la guerre ou à la recherche de travail et de moyens de subsistance, les femmes assumèrent de nouvelles tâches, d’abord dans la lutte armée puis dans la reconstruction de la culture et de l’éducation au sein de la société. Ainsi, l’image des soldaderas, ces femmes qui suivaient les troupes révolutionnaires, acquit une signi cation particulière et fut comparée symboliquement aux « femmes fortes » de la Bible. Dans le domaine artistique, les femmes jouèrent aussi un rôle déterminant, quali é parfois de « protoféminisme » : mécènes d’artistes de valeur ou artistes elles-mêmes, elles participèrent à la quête d’un langage esthétique capable d’exprimer leurs doutes et leurs interrogations. 









LES AUTRES VISAGES DE L’ÉCOLE MEXICAINE DE PEINTURE
L’école mexicaine de peinture représentée par « les Trois Grands » acquit une telle réputation qu’elle éclipsa d’autres courants esthétiques. L’un des mouvements les plus avant-gardistes de l’époque fut le stridentisme, dont le chef de le était le poète et diplomate Manuel Maples Arce. In uencé par le futurisme italien, le dadaïsme et l’ultraïsme, le stridentisme prônait un renouvellement des formes esthétiques et af rmait la supério- rité de la ville, de la technologie et de l’industrie. Des artistes d’envergure tels que Ramón Alva de la Canal, Germán Cueto et Fermín Revueltas rent partie de ce mouvement qui s’étendit aussi bien à la peinture et à la gravure qu’à la photographie, à la littérature et à la musique.
Des groupes comme ¡30-30!, la Ligue des écrivains et artistes révolutionnaires et plus tard l’Atelier de graphisme populaire favorisèrent l’essor de la gravure. Les facilités de reproduction que permettait cette technique ini- tiée par Jean Charlot encourageaient son utilisation, et ces groupes la mirent à pro t pour promouvoir leurs idéologies révolutionnaires.