EXPO - Mam - La boîte de Pandore


Exposition sur une autre photographie par Jan Dibbets au Musée d'art moderne, La boîte de Pandore.

« Au cours de la brève histoire de la photographie, nous pouvons voir comment ce médium diabolique et hybride a commencé à revendiquer de plus en plus sa position dans les arts, notamment depuis les années 60 avec l'art conceptuel. » Jan Dibbets 




Le Musée d’Art moderne a invité Jan Dibbets – dont la propre contribution à l’art conceptuel fut décisive – à une relecture de l’histoire de la photographie, depuis son invention jusqu'à nos jours. En rupture avec une approche conventionnelle des principes de l’exposition, l’artiste devenu commissaire entend suivre la ligne qui est la sienne depuis les années 1960 et qui s’est manifestée plusieurs fois au Musée d’Art moderne, lors des expositions qui lui ont été consacrées (1980, 1994, 2010). 

"Comme l'industrie photographique était le refuge de tous les peintres manqués, trop mal doués ou trop paresseux pour achever leurs études, cet universel engouement partait non seulement le caractère de l'aveuglement et de l'imbécilité, mais avait aussi la couleur d'une vengeance." Charles Baudelaire
 Photomicrograph, Fac-similé retirage sur papier salé- William Henry Fox Talbot. 
 Contretype, Karl Blossfeldt.
Photomicropraph, Insect Wings, William Henry Fox Talbot - Coupe microscopique, contretype, Andreas Von Ettingshausen.
La photographie scientifique - La photographie est née des travaux du physicien et chimiste Nicéphore Niépce, et de sa rencontre avec le peintre et décorateur de théâtre Louis Jacques Mandé Daguerre, également créateur du Diorama de Paris en 1822 - représentation panoptique qui eut un vif succès. Leur collaboration aboutit à l'invention du daguerréotype, annoncée officiellement en 1839 par François Arago devant l'Académie des sciences et l'Académie des beaux-arts. Celui-ci demeure cependant une pièce unique et non reproductible. 
Dès 1844, la photographie permet d'enregistrer les phénomènes de la nature. William Henry Fox Talbot et Anna Atkins confèrent aux images de la flore une qualité esthétique qui aura une résonance dans les clichés de Karl Blossfeldt révélés au début du XXe siècle. Ce nouveau médium permet en outre de reproduire et de fixer ce que l'homme ne voit pas, depuis l'infiniment petit. Il est en effet utilisé aussi bien pour les photomicrographies d'Andreas Ritter von Ettingshaussen et d'Auguste Adolphe Bertsch qu'en astronomie dès 1845 - dans les années 1880, Jules Janssen ainsi que Paul et Prosper Henry produisent des images du système solaire. 
Dix tirages gélatine-argentique assemblés Orbiter 4, Lunar Surface, Nasa -  Daguerréotype, Spectre solaire, Léon Foucault.
 Contretype, Planche de l'album Etudes de surface solaire Observatoire de Meudon, Jules Janssen.
 Tirage gélatine-argentique développé, Magnetism with Key, Berenice Abbott - Photocollage, Nasa.
Contretype, étincelles obtenues par la bobine de Ruhmkorff ou la machine de Wimshurst dites 'Figures de Trouvelot', Etienne Léopold Trouvelot. 

C'est également à partir des années 1880 que la découverte des procédés instantanés au gélatine-bromure permet de faciliter la prise de vue ; la photographie devient alors un véritable outils de recherche pour les scientifiques. En 1882, Etienne Jules Marey et Georges Kemeny poursuivent les travaux d'Eadweard Muybridge et mettent au point la chronophotographie (photographie séquentielle permettant la décomposition du mouvement). La photographie permet ainsi d'étudier les comportements des êtres vivants, comme lorsque Duchenne de Boulogne l'emploie pour documenter ses expériences en physiologie. Enfin, la découverte des rayons X par Wilhelm Conrad Röntgen dans la dernière décennie du XIXe siècle entraîne l'essor de la radiographie.

Toutes ces images vont alors constituer un vaste répertoire de formes dans lequel puiseront les avant-gardes artistiques du début du XXe siècle.
 Radiographie d'une main droite, Wilhem Conrad Röntgen.
 Ciels rapportés, deux négatifs superposés, Gustave Le Gray.
Contretype, Clouds, Sol Lewitt.
Sérialité - Dès 1877, Eadweard Muybridge invente la sérialité - la décomposition du mouvement - et, par là même, la force de la répétition. Ouvrant la voie à la chronophotographie, cette innovation technique fait de lui un véritable pionnier, en avance sur son temps. Sans l'apport des travaux de Muybridge et de Eteinne Jules Marey au cinéma, la rupture opérée par Andy Warhol et le minimalisme n'aurait pas été possible. L'influence de Muybridge est beaucoup plus importante qu'on a coutume de le penser.


"(...) et pourquoi l'artiste photographe ne romprait-il pas avec les conventions éculées qui ont commencé à entraver et restreindre sa technique, alors même que son existence est relativement récente, et ne revendiquerait-il pas la liberté d'expression que se doit de posséder tout art s'il veut être vivant ?"  Alvin Langdon Coburn
Prisme - D'abord marqué par les principes du pictorialisme, Alvin Langdon Boburn expérimente tous les procédés existants pour faire de ses photographies des oeuvres d'art. La découverte du vorticisme anglais, qui se caractérise par des formes géométriques et abstraites, l'incite à créer le "vortoscope" - baptisé ainsi par l'écrivain Ezra Pound - dès la fin de l'année 1916. il s'agit d'un dispositif constitué de trois miroirs attachés ensemble de sorte qu'ils forment un triangle, à la façon d'un kaléidoscope. Placés devant l'objectif, les miroirs agissent comme des prismes et divisent l'image créée par la lumière en plusieurs segments. Le résultat de cette fragmentation abstraite de l'image rappelle les recherches menées quelques années plus tôt par le cubisme analytique et le futurisme.
 Peter Keetman -
Photodynamisme - En 1911, Anton Guilio Bragaglia lance le photodynamisme, parallèlement au mouvement futuriste fondé par Filippo Tommasco Marinetti en 1909. Le photodynamisme s'inscrit dans la suite des recherches sur la chronophotographie menées par Etienne Jules Marey. Cependant, si la principal préoccupation de ce dernier est de rendre le mouvement, les épreuves photographiques de Bragaglia visent à dépasser la rigueur formelle et scientifique des clichés de Marey et à rendre l'invisible d'un geste. Elles cherchent à faire la synthèse dynamique du déroulement du temps d'une action, sans en réaliser l'analyse par étapes successives.
 Alfred Ehrhardt.
 Man Ray - Laszlo Moholy-Nagy.
Ralph Eugene Meatyard.
Stephen Kaltenbach. 

 Meret Oppenheim - Man Ray.
Penny Picture Display, Walker Evans - Les 62 membres du Club Mickey en 1955, Christian Boltanski. 
Typologie, Bernd et Hilla Becher. 



Jan Dibbets s’est emparé du projet de manière radicale. Pour lui, la force du médium photographique réside dans ses spécificités et dans les possibilités offertes par la technique, plus que dans le contenu et l’objet photographié.  À contre-courant de l’institutionnalisation progressive de l’image documentaire, il se réfère à la réponse que fait Duchamp à Stieglitz sur la photographie, en 1922 : « Vous connaissez exactement mon sentiment à l’égard de la photographie. J’aimerais la voir conduire les gens au mépris de la peinture jusqu’à ce que quelque chose d’autre rende la photographie insupportable » (« Can a Photograph Have the Significance of Art », MSS, n° 4, décembre 1922, New York).  
Rovesciaire i priori occhi, Guiseppe Penone. 
Photographie d'après un négatif inversé, Lafo Destro, Giovanni Anselmo - Tirage gélatino-argentique développé d'après reproduction offset, Giulio Paolini. 
Cunt, Panneau composé de seize photographies encadrées, Gilbert & George - Négatif au gélatine-bromure d'argent sur support en nitrate de cellulose, Luisa Casati, Man Ray. 
Objets photographiques - Les oeuvres que l'on peut voir ici procèdent d'un choix très resserré, qui s'appuie principalement sur la notion d'"Objet photographique" telle que l'a développée Markus Kramer à partir du travail de certains des artistes présentés. 
L'essor de l'informatique a rendu possible la création de photographies issues d'images piremetn numériques, dépourvues de référents dans le monde physique ou obtenues par transformation d'images préexistantes. Au contraire de la photographie traditionnelle, le résultat final peut n'avoir d'un très lointain rapport avec l'objet de départ puisque n'importe que motif est susceptible d'être déformé jusqu'à produire une image abstraite. Le procédé reste cependant de la photographie. Ainsi chez Thomas Ruff, l'image produite, quand elle est abstraite, a les mêmes caractéristiques techniques qu'un image créée par le même artiste en partant d'une photographie ancienne et en l'agrandissant suivant les moyens actuels. 
 Tirage à développement chromogène, 3d_ma.r.s, Thomas Ruff.
 Tirage à développement chromogène, jpeg01, Thomas Ruff.
Impression 3D en alumine, couche aluminium, Scabosia Columbaria + Acanthus Mollis, Spiros Hajidjanos.