ARTBRUSSELS - Maison Particulière - Everybody is crazy but me


Everybody is crazy, but me - 21 Avril - 3 Juillet. Maison Particulière, Bruxelles. 
Un accrochage en célébration du 5ème anniversaire de Maison Particulière, Everybody is crazy, but me, pour la première fois les oeuvres exposées proviennent d'une seule collection : celle des fondateurs du lieu. 
Mon livre 'Meurtre' de la série Insomnio exposé au 3e étage. 


Souvent une curiosité, légitime et compréhensible, s'est exprimée : connaître la ligne directrice de la collection de Myriam et Amaury de Solages. Peut-être cette ligne pourrait-elle expliquer Maison Particulière ? Et quand bien même le centre d'art n'est pas le lieu pour exposer une seule direction artistique, mais bien au contraire une multiplicité de regards, ne plus voir de façon anonyme l'appartenance des oeuvres des fondateurs du lieu est un début de réponse. 





Mes mains l'avaient surpris d'un coup de lance
Qui, en le transperçant, fit gicler une gerbe couleur de sang.
La Mu'allaqâ de 'Antara Ibn Chabbâd (6e siècle) 42, Les suspendues.


Les "lignes" qui sous tendent une collection d'art sont parfois invisibles, imperceptibles, et empruntent des chemins mystérieux, car seul "l'essentiel est invisible pour les yeux". Il faut donc les deviner : le corps, entier ou fragmenté, des mains, des pieds, des regards ; la beauté et le sens esthétique, idée oh combien personnelle avec des paysages, des noirs et blancs, des mouvements; l a poésie, si essentielle ; la sensualité, le toucher, la sculpture, le bronze, la pierre ; et enfin l'engagement, car dire, questionner, dénoncer, interpeller c'est donner du sens, donner à penser. On dit souvent que les oeuvres sont le portrait de leurs propriétaires ... pour un temps donné uniquement. 
Ainsi, revendiquer la curiosité et le refus d'entériner une certaine forme de "despotisme du goût", peuvent résumer les "lignes" des fondateurs du lieu. 






Le fil rouge de cet accrochage, la folie, des autres, car rarement on se considère fou, se déroule le long d'un parcours d'oeuvres qu'il a d'abord fallut choisir. A chaque choix, dix autres auraient pu se faire. A chaque parcourt un autre chemin aurait pu être emprunté. Pour illustrer cette part de folie, celle d'accumuler un certain nombre d'oeuvres, quelques murs de la maison sont pensés comme des mosaïques et réunissent un ensemble autour d'une même thématique. D'autres murs, au contraire, reçoivent une seule oeuvre : comme une respiration, une pause, un moment de contemplation. Cette aventure, celle d'un accrochage, est passionnante et périlleuse. 






Cet accrochage, plus que jamais, met en évidence un certain regard, éminemment objectif, celui du goût, ou plutôt des goûts et des émotions des fondateurs de Maison Particulière. Les goûts, car l'éclectisme définit cet accrochage. L'éclectisme car il rime avec le mot amateur d'art ou plutôt que l'intérêt unique vis à vis d'un courant, d'un style, ou d'une époque. Diversité, et libre arbitre aussi, car est présentés sans censure aucun ni tabou, une sélection parcourant les toutes premières oeuvres acquises jusqu'au dernières : ne renoncer à aucune, même si les chemins furent nombreux et se sont construits avec le temps. Ainsi Everybody is crazy, but me est à l'image des 16 accrochages l'ayant précédés : plus d'une centaine d'oeuvres exposées ; une certaine forme de désordre ordonné autour d'un fil rouge ; des textes de littérature en miroir des oeuvres ; des livres posés sur les tables et rangés dans une bibliothèque ; des bouquets de fleurs ; un parfum, la rose poivrée.. En bref une stimulation des sens. En quelques mots, une maison dédiée à l'art pour le public. 






Une façon de boucler la boucle, cet accrochage des 5 ans, Everybody is crazy, but me est tout à la fois un résumé de la vocation, un hommage rendu aux artistes, et un abrégé de ce qu'est Maison Particulière depuis sa création. Pour ce faire, le siens sont nombreux qui relient cet accrochage aux précédents. Même si, cette fois, il n'y a pas d'artiste invité, on y trouve des oeuvres d'artistes ayant été invités : Pieter Laurens Moll pour le premier avec Origine(s), en passant par Oda Jaune pour Féminité 0.1 et encore Kendell Geers dans Sex, Money & Power, Thomas Lerooy avec Etats d'Âmes, Fabrice Samyn dans Jeunes Collectionneurs, Gérard Garouste dans Obsession, Gauthier Hubert dans Résonance(s)... 
Certaines oeuvres sont à nouveau montrées, à l'exact emplacement de leur accrochage premier : Petra n°1 de Josep Niebla dans Struggle(s)Large Birds de Kiki Smith dans Féminité 0.1 et enfin Thom d'Angelo Musco dans Origine(s). 
Et parce que le passé annonce ce qui va se passer, la passion des fondateurs, c'est bien la découverte. Certaines oeuvres jamais exposées et/ou récemment acquises de jeunes artistes dont dévoilées pour la première fois par eux, comme une série de travail photographique de Fulvio Ambrosio, une céramique de Charlotte Cornaton, une oeuvre de Pierre Pol Lecouturier et deux autres de Mathieu Ronsse.. 







Victor Ginsburgh fut le premier à être invité à vagabonder parmi les oeuvres proposées à Maison Particulière lors de l'accrochage Origine(s) et à leur trouver des correspondances. C'était il y a 5 ans. il revient, car il était inconcevable de ne pas célébrer avec lui cet anniversaire. De façon libre et personnelle il illustre pour cet accrochage une oeuvre centrale ou des oeuvres "autour de laquelle les autres s'agitent ou se posent". Cette fois-ci cette balade l'emmène dans le Moyen Orient, avec les Mille et une Nuits, et les poètes "Abû Nuwas (8e siècle ap. JC) né en Iran et connu pour sa subversion et sa liberté de parole, Abû-l-Alâ al Maari (10e siècle) né à Alep et d'autres..."



Une phrase de Jules Romain II et un mot, l'étonnement, illustrent tels un leitmotiv tout à la fois Maison Particulière, l'esprit des fondateurs et Everybody is crazy, but me. 
La voici : 
"Dans toute l'histoire de l'esprit humain, l'étonnement a joué un rôle considérable et déployé de précieuses vertus. Non qu'il ait été suffisant ; mais il a été indispensable. C'est parce qu'un homme ou plusieurs, se sont étonnés de certaines absurdités ou improbabilités choquantes admises autour d'eux que des progrès ont été faits dans la connaissance de la réalité. Il faut, bien entendu, que l'étonnement devienne actif, qu'il n'ait pas honte de lui-même, qu'il ose demander des comptes. Et, s'il n'a pas à s'incliner devant des croyances traditionnelles, il n'a pas non plus à désarmer devant des théories neuves ou des hypothèses, pour la seule raison qu'elles sont neuves ou bouleversantes."