PARIS - Musée Picasso


L’exposition anniversaire « ¡ Picasso ! » illustre la continuité et la profonde unité de la collection et de l’histoire du musée. Le Musée national Picasso-Paris conserve une collection couvrant toutes les périodes de sa création et tous les domaines, dont les « Picasso de Picasso » venus directement de l’atelier de l’artiste. Les archives personnelles de Pablo Picasso, puis celles du musée, sont au cœur de ce projet d’exposition. Elles résonnent avec les chefs-d’œuvre et, en vaste majorité inédites, permettent de lire autrement la vie, le processus créatif et la diffusion de l’œuvre du maître.

Un grand collage visuel invite les visiteurs à parcourir les cinq niveaux de l’hôtel Salé en partant de l’histoire du musée (sous-sol), pour découvrir une présentation chronologique d’œuvres majeures (rez-de-chaussée et 1er étage), puis « Pablo Picasso, figure publique » (2e étage), et rencontrer le « Picasso intime » (3e étage). C’est une lecture contemporaine des œuvres de Picasso qui alterne entre des salles proposant un accrochage dense et des séquences plus intimistes. 








Portrait en buste de Pablo Picasso. Robert Capa.
Pablo Picasso dessinant un centaure au crayon lumineux, dans l'atelier de Madoura, Vallauris. Gjon Mili.

Une première section introductive propose au visiteur un voyage dans l’histoire de la collection et du musée : depuis la création des œuvres qui constituent cette collection avec un focus sur les ateliers de Picasso ; en passant par la donation puis les dations de la famille Picasso qui ont permis que ce véritable trésor devienne accessible à tous avec l’ouverture au public du musée en 1985 ; et pour conclure, une histoire des grandes expositions qui ont rythmé la vie du musée depuis son ouverture.
Depuis son premier séjour à Paris, rue Gabrielle, jusqu’au mas de Mougins, Pablo Picasso connaît une vingtaine de lieux de vie et de création en France entre 1900 et 1973. L’atelier de Picasso est un univers où se croisent matières, techniques, volumes et images, supports et outils, archives et sources diverses qui alimentent le « laboratoire » où l’œuvre se découvre dans son processus créatif.
« L’Alambic des formes » (Michel Butor) est aussi chez Picasso le lieu de l’expérimentation photographique. Les différents attributs de l’atelier se retrouvent sur le plateau de tournage du Mystère Picasso (1955) par Henri-Georges Clouzot, film qui vise à capter l’essence et l’énergie du geste picassien.
Papiers personnels, lettres, télégrammes, journaux, prospectus, manuscrits, livres, photographies, disques, bricoles… Une grande partie de l’univers qui environnait Pablo Picasso est aujourd’hui conservée au Musée national Picasso-Paris, avec le concours et l’expertise des Archives nationales.

Soucieux de l’intégrité et de la pérennité de l’ensemble, les héritiers de Picasso en ont fait don à l’État en 1991. Depuis, le Musée national Picasso est chargé d’en assurer le classement, l’inventaire, la gestion et la valorisation scientifique. Ce fonds est évalué à près de 200 000 documents, dont 17 000 photographies. Son inventaire sommaire, réalisé avec les Archives nationales, est disponible en ligne sur les sites du Musée national Picasso et des Archives nationales.
La dation Jacqueline Picasso - Après la disparition soudaine de Jacqueline Picasso, dernière épouse de l’artiste, une dation permet l’entrée dans le patrimoine public en 1990 d’un nouvel ensemble exceptionnel, grâce notamment à un groupe important de portraits de toutes les époques et à 24 carnets de dessins exécutés entre 1899 et 1966. Une grande part des 47 peintures relève de la dernière période de création de Picasso.
La dation compte aussi des dessins, sculptures, céramiques, gravures et lithographies, ainsi qu’un papier collé de Georges Braque. Conformément à la volonté publique de redéploiement des collections nationales en direction des musées en région, la ventilation de la dation a bénéficié en 1991 à 21 musées de France.
 Jacqueline aux mains croisées. Pablo Picasso. 
 Femme à l'oreiller. Pablo Picasso.
Crâne, oursins et lampe sur une table. Picasso.

 Grand nu couché, Picasso. 
 Vase globulaire décoré de mains tenant des poissons & Fragment de brique : tête de femme. Picasso. 
 Tête de femme qui pleure. Plaque de gravure. Picasso. 
 Maternité. Picasso. 
 Mousquetaire et femme nue. Picasso. 
 Tête de femme. Picasso. 
Les visiteurs découvrent une nouvelle mise en lumière des chefs d’œuvre du maître, déployée sur les deux premiers niveaux de l’hôtel Salé. Le musée comporte en effet un nombre exceptionnel d’œuvres majeures. La spécificité de la collection est aussi son caractère complet : toutes les périodes de l’œuvre de Picasso y sont représentées. Leur présentation dans ce nouvel accrochage offre un éclairage contemporain sur ses périodes bien connues comme les périodes rose, bleue ou cubiste(s), mais aussi des aspects plus méconnus de la création de Pablo Picasso comme son rapprochement du surréalisme ou l’année 1935 durant laquelle il délaissa ses pinceaux pour la poésie…
 La femme qui pleure. Picasso
Guernica et la guerre d'Espagne - La guerre d’Espagne éclate le 18 juillet 1936, par le putsch du Général Francisco Franco contre le jeune gouvernement du Front Populaire. Pablo Picasso soutient les Républicains et est nommé directeur du musée du Prado. Il grave Songe et mensonge de Franco sous l’apparence du despote Ubu d’Alfred Jarry. En janvier 1937, l’Espagne choisit Picasso pour défendre sa cause à l’Exposition internationale des arts et techniques de Paris. Le bombardement de la petite ville basque de Guernica le 26 avril déchaîne le processus créatif qui mène au chef-d’œuvre. Guernica est l’élément clef du pavillon qui mêle des artistes espagnols engagés et des panneaux pédagogiques sur l’Espagne. Le tableau est ensuite exposé à travers l’Europe et les États-Unis pour lever des fonds en faveur de l’Espagne républicaine.


Dans le cadre de YIA (Young International Artists) Art Fair, le Musée national Picasso-Paris accueille, du 20 octobre 2015 au 20 février 2016, une œuvre de l’artiste contemporain Raphaël Denis, La loi normale des erreurs – Projet Picasso, réalisée avec l’aimable soutien de la galerie Sator et de la YIA Artfair.


Cette installation est le troisième opus d’un travail sur les spoliations nazies initié en 2014 par l’artiste Raphaël Denis. Des cadres enserrant des panneaux noirs sont disposés les uns sur les autres, évoquant le dépôt du Jeu de Paume où étaient rassemblées les œuvres d’art spoliées par les nazis. Leurs dimensions correspondent à celles des quatre-vingt-dix œuvres de Pablo Picasso qui figurent dans les inventaires de l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (E.R.R.), provenant des saisies réalisées chez de grands collectionneurs juifs comme Paul Rosenberg, l’un des marchands de Picasso. Certaines de ces œuvres n’ont pas été restituées, d’autres ont disparu ou brûlé dans l’autodafé de juillet 1943 du Jeu de Paume. Le Portrait de Mme Rosenberg et sa fille (1918) faisait partie des neuf tableaux de Picasso que Goering s’était accaparé pour sa collection personnelle. Il a été restitué après-guerre à la famille Rosenberg et est entré dans les collections du musée par dation en 2008.Colombes - Parmi les centaines de lettres adressées à Pablo Picasso, nombreuses sont des demandes de soutien à des causes politiques et humanitaires : un condamné à mort à gracier, un prisonnier à libérer. Quand Picasso y répondait, c’était souvent avec un dessin. Tracts, journaux et livres témoignent de cette chaîne d’énergie qui fait passer un cas critique de l’ombre à la lumière. Un portrait par Picasso, réalisé sur photographie, garantit une vaste audience et un impact moral considérable. Le plus célèbre de ces dessins est la colombe que Picasso n’a pourtant destinée à aucune cause. C’est Louis Aragon qui choisit cette œuvre pour l’affiche du congrès de la Paix en avril 1949 à Paris.



Méditerranée - De 1948 à 1954, Pablo Picasso réside à Vallauris, petit village du sud de la France, où il pratique intensément la céramique et la sculpture. Cette période est particulièrement féconde pour les assemblages. La Chèvre, avec ses ceps de vigne, tige de palmier, morceaux de cartons, et pots de céramique, démontre tout le génie de la trouvaille picassienne. C’est un esprit joyeux et ludique qui anime l’artiste et redonne vie au bestiaire antique d’une Méditerranée éternelle. On retrouve ce même élan dans les linogravures réalisées quelques années plus tard à Cannes. Cette technique d’estampe où la forme est dégagée en relief, produit des images d’une grande lisibilité caractérisées par de larges aplats, des contours marqués et de forts effets de contraste.
Célébrité(s) - Pablo Picasso a connu les bouleversements médiatiques du XXème siècle : mutation de la presse, explosion du reportage, apparition de la presse dite « people », mais il a aussi vécu le début des « nouveaux média » que sont le cinéma ou la radio et les balbutiements de la télévision. Attiré par leur potentiel, il a accompagné ces développements avec gourmandise. Après la Seconde Guerre mondiale, l’homme politique actif s’est doublé d’un homme public, sujet de films pour Henri-Georges Clouzot, Luciano Emmer ou Paul Haesaerts, voire acteur, pour Jean Cocteau. Il a aussi été l’objet de nombreux reportages photographiques, dans la presse écrite française et étrangère, posant devant l’objectif des grands noms de la photo, qui ont aussi façonné son image. Jusqu’au milieu des années 1960, il est un personnage récurrent de VogueLife ou Paris Match, un titre avec lequel il va nouer une relation étroite.

Autour de la Tauromaquia - Ainsi que l’atteste la correspondance de Gustavo Gili père, l’éditeur avait dès 1927 projeté une édition de La Tauromaquia de Pepe Illo, manuel pour toreros et aficionados, célèbre en Espagne, pour laquelle Pablo Picasso avait alors réalisé six gravures. Ce projet non achevé fut à nouveau proposé par Gustavo Gili fils. Et c’est en 1959 que parut à Barcelone La Tauromaquia accompagnée de vingt-six aquatintes au sucre. À la différence des eaux-fortes de 1928-1929, qui traduisaient de façon tragique et violente la confrontation torero-taureau, les aquatintes donnent de la corrida une vision plus spectaculaire. Fidèle au texte, Picasso figure les différents temps de la corrida, saisit le mouvement et la fugacité de ce qui se déroule dans l’arène et traduit ainsi entre ombre et lumière la sublime tension des officiants et des aficionados lors du rituel tauromachique.






Céramique et Gravure - Pour Pablo Picasso, « la céramique fonctionne comme la gravure. La cuisson, c’est le tirage. C’est à ce moment-là que tu sais ce que tu as fait. Quand le tirage t’arrive, tu n’es déjà plus celui qui a gravé. Tu as changé. Te voilà obligé de reprendre ta gravure. Là, avec la céramique, tu n’y peux plus rien ». À partir de 1947, l’artiste pratique intensément ces deux techniques du multiple. Dans un va-et-vient témoignant de la perméabilité des domaines de création, il transpose motifs et gestuelle de l’un à l’autre. L’argile est incisée, grattée telle une plaque de gravure, tandis que les lavis sur zinc sont appliqués rapidement, avec la fluidité et la sûreté de la pose d’un engobe sur une terre crue. Reprenant les thèmes de l’Antiquité méditerranéenne, Picasso décline la figure du faune et réserve un traitement géométrique archaïsant aux personnages féminins.





Sous la charpente baroque du dernier étage du musée est exposé un Picasso intime à travers les œuvres qu’il collectionnait de ses amis Miró, Matisse et Brassai et une exploration de sa vie amoureuse et familiale. Sont également présentés des exemples de documents inédits (tickets de caisse, de métro, etc.), qui constituaient son quotidien et qu’il conservait de manière frénétique et exhaustive.
Picasso/Brassaï - Gyula Halász, dit Brassaï, né le 9 septembre 1899 à Brașov, est un artiste hongrois, naturalisé français, installé en 1924 à Paris. Proche de la bohême parisienne depuis les années 1920, il fait la connaissance de Picasso en 1932. Photographe, il peuple les pages de la revue surréaliste Minotaure des sculptures de Picasso et, plus intime, capture l’image des familiers de Picasso. Écrivain, il prend en notes les propos de l’artiste, constitue des dossiers par personne, et entreprend un travail de reconstitution dans les années 1960 pour aboutir aux Conversations avec Picasso. Enfin, dessinateur et graveur, il expérimente la gravure sur plaques photographiques à partir de 1934, réalisant une impression à chaque état de l’évolution du travail, et publie en 1967 une sélection de douze images de ces séries dans un portfolio de photogravures : Transmutations.
Au jour le jour - Picasso ne jetait rien. Ses archives d’une richesse exceptionnelle, accumulées au fil du temps, en témoignent. En plus des milliers de documents qui permettent à l’historien de mieux comprendre son processus de création artistique, il a gardé par centaines les papiers de la vie quotidienne. Ainsi, aux côtés des papiers officiels, personnels ou professionnels à conserver tout au long de la vie tels que les documents d’état civil, comptables ou bancaires, on trouve une multitude d’autres papiers. Des tickets de métro côtoient des billets d’entrée au théâtre, à la corrida, au cinéma… Des objets aussi, émouvants tant ils sont privés, tels que les répertoires et carnets d’adresses enrichis d’annotations, ratures et croquis, ou encore éphémérides et agendas, forment un ensemble cohérent dans sa diversité et sont autant d’indices qui permettent de mieux cerner l’homme que fut Picasso.

« Femmes ou modèles ? » - Pablo Picasso s’est aussi rendu célèbre pour sa biographie amoureuse, au point que l’on associe souvent ses compagnes à ses périodes artistiques. Les rapports de la vie à l’œuvre pour un artiste sont très complexes, et Picasso en a fait un axe en soi de son travail : confondant la maison et l’atelier, la femme et le modèle, il fait fusionner de manière inédite la vie et l’art. Les femmes de Picasso, modèles choisis et aimés – même si l’artiste ne peint quasiment jamais d’après modèle vivant – se caractérisent par leur forte personnalité, et certaines sont artistes. Olga Khokhlova était danseuse, Dora Maar photographe membre du groupe surréaliste, Françoise Gilot peintre. Fernande Olivier, Marie-Thérèse Walter, Jacqueline Roque, … elles sont des figures clefs de la vie d’homme mais aussi d’artiste de Picasso, et interviennent à plusieurs titres dans le processus créatif.



 Pablo Picasso.