EXPO - BNF - Anselm Kiefer


La Bibliothèque nationale de France organise une exposition consacrée aux livres d’Anselm Kiefer. Avec une scénographie inédite signée par l’artiste allemand, l’exposition dévoile plus d’une centaine de livres réalisés entre 1968 et 2015, associés à des sculptures et des tableaux récents.


Exposé dans le monde entier, Anselm Kiefer est connu essentiellement pour ses tableaux et ses sculptures alors que ses livres qui fondent l’œuvre et représentent soixante pour cent de son travail, n’ont, paradoxalement, jamais fait l’objet d’une rétrospective en France. 
L'alchimie du livre.
Cette exposition spécialement créée pour la BnF, révèle le cheminement de la pensée d’Anselm Kiefer dont le livre est au cœur du processus artistique. De même, elle éclaire la manière dont l’artiste évolue d’un medium à l’autre. Elle met également en évidence combien l’écrit est au centre de son œuvre et comment les références littéraires, philosophiques et historiques irriguent son art.



Existant en un seul exemplaire, ces livres sont des œuvres uniques dont les formats et la présentation évoluent au cours des décennies. Pouvant atteindre de grandes dimensions, ils intègrent dans leurs pages divers matériaux, tels que l’argile, le sable, la cendre, les cheveux, les plantes, la paille, des photos… et bien sûr, le plomb, medium privilégié de l’artiste, d’abord utilisé sous forme de feuilles ou de fragments, avant de devenir, vers la fin des années 1980, les livres eux-mêmes, pesant alors entre 70 et 200 kg. Pour l’artiste, outre sa plasticité, le plomb se caractérise par sa puissance poétique et spirituelle.











Shevirat Ha-Kelim - Cette bibliothèque de plomb intitulée Shevirat Ha-Kelim ou La Brisure des vases fait allusion au mythe kabbalistique de la création divine selon Isaac Louria (rabbin et kabbaliste, fondateur de l'école kabbalistique de Safed au XVIe siècle). Elle se réfère à la phrase du déploiement des Séphiroth (ou puissances créatrices), durant laquelle la lumière divine trop forte pour s'incarner brise les vases qui représentent les attributs de Dieu. Ce mythe symbolise aussi l'exil du peuple d'Israël. Les thèmes juifs se trouvent peu à peu au coeur de l'oeuvre de Kiefer, surtout après son voyage en 1984 en Israël. Composée de livres de plomb et de verre brisé, dont le poids interdit toute manipulation à la lecture, l'oeuvre renvoie à la mystique judaïque du Livre et sa fonction mémorielle. 
Dans une mise en espace conçue par Anselm Kiefer pour la BnF, l’exposition recrée tour à tour l’atelier, la bibliothèque de l’artiste, projetant le visiteur dans son univers le plus intime, inaccessible habituellement au public. 
Pour la première fois, les livres d’Anselm Kiefer seront installés, dans un dialogue stimulant, en parfait écho avec une dizaine d’œuvres, sculptures et tableaux évoquant le livre. 
Lichtung - La clairière. 2015
Nigredo - 1998 - & Dein und mein Alter und das Alter der welt - Ton âge et mon âge et l'âge du monde. 2005.



Verlorene Buchstabe - La lettre perdue. 2012
Der Rhein - Le Rhin. 1982-2013

Livre en plomb.

Hortus phiosophorum -
Jeremias Baruch Joakim -
Ohne Thiel - Le livre. 2007.
Les femmes de l'antiquité, Sappho, Lucretia - Les femmes qui peuplent l’univers d’Anselm Kiefer ne sont pas appelées à être des muses ou des mo- dèles. Ce sont des femmes d’intelligence, de célébrité et de pouvoir au destin tragique ou héroïque, tirées de l’histoire, comme les femmes de la Révolution et les reines de France commentées par l’historien Jules Michelet ou les femmes de l’Antiquité comme Agrippine, Sappho, ou tirées de la mythologie, comme Brunehilde, Bérénice, Sulamite. Elles sont toutes plus ou moins liées à une catastrophe. L’artiste les rapproche des « femmes des ruines» (Trümmerfrauen), faisant allusion ainsi aux femmes alle- mandes et autrichiennes, qui au lendemain de la Seconde Guerre
mondiale, ont pris en main la reconstruction des villes détruites. Une femme en particulier fascine l’artiste: Lilith, la déesse des ténèbres et de la folie vengeresse. Créature démoniaque décrite dans le Talmud comme s’attaquant aux femmes enceintes et aux nouveau-nés, elle est aussi pour l’artiste un symbole de révolte. Ce personnage apparaît dans plusieurs livres (Lilith, Liliths Töchter, Die Ungeborenen) représenté par un envol de vêtements tantôt en plomb, tantôt en tissu, collés sur des photographies aériennes d’une métropole moderne. Les sculptures des femmes de l’Antiquité sont
représentées, quant à elles, par des robes de plâtre et portent à la place de la tête une pile de livres, en plâtre ou en plomb, telles des gardiennes des bibliothèques des temps immémoriaux. 


L’exposition présentera deux cabinets de lecture, ses premiers livres conceptuels utilisant la photographie, autre medium privilégié de Kiefer, indissociable de son œuvre depuis 1968. Elle explorera les différents thèmes traités par l’artiste depuis plus de 40 ans, à travers une sélection de plus d’une centaine de pièces. On y verra ainsi un ensemble de livres consacrés aux écrivains, aux cosmogonies (The secret life of plants),aux grands mythes antiques (Gilgamesh et Enkidu) ; mais aussi des livres de sable, des livres brûlés, des livres de plomb et les livres, récents, d’aquarelles érotiques, réalisées sur des pages enduites de plâtre. 
Les femmes. 
Erotique au Moyen-Orient ou Transition du froid au chaud. 
 Les femmes de la révolution.

Isaïe, l'herbe poussera sur vos villes.

 Les Reines de France.
 Les filles de Lilith. 
Velimir Khlebnikov, Temps, mesure du monde.
 Le Temps circulaire des astres, des mers et de la femme.

 Pour Martin Heidegger-Todnauberg.

 Le chant du cèdre - pour Paul Celan.
 La vie secrète des plantes.
 L'écorce du monde.

 La nuit où Isis pleure.
 Fleur de sang.
Tanderadei.
 Pour Jean Genet.
 Opération Lion de mer.
 La Mer rouge.
 Pour Heinrich Heine. La plus belle des jeunes filles.

(c) Chavanitas