EXPO - Mona Hatoum - Acquaalata





Dans notre monde mû par des contradictions, des tensions géopolitiques, des esthétiques diversifiées, Mona Hatoum nous offre un œuvre qui atteint une universalité inégalée, un œuvre devenu « modèle » pour de nombreux artistes contemporains. L’artiste britannique, d’origine palestinienne, est l’une des représentantes incontournables de la scène contemporaine internationale. Son œuvre s’impose par la justesse de son propos, par l’adéquation entre les formes et les matériaux proposés, par la pluridisciplinarité de son travail et finalement par sa relecture originale et engagée des mouvements d’art contemporain (performance, cinétisme, minimalisme). 


Après avoir réalisé, voilà vingt ans, la première exposition muséale dédiée à l’œuvre de Mona Hatoum, le Centre Pompidou lui consacre aujourd’hui une première grande monographie qui réunit une centaine d’œuvres et rend compte de la pluridisciplinarité de son travail, de 1977 à 2015. Sans chronologie, comme une « cartographie » de la trajectoire de Mona Hatoum, l’exposition offre au public une traversée de son œuvre par affinités formelles et sensibles. Ainsi les performances des années 1980, qu’elles soient documentées en photos, dessins ou vidéos, sont mises en relation avec des installations, des sculptures, des dessins, des photographies et des objets datant de la fin des années 1980 à aujourd’hui.
Mona Hatoum, née au Liban en 1952 de parents d’origine palestinienne, quitte ce pays en 1975 pour un court séjour à Londres au moment où la guerre éclate au Liban. Elle reste dans la capitale britannique où elle commence des études d’art. Deux grandes périodes divisent son travail. Durant les années 1980, Mona Hatoum explore le territoire de la performance et de la vidéo. Son œuvre est alors de nature narrative et se penche sur des questions sociales et politiques. Depuis les années 1990, sa production est caractérisée par des œuvres plus « permanentes », des installations, des sculptures ou des dessins. Se plaçant désormais dans des perspectives d’avant-garde, Mona Hatoum explore des installations influencées par le cinétisme et les théories phénoménologiques, ou d’autres installations qu’on pourrait définir comme postminimalistes, utilisant des matériaux trouvés dans le monde industriel (grilles et fils de fer barbelé) ou dans son propre environnement (cheveux). Certaines de ses installations et de ses sculptures, engagées pour la plupart, sont orientées par le féminisme. Autour d’elles gravitent des objets plutôt surréalistes, des travaux sur papier réalisés avec des matériaux du quotidien inhabituels ou des photographies prises lors de voyages, et en lien avec d’autres œuvres de l’exposition.

Les cartes du monde - 
 « Il s’agit chez l’artiste d’une thématique importante et actuelle, qui a débuté en 1996 », remarque Christine Van Assche, commissaire de l’exposition. Parmi la centaine de pièces exposée à Beaubourg, on compte une douzaine de cartographies, éclairée au néon rouge sang (Hot Spot, 2006) ou gravée sur du savon de Naplouse (Present Tense, 1996-2011), bien plus réalistes que les versions officielles. Les cartes, selon Mona Hatoum, donnent « l’impression d’un espace mesurable et stable », qu’elle prend un malin plaisir à déstabiliser. Pour le Centre Pompidou, elle a créé Map (Clear) (2015) : un monde fragile et sans frontières, formé par des centaines de billes de verres posées au sol. En théorie, les visiteurs circulent au sein de l’œuvre, au risque de déformer les jolis continents en shootant dans des billes perdues. Malheureusement, le musée a dû faire autrement : une bande au sol en limite l’accès. Histoire que l’installation tienne le temps de l’exposition et, sans doute, d’éviter les mauvaises chutes. Mona Hatoum est capable d’aller trop loin.





La grille métallique -
« Mona Hatoum introduit deux niveaux de perception contradictoires pour le spectateur : l’attraction et la séduction d’une part, l’agressivité et la répulsion d’autre part », explique Christine Van Assche. Son cube flottant dans l’espace (Impénétrable, 2009), clin d’œil aux « pénétrables » du maître de l’art cinétique Jesús Rafael Soto, est constitué de… tiges de barbelés, qu’on ne décèle qu’en s’approchant. Non loin, Light Sentence (1992) présente trois murs composés de casiers grillagés empilés les uns sur les autres, pouvant évoquer une cellule de prison. En leur centre se balance une ampoule pendue à un fil, qui projette ses ombres hypnotiques et inquiétantes sur les cimaises du musée. Le motif de la grille métallique, chez Mona Hatoum, menace d’enfermer ou d’exclure les corps, attirés par l’épure formelle de ces installations monumentales. « La surveillance permanente exercée sur la société est l’une des premières choses qui m’a frappée lorsque je suis arrivée en Angleterre (au milieu des années 1970, NDLR) », explique cette dernière.
Palais de Tokyo - 
AcquaAlta - Céleste Boursier-Mougenot - 
L’acquaalta est cette inondation annuelle touchant la lagune vénitienne. À l’été 2015, ce même phénomène s’empare des espaces du Palais de Tokyo. Céleste Boursier-Mougenot imagine en effet un paysage lacustre qui entraîne le visiteur dans une expérience visuelle, tactile et auditive modifiant sa perception des lieux : « le déploiement dans l’espace d’un dispositif, en relation avec un lieu ou une situation, correspond pour moi à ce que d’autres musiciens accomplissent en faisant des concerts. » (1)


En traversant cet espace inondé, le visiteur est introduit dans un flux d’images créant les prémices d’un voyage halluciné qui l’amènerait à naviguer à travers sa propre psyché. Avec cette production inédite, c’est aussi un nouveau format d’exposition qui est exploré. L’artiste complète ce paysage par un zombiedrone, principe qu’il a déjà expérimenté et qu’il définit ainsi : « un système de traitement du signal vidéo crypte les images, ne laissant apparaître sur l’écran que les parties en mouvement dans le cadre. Tout le reste se fond dans un noir opaque. L’effet saisissant de la transformation de l’image vidée de son message est accompagné par un son lancinant, provenant de la conversion du flux des images en un continuum sonore. »



(c) Chavanitas