EXPO - Les Arts Décoratifs - Trésors de sable et de feu






VERRE ET CRISTAL AUX ARTS DÉCORATIFS, XIVe-XXIe SIÈCLE - Présentée dans les galeries Rivoli du musée des Arts Décoratifs, l’exposition réunit un ensemble exceptionnel de plus de 600 pièces de verre issues des réserves de l’institution. À travers un parcours chronologique allant de la Renaissance à nos jours, l’événement retrace les différents savoir-faire et métiers d’art, en révélant une collection riche et variée. Cet ensemble offre un regard étendu sur les styles, les techniques et les goûts propres à chaque époque, tout en rendant hommage aux écoles et foyers créatifs européens, orientaux et américains. La chronologie des douze salles évoque aussi l’histoire de la construction de ce patrimoine au travers des achats et surtout des dons et legs de collectionneurs éclairés. En unissant le beau à l’utile, Trésors de Sable et de Feu, Verre et Cristal aux Arts Décoratifs, XIVe-XXIe siècle est une histoire du verre racontée à travers cette collection, considérée aujourd’hui comme l’une des plus importantes en Europe.


Historicisme, orientalisme et éducation - La volonté de former une collection de modèles historiques, sources d'inspirations et de réflexions pour les créateurs, et de les confronter aux meilleures créations contemporaines est au coeur du projet de collection du musée des Arts Décoratifs dès l'exposition universelle de 1878. 
Des originaux arabe-musulmans, comme les verres émaillés mamelouks qui influencent directement Philippe J. Brocard à Paris et la firme Lobmeyr à Vienne, côtoient les verres chinois de la dynastie Qing qui fascinent Emile Gallé. 
Le musée n'achète pas des verres antiques mais s'enrichit d'extraordinaires copies de techniques romaines sophistiquées comme les verre mosaïqués et marbrés de la compagnie de Venise-Murano (A. Salivait), chefs-d'oeuvre de l'historicisme qui règne alors dans l'Europe entière. En 1892, un important groupe acquis auprès de la verrerie Ehrenfeld de Cologne constitue comme une Histoire résumée du verre soufflé de l'Antiquité à la Renaissance et montre le rôle de cette pédagogie formelle et technique que l'on attribue aux collections. Par ailleurs, l'acquisition des verres de la collection de l'érudit Victor Gay, en 1909, marque la volonté de conserver et transmettre les connaissances comme les siennes, lui-même étant le fameux auteur d'un Dictionnaire archéologique du Moyen Âge et de la Renaissance.








De l'orient musulman au XVIIIe siècle européen - Peu d'achats majeurs de verreries anciennes sont réalisés entre 1878 et 1900, mais dès le début du XXe siècle plusieurs dont les legs de collections enrichissent le musée. Elles rendent compte du goût d'amateurs éclectiques qui s'intéressent à l'ensemble de la verrerie préindustrielle. 
En 1902, la veuve de Patrice Salin, membre fondateur de l'Union centrale, donne 73 objets en verre, dont certains déjà présentés par l'amateur dans les expositions du musée, et d'autres reproduit dès 1870 par des planches lithographiées d'Edouard Lièvre. Les pièces vénitiennes et façon de Venise de la Renaissance au XVIIIe siècle y dominent mais le Moyen-Orient côtoie aussi les verres germaniques et français des XVIIe et XVIIIe siècles. 
En 1917, le legs de Mme Piet-Lataudrie permet l'entrée de 52 verreries, orientales, françaises et allemandes, mais l'apport principal est formé par de très belles verreries façon de Venise d'origine catalane comme ces verres à haute tiges, aux profils et aux proportions inhabituelles. 
Le legs de Mme Mimaut en 1911, au côté de belles faïences et porcelaines, correspond au premier fonds important de verres de Bohême et d'Allemagne, magnifiquement complété en 1979 par le don de Mme Bernard qui constitue, lui, le plus bel ensemble de verres gravés allemands du XVIIIe siècle dans les collections publiques françaises. 









Verres français des XVIIe et XVIIIe siècles - La majorité des collectionneurs ayant développé et enrichi le fonds du musée se sont naturellement beaucoup intéressé à l'histoire de la verrerie française. 
Si le musée ne put acquérir dans sa totalité l'extraordinaire collection de Mme Livon-Daime qui fut exposée en 1922, puis dispersée en trois ventes en 1922 et 1923, un grand nombre d'achats et de dons, représentant surtout la production nationale, sont alors réalisés. Un premier groupe de verres à boire français du XVIIIe siècle entre, ainsi que de nombreuses pièces de forme et pièces décorées typiquement françaises et Mme Koenigwerther-King donne l'ensemble de flacons qu'elle achète à la vente Livon-Daime. 
En 1997, le legs de Roger-Armand Weigert, conservateur à la Bibliothèque Nationale, vient compléter cet ensemble de verres à boire mais aussi, avec des verres filés dits de Nevers, le legs exceptionnel de Mme Bougenaux entré en 1961. Elle fut la grande collectionneuse, au milieu du XXe siècle, de cette originalité française des XVIIe et XVIIIe siècles : les figurines en verre modelées à la flamme d'une lampe à huile sur un support métallique. 
Enfin, François Carnot, qui fut président de l'Union centrale de 1910 à sa mort en 1960, donne tout au long de sa vie de nombreux verres, principalement français mais aussi espagnols et chinois. Rappelons aussi que la seule grande rétrospective de l'histoire du verre français, l'exposition "L'Art du verre", eut lieu sous sa présidence en 1951.









Néoclassicisme, romantisme, et éclectisme un premier XIXe siècle - Avec la création de manufactures modernes au début du XIXe siècle, émerge en France une véritable verrerie de luxe, en concurrence avec les autres foyers européens. Le cristal au plomb est la matière à la mode, qu'elle soit pressée en série dans des moules, taillée pour magnifier ses qualités optiques ou colorée, et rivalisant avec les porcelaines ou l'orfèvrerie. 
Les "cristaux opales", ou opalines, sont l'originalité la plus grande de cette production française et le point fort de la collection, rassemblées par dons et par legs, autours de la personnalité de Yolande Amic, grande spécialiste et conservateur au musée. Ce sont à Mathilde Sée, William Odom, Mme Albert Koenigwerther-King, Ruth Paumier-Montagu et Edmée Indig-Guérin que le musée doit cet ensemble exceptionnel. 
A Paris, autour du pôle de commerce de luxe du Palais-Royal, naît également la première école française de verre gravé, relayée par l'arrivée de graveurs de Bohême. Le musée n'est pas aussi riche en cristaux transparents qu'en cristaux de couleur, mais les cristaux incrustés de céramique ou d'or émaillés sont entrés dès 1925 avec les dons et legs de David David-Weill et Georges Contenau. 
Lors des premières acquisitions contemporaines, de 1878 à 1889, le musée s'enrichit de tours de force vénitiens et autrichiens, mêlant les styles historiques et réinterprétant les canons classiques, souvent en surdimentionnant et en surdécorant les modèles originaux. Les références Renaissance, orientales et japonaises, avec lesquelles joue alors le cristal transparent de Baccarat, entrent aussi à cette époque au musée, alors que les relectures de la tradition polychrome par la cristallerie Saint-Louis sont des enrichissements plus récents. 





L'union centrale des Arts décoratifs et l'éclosion d'un art nouveau, 1884-1914- Les membres de l’Union centrale des Arts décoratifs sont des acteurs et de fervents soutiens de l’éclosion d’un Art nouveau et, de 1878 à 1914, le musée constitue un splendide ensemble de verres contemporains, devenu le noyau de la collection. Y brillent les œuvres d’Émile Gallé, de François Eugène Rousseau et de ses collaborateurs, Léveillé, Michel et Reyen, mais aussi du sculpteur et verrier Henry Cros ou du céramiste et verrier Albert Dammouse, pour ne citer que les principaux.
Les Expositions universelles, les expositions spécialisées comme celle, historique, que le musée consacre en 1884 à la Terre, au Verre et à la Pierre, puis les sections Objets d’art des Salons annuels, à partir de 1891, sont autant d’occasions d’acquisitions majeures.
Louis Comfort Tiffany est l’artiste étranger le mieux représenté grâce à ses nombreuses expositions en France et en Europe et au soutien de son agent, Siegfried Bing, fondateur de la galerie « L’Art nouveau », qui donne son nom à ce mouvement en France.
La présence des frères Daum au musée, en majorité grâce à des dons de la famille Daum, est en revanche plus tardive et liée à la redécouverte de l’Art nouveau et de l’Ecole de Nancy après les années 1960 et aux expositions pionnières organisées au musée par Yvonne Brunhammer alors en charge de ces collections.
Paris 1925-1937 - Apres la Première Guerre mondiale, le musée n’est plus en mesure financièrement de continuer la politique active d’enrichissement menée depuis sa création. Heureusement, des dons postérieurs et des legs importants ont compensé ce manque de moyens en constituant un fonds remarquable d’époque Art déco.
Le legs de la collection de M. et Mme Louis Barthou, le plus important ensemble de Maurice Marinot, complète en 1934 les dons réalisés par Jacques Zoubaloff à partir de 1919. Les Barthou possédaient aussi de très beaux verres de Décorchemont qui rejoignent les premiers achats directs à l’artiste réalisés entre 1905 et 1912. Ce fonds important du maitre de la pâte de verre est enrichi par lui-même après la guerre, par sa famille après sa mort, et enfin par les achats et dons.
Les achats à René Lalique, nombreux entre 1909 et 1913, ne sont plus réalisés après la guerre, heureusement, l’artiste, sa famille et ses amis comblent cette lacune dès les années 1930. Les achats aux Sala, souffleurs de verre installés à Montparnasse, font exception dans ces années 1920. On regrette la rareté des entrées lors de l’Exposition de 1925, même si les œuvres des manufactures d’Orrefors en Suède et de Lobmeyr en Autriche et Tchécoslovaquie, alors à la pointe de la modernité, sont heureusement achetées et données. En 1937, le musée manque aussi l’opportunité de s’enrichir, mais les attributions de certains achats de l’État et des dépôts du Mobilier national permettent de représenter ce nouveau classicisme ambiant avec, par exemple, le spectaculaire vase dessiné par Jean Sala pour Saint-Louis, et celui, unique, de l’émailleur Auguste Heiligenstein.
Les années 1980 ou le retour des artistes artisans - Les réseaux des artisans créateurs verriers, démantelés après la crise de 1929, ne se reconstituent pas après-guerre avant tout à cause de l’absence de formations et de diffusions organisées.
Il faut attendre les années 1980 et des initiatives privées, venues par exemple du Sud autour de la verrerie de Biot, ou du Nord, avec le musée-atelier de Sars-Poterie, et l’arrivée de créateurs formés à l’étranger, pour voir l’émergence de nouveaux réseaux. Ceux-ci se manifestent lors de l’exposition New Glass verriers français contemporains au musée des Arts décoratifs en 1981, et bénéficient alors des échanges avec la dynamique du studio glass américain. C’est aussi à cette occasion que l’Etat reprend une politique d’achat de verres contemporains, en sommeil depuis 1937, et que le musée bénéficie de nombreux dépôts du Fonds national d’art contemporain.
Techniques traditionnelles réinvesties, comme le soufflage et la pâte de verre, et nouvelles recherches, avec le sablage du verre ou le thermoformage du verre à vitre, sont caractéristiques de cette époque. La création du centre du Verre au musée des Arts décoratifs en 1982 ainsi que des rencontres internationales au musée du verre de Sars Poterie, soutiennent ce nouveau souffle. La création du CIRVA en 1983 à Marseille puis de la plate-forme verrière de Vanne-le-Châtel, et enfin du CIAV de Meisenthal prennent le relais de la formation et de la recherche cassant les frontières d’une pratique, solitaire ou protégée, souvent secrète, à laquelle le verre était lié depuis des millénaires
Le verre à l'époque de la pyramide du Louvre - En France, dans les années 1990, le verre redevient à la mode grâce à l’architecture avec les projets phares comme la pyramide du Louvre de I.M. Pei, inaugurée en 1989, et les vitraux de Conques par Pierre Soulages, finalisés en 1994.
Parallèlement à une nouvelle ouverture des pôles traditionnels comme Murano ou les cristalleries de prestige, les univers du verre artisanal de création de multiplient, souvent autour de cursus verriers dans des écoles d’art et de design comme à Amsterdam, Prague, Londres et aux Etats-Unis.
Les échanges internationaux sont alors fréquents entre la France et le reste du monde, le marché de la verrerie d’art est très actif à Paris comme en province, les expositions nombreuses et les verriers français présents aussi bien aux Etats-Unis qu’au Japon, en Pologne et en Tchécoslovaquie grâce aux échanges du musée des arts décoratifs avec le musée national à Varsovie ou le musée des Arts décoratifs de Prague.
En 1989, la révolution de Velours redonne accès au cœur de l’Europe et l’exposition Verres de Bohême permet aux Français de découvrir non seulement l’histoire, mais aussi la brillante et unique actualité du verre en Tchécoslovaquie. Deux des plus grands créateurs du XXe siècle, Libensky et Brychtova, marquent alors la nouvelle série de dons d’artistes qui enrichissent la collection
Un nouveau regard entre sculpture et verre dans les années 1990 -
Les rencontres entre la sculpture et le verre sont très rares avant le XIXe siècle et se résument à quelques miniatures. Les démarches pionnières de Henry Cros (1840-1907) et Henri Navarre (1885-1971), restent sans descendance immédiate.
C’est en Tchécoslovaquie, dans les années 1950, que de nouvelles propositions voient le jour mais elles ne sont pas vraiment connues en France avant les années 1990. On ne peut nier que grands formats et travail sculptural sont parfois confondus ni que des sous-produits d’une sculpture moderne déjà obsolète se multiplient, mais il n’en reste pas moins que des créations fortes et originales, utilisant des moyens et des aspects spécifiques du matériau sont parmi les grandes originalités de verre dans les années 1990 au plan international.
L’école tchèque et les spécificités françaises comme la pâte de verre ou le remarquable parcours du sculpteur, céramiste et verrier Bernard Dejonghe, sont présents avec des pièces d’exception. Les travaux de cette époque sont souvent aux antipodes des traditionnelles images de légèreté et de fragilité du verre et l’on remarque aussi que des vases en verre soufflé prennent de plus en plus souvent des dimensions puissantes et sculpturales.
Les nombreuses expositions organisées par le centre du Verre durant les années 1980 et 1990 sont l’occasion de sélectionner des œuvres pour les collections permanentes, de proposer des achats au Fonds national d’art contemporain et d’enregistrer de nombreux dons
Verre à boire modernes -
Un autre verre ? - Au cours des années 1980, le sens du mot design, autrefois synonyme en français d’esthétique industrielle, et associé au design fonctionnaliste issu du Bauhaus et de l’école d’Ulm, commence à évoluer et à recouvrir aussi bien ce premier sens que ceux autrefois associés aux arts décoratifs, aux objets d’art et aux métiers d’art.
Les pièces uniques, conceptuelles et de recherche, ainsi que les objets précieux relevant de techniques artisanales, simples ou sophistiquées, sont alors inclus dans ce champs dont les acteurs peuvent être formés ou actifs comme architectes, designers, artistes ou artisans.
Le verre ne fait pas exception et on le retrouve au sein de démarches très diverses dont les frontières deviennent de plus en plus perméables. Des architectes ou designers, comme Gaetano Pesce ou Ettore Sottsass, font appel à des techniques artisanales et sont de plus en plus reconnus comme artistes tandis qu’Andrea Branzi dessine des vases, non fonctionnels, édités en quelques exemplaires. Des artistes comme Erik Dietmann ouvrent, souvent grâce à des partenariats avec le Cirva, un corpus particulier entièrement réalisé avec des technologies artisanales, et des artistes-artisans comme Richard Meitner s’essayent à la production en série.
En somme, l’Occident industrialisé récupère ses traditions artisanales dans le champ de la modernité ou plutôt de la postmodernité, et l’hybridation des concepts, même si elle est parfois confuse, donne des résultats souvent réjouissants
La dimension internationale de quelques acquisitions récentes - Cette sélection d’entrées récentes au musée montre une politique internationale tant dans la représentation des recherches actuelles des créateurs verriers que dans les réseaux de mécènes qui sont à l’origine de ces achats et dons.
Ici, les créateurs français, italiens et hollandais ont la part belle grâce à Alexandra de Vazeilles (Fr.), pour Richard Meitner et Cristiano Bianchin, à Georges Ramishvili (Géorgie) pour Antoine Leperlier, à la collection Guillaume Ephis (Fr.) pour Matei Negreanu, à des donateurs anonyme en mémoire de Marie Brandolinie pour Alessandro Diaz et Laura de Santillana et à la fondation Ateliers d’art de France pour Damien François et Yoichi Ohira. Des œuvres importantes de République tchèque sont entées grâce à Thomas Day Newbold avec Karen Lamonte, à la galerie Barry Friedmann (USA) pour Vaclav Cigler et au Pavillon des arts avec Moët-Hennesy pour Martin Hlubucek. Des œuvres d’artistes américains et australiens ont été donnés par des membres du comité international créé par Hélène David-Weill, grâce à Jane Shulak pour Michael Glancy et à Diana Morgan pour Brian Hirst.
Les Amis du musée ont participé à plusieurs acquisitions dont celles de Josiah McElheny ; enfin les artistes eux-mêmes, tout comme leurs ainés Gallé, Lalique ou Décorchemont, continuent à donner des œuvres comme ce fut le cas récemment de Vanessa Mitrani , Anne-Lise Riond Sibony et Toots Zynsky.(c) Chavanitas