EXPO - Grand Palais - Haïti





L’exposition, la première sur le sujet, propose de découvrir l’extraordinaire richesse de la création artistique haïtienne : elle n’a cessé de jaillir au coeur du destin tourmenté de la première République noire, mêlant poésie, magie, religion et engagement politique, à travers les formes les plus diverses. Peintures, sculptures, installations, suspensions, vidéo… témoignent de cette vivacité culturelle, du XIXe siècle à nos jours.

En accueillant la création haïtienne, le Grand Palais accueille aussi une langue, le créole haïtien, qui s’illustre dans tous les domaines de l’invention artistique. Car les langues sont inséparables des œuvres, et les œuvres baignent dans la langue qui les a vues naître comme dans un liquide nourricier, de sorte qu’il est légitime de faire appel à cette langue pour les appréhender. C’est tout le sens des dispositifs de médiation en créole de l’exposition : en nous invitant à voyager à travers deux siècles de création en Haïti, ils nous permettent d’accéder à l’imaginaire langagier qui en a accompagné la production et qui en éclaire pour nous la signification. Le créole est aussi un des plus beaux produits de l’énergie créatrice des Haïtiens. Xavier North Délégué général à la langue française et aux langues de France 



Cette exposition est une occasion unique de faire découvrir la richesse de la création artistique haïtienne d’hier et d’aujourd’hui au grand public. Elle est aussi un hommage rendu aux artistes haïtiens, à l’histoire de leur pays et à leur culture d’origine. C’est avec un grand plaisir que nous les accueillons sur la scène parisienne et plus particulièrement au Grand Palais, monument mythique, qui, depuis plus d’un siècle, a vu se succéder les plus grandes expositions d’art de la capitale. Régine Cuzin et Mireille Pérodin-Jérôme, commissaires de l’exposition 

Haïti. Deux siècles de création artistique - 
Une soixantaine d’artistes et près de cent soixante-dix œuvres, présentées pour la première fois en France ou spécialement conçues pour l’exposition, parfois réalisées in situ, restituent au plus près l’extraordinaire vitalité et la permanente créativité des artistes haïtiens sur une période allant du XIXe siècle à nos jours.
L’exposition n’aborde pas d’une manière chronologique les courants artistiques qui jalonnent l’histoire de la création haïtienne, laissant la liberté aux artistes d’entrer en résonance avec des œuvres majeures du patrimoine haïtien, mais établit un dialogue et une rencontre entre des œuvres contemporaines, modernes et anciennes.
Quatre grands chapitres parcourant l’exposition portent un titre en langue créole et se déclinent selon plusieurs thématiques. Santit yo / Sans Titres représente les figures populaires et des scènes du quotidien, Lespri yo / Esprits confronte des œuvres à caractère profane ou sacré des religions vaudou et catholique et des symboles francs- maçons, Peyizaj yo / Paysages privilégie le travail d’artistes ostracisés dans les années 1950-1960 parce que trop « contemporains », Chèf yo / Chefs se penche enfin sur la construction d’une identité à travers la représentation des figures du pouvoir politique et intellectuel haïtien. Ces chapitres sont ponctués dans l’exposition par trois Tètatèt / Tête-à-tête faisant dialoguer deux artistes à travers leurs œuvres. 
Santit yo / Sans titres -
Les Sans titres dévoilent la vie d’un pan de la population, qui subit un quotidien âpre tout à la fois contraint et parsemé de moments heureux, et conserve, malgré tout, une dignité à toute épreuve. Une fillette sur une balançoire (Manuel Mathieu), des enfants endimanchés (Antonio Joseph, Louisiane Saint-Fleurant), une jeune fille déchiffrant un message (Bernard Séjourné), un couple amoureux (Hector Hyppolite). Des musiciens (Stivenson Magloire, Lionel Saint-Éloi), côtoient une carcasse d’animal (Manuel Mathieu) ou des chefs de gang et des fêtards sur une plage (Marie- Hélène Cauvin). La précarité de l’habitat à Jalouzi (Élodie Barthélemy), les peintres de Saint-Soleil (Prospère Pierre-Louis, Levoy Exil) et leur mentor, Tiga, témoignent de l’ancrage du rural et de l’urbain. Les artistes de la GrandRue (Céleur Jean-Hérard et Guyodo) créent avec des matériaux de récupération dans un environnement chaotique tandis que les images vidéo filmées à travers du fil barbelé (Maksaens Denis) suggèrent la violence homophobe et l’enfermement. 





Lespri yo / Esprits -
Liturgie chrétienne, rituel vaudou et iconographie populaire témoignent de la profonde imbrication des religions vaudou et catholique, et de la franc-maçonnerie. Ce synchrétisme s’exprime particulièrement chez les peintres naïfs (Hector Hyppolite, Castera Bazile, André Pierre, Sénèque Obin, Préfète Duffaut, Salnave Philippe-Auguste, Wilson Bigaud). Bosou 2 cornes (Georges Liautaud) ou 3 cornes (Guyodo), Legba (André Eugène), Erzulie (Barbara Prézeau-Stephenson, Édouard Duval-Carrié), Baron Samedi (Hervé Télémaque) sont autant de référence aux loas (esprits du vaudou) qui viennent en écho au Christ et à la Vierge (Nasson) ainsi qu’aux saints.
Le béton, le tissu pailleté (David Boyer, Myrlande Constant), les perles et les cornes (Pascale Monnin), l’acier corten (Élodie Barthélemy), les poupées (Pierrot Barra), les crânes (Dubréus Lhérisson), le caoutchouc (Ronald Mevs)... transcendent les codes établis pour convoquer les esprits, intermédiaires entre les dieux et les humains, et provoquer de surprenantes interférences entre les divers croyances et mythes. 

















Peyizaj yo / Paysages -
Marginalisés par la critique des années 1950-1960, où la peinture naïve était perçue comme seule expression authentique, des artistes ont néanmoins produit des œuvres démontrant leur besoin de se confronter à d’autres propositions artistiques. Hervé Télémaque laisse Haïti pour New York puis Paris. Max Pinchinat ou Roland Dorcély, détachés de la création locale labellisée envisagent l’approche théorique de l’art haïtien sous un angle différent. Lucien Price explore l’abstraction, suivi par d’autres artistes désireux de tenter de nouvelles expériences, comme plus tard, Sacha Tébo en République dominicaine ou Gesner Armand au Mexique. Les collages réalisés à Paris par Luce Turnier ou à New York par Jacques Gabriel, reflètent leur propension à renouveler leur pratique pour créer de nouveaux paysages. La variété de ces paysages mentaux vient en contrepoint du travail à New York de Vladimir Cybil Charlier. Les paysages « carte postale » et les annotations de ses compositions forment ici un rébus pour décrier les églises évangéliques arrivées en masse en Haïti après le séisme. 




Chèf yo / Chefs -
Apologétique, caricatural, métaphorique ou polémique, le portrait est durablement inscrit dans l’histoire de l’art en Haïti. Au XIXe siècle, il participe de l’affirmation d’une identité à partir de figures politiques et intellectuelles. Au début du XXe siècle Édouard Goldman renvoie l’image valorisante d’hommes fiers en réaction à la propagande raciste de l’époque. Plus tard, Gervais Emmanuel Ducasse relate certains faits historiques.
Les figures animales de Jasmin Joseph caricaturent la société haïtienne, tandis que Fritzner Lamour raille la dictature avec la pintade, symbole des Duvalier. Les requins de Philomé Obin escortent la fuite du président Lescot et André Eugène imagine un combat de coqs autour d’une puissante prêtresse vaudou.
Aujourd’hui, Mario Benjamin réalise des portraits d’anonymes à partir d’images captées à la télévision, Sasha Huber riposte aux Duvalier en « exécutant » leurs portraits avec des agrafes de chantier et Patrick Vilaire pose la question de l’obsession du pouvoir et des dérives politiques. 



Tètatèt/Tête-à-tête - Hervé Télémaque & Jean-Michel Basquiat
L’attachement à Haïti d’Hervé Télémaque et de Jean-Michel Basquiat se manifeste dans leurs œuvres pour des raisons différentes. Fondamentalement new-yorkais, Basquiat a parfois intégré dans son travail des symboles de l’histoire haïtienne. Par sa connaissance de la société haïtienne et de ses codes, Télémaque, né en Haïti, associe à ses œuvres de nombreuses références, évidentes ou subtilement suggérées. 
Sébastien Jean & Robert Saint-Brice
Robert Saint-Brice, décédé en 1973, et Sébastien Jean, né en 1980, puisent leur inspiration dans un imaginaire commun. Leurs figures souvent déformées semblent faire appel à des puissances occultes et être porteuses d’un pouvoir médiumnique. Elles révèlent avant tout une nécessité de métamor- phoser le réel en s’inspirant, pour Sébastien Jean, des mythes et légendes haïtiens et, pour Robert Saint-Brice, de l’imagerie vaudou, à travers les loas
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