EXPO - Centre Pompidou - Le surréalisme et l'objet

Autour d’une centaine de sculptures et d’une quarantaine de photographies, cette exposition permet de suivre toute l’histoire du mouvement surréaliste depuis sa fondation dans les années 1920, à sa reconnaissance à New York pendant la Seconde Guerre mondiale, en passant par son succès international dans les années 1930, à travers un prisme original : celui du rapport à l’objet. 



Le Surréalisme et l’objet met en lumière les différents thèmes surréalistes, parmi lesquels l’articulation de la conscience individuelle avec la société ou encore le refus de l’ethnocentrisme occidental qui se manifeste par un fort intérêt pour les arts d’Afrique, des Amériques et d’Océanie.
Cette exposition exceptionnelle met en lumière les fortunes de la sculpture surréaliste en présentant des oeuvres d’André Masson, Joan Miró, Jean Arp, Hans Bellmer, Alexander Calder, Joseph Cornell, Salvador Dalí, Marcel Duchamp, Max Ernst, Alberto Giacometti, Isamu Nogushi, Man Ray, Claude Cahun, Valentine Hugo… Le contrepoint contemporain apporté par des oeuvres de Mona Hatoum, Ed Ruscha, Cindy Sherman, Arnault Labelle-Rojoux, Paul Mc Carthy…, souligne la pérennité des questions soulevées par le Surréalisme autour de la sculpture et de l’objet.
'La création des objets surréalistes répond à la nécessité de fonder une véritable physique de la poésie.' André Breton.
Wang Du - Becompddg - René Magritte, André Breton, Picasso, Meret Oppenheim, Alberto Giacometti, Max Ernst, Giorgio De Chirico, Marcel Duchamp, Salvador Dali.
La première salle confronte plusieurs objets « tout faits » de Marcel Duchamp aux mannequins de Giorgio De Chirico et de Man Ray. Dix ans avant la naissance du surréalisme, en 1914, Duchamp et Chirico inventent, en effet, pour l’un le ready-made, pour l’autre un motif, le mannequin, sorti tout autant d’une vitrine moderne que d’une collection d’automates des XVIIe et XVIIIe siècles, qui vont profondément marquer l’imaginaire du mouvement.
Man Ray -
Paul McCarthy -
Mona Hatoum - 
Cindy Sherman -
Philippe Mayaux -
Alina Szapocznikow -
Après leur fascination pour les ready-made duchampiens et les mannequins de Chirico ou Man Ray, les surréalistes s’engagent dans une pratique artistique, le collage, qui ancre l’art dans le réel puis ils vont recourir à l’objet. Dans ce passage du collage à l’objet, la Boule suspendue d’Alberto Giacometti est le déclencheur qui conduit Salvador Dali à inventer les objets à fonctionnement symbolique.
 Giacometti -
 Dali -
À la fin des années 1920, Alberto Giacometti rencontre le cercle qui se forme autour de la revue Documents, créée par l’historien de l’art primitif Carl Einstein et le philosophe Georges Bataille. Ses œuvres s’emparent alors des thématiques violentes, sacrificielles, qui caractérisent l’orientation donnée par Bataille à sa revue. Il se rapproche également d’André Masson, Robert Desnos, Max Ernst et de Joan Miró, des surréalistes « dissidents ». Ses sculptures impressionnent André Breton qui lui propose de rejoindre le mouvement surréaliste. Jusqu’en 1935, Giacometti participe aux manifestations du groupe, réalisant des sculptures-objets.
Giacometti - 
Cette troisième et dernière salle dédiée aux objets à fonctionnement symbolique, suscités par Giacometti et inventés par Dalí, est consacrée aux différentes versions et inquiétantes apparitions de la poupée de Hans Bellmer. Au début des années 1930, un faisceau d’événements conduit Bellmer à mettre en chantier la fabrication d’une poupée hautement érotisée, concentrant et dilatant le désir, laquelle signe le retour du mannequin chez les surréalistes. 
« Une excitation subjective, ou son image-souvenir, va au-devant de la perception et la prédétermine. » Hans Bellmer
Arnaud Labelle Rojoux -
« Objets désagréables, chaises, dessins, sexes, peintures, manuscrits, objets à flairer, objets automatiques et inavouables, bois, plâtres, phobies, souvenirs intra-utérins, éléments de rêves prophétiques, dématérialisations de désirs, lunettes, ongles, amitiés à fonctionnement symbolique, […] mains, bustes de femme rétrospectifs, saucisses, cadavres exquis, palais, marteaux, libertins, couples de papillons, perversions d’oreilles, merles, œufs sur le plat, cuillers atmosphériques, pharmacies, portraits manqués, pains, photos, langues. Vous souvenez-vous encore de cette époque où la peinture était considérée comme une « fin en soi » ? […]Par les recherches expérimentales du surréalisme. Nous ne voulons pas reconstruire des arches. Partisans sincères du mieux, nous avons essayé d’embellir un peu, physiquement et moralement, la physionomie de Paris.En tournant le dos aux tableaux. […] » Max Ernst, Tristan Tzara, « Exposition internationale du surréalisme »
 Dali -
 Man Ray -
 Giacometti -
L’Exposition surréaliste d’Objets − et non l’Exposition d’objets surréalistes, la nuance vaut d’être soulignée, car elle est essentielle − présentée à la galerie Ratton, en mai 1936, démontre la capacité du surréalisme à transfigurer, à transmuter les objets et, par eux, le réel. Elle est le point d’orgue d’une réflexion appliquée à l’objet, dans une recherche de conciliation entre art et politique, loin de tout savoir-faire et de génie artistique.  
« Toute épave à la portée de nos mains peut être considérée comme un précipité de notre désir. » André Breton, Le Surréalisme et la peinture, 1928, 1965
 L’Exposition internationale du surréalisme est la première des manifestations du groupe à prendre la forme d’une mise en scène, annonçant l’art de l’installation. Organisée en 1938 à la galerie des Beaux-Arts, scénographiée par Marcel Duchamp, elle invite seize participants à « habiller » seize mannequins.
La Seconde Guerre mondiale conduit les surréalistes à l’exil. André Breton, Max Ernst, André Masson, Roberto Matta, Yves Tanguy, entre autres, s’installent aux États-Unis et influencent les artistes américains.
Les années 1940 voient l’apparition d’une nouvelle génération de sculptures utilisant l’objet ordinaire, quotidien, selon une logique constructive qui s’apparente à celle du Cadavre exquis (juxtaposition libre d’éléments hétérogènes). En France, Picasso s’empare de cette sculpture d’assemblage.
Calder -
 Picasso -
André Masson -
 Max Ersnt -
Trois ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale a lieu l’une des expositions les plus ambitieuses du mouvement. 86 artistes, originaires de 24 pays, y sont invité-es par André Breton et Marcel Duchamp qui en sont les organisateurs. La scénographie est assurée par Frederick Kiesler et Duchamp. Ce sera la dernière collaboration entre les deux hommes qu’une forte amitié unit depuis 1942.35
L’exposition Le Surréalisme en 1947 prolonge la volonté d’élargir le domaine de l’art. L’ésotérisme est le dernier argument avancé par le groupe pour soustraire ces objets au domaine de l’esthétique.
« Il va sans dire que la conception surréaliste de l'érotisme proscrit d'emblée tout ce qui peut être de l'ordre de la "gaudriole". Celle-ci, comme l'a fait observer Georges Bataille, "a le sens de l'érotisme inhibé, changé en décharge furtive, en dissimulation plaisante, en allusion". Son tort inexpiable est de profaner le plus grand mystère de la condition humaine. » André Breton, Exposition InteRnatiOnale du Surréalisme

 Miro -
 André Breton -
 Jan Arp -
 René Magritte -
Répondant à l’appel surréaliste pour fonder « une physique de la poésie », Joan Miró délaissait momentanément, en 1929, la peinture. Il entreprenait une série de Constructions qui tenait à la fois du « collage » et du « ready-made ». Le groupe de sculptures, réalisé au milieu des années 1960, renoue avec la verve ludique des premiers Cadavres exquis. Parapluies, machines à coudre, robinets et jambes de mannequins composent dans l’espace la poésie aléatoire et « faite par tous » imaginée par le comte de Lautréamont.
«Je tiens à vous préciser, et ceci est d’une grande importance, que quand je trouve quoi que ce soit, c’est toujours par une force magnétique, plus forte que moi, que je suis attiré et fasciné. » Joan Miró
« J’éprouve un mépris profond pour la peinture. » Joan Miró

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