EXPO - Centre Pompidou - Pierre Huygue - Prix Marcel Duchamp - Daniel Dewar et Grégory Gicquel

Le Centre Pompidou consacre à l’oeuvre de Pierre Huyghe, artiste majeur de la scène française et internationale, une exposition à caractère rétrospectif qui présente une cinquantaine de ses projets et permet de prendre la mesure d’une oeuvre qui se déploie depuis plus de vingt ans.
« Ce qui m’intéresse, c’est construire des situations qui ont lieu dans le réel. »


« Je me concentre sur quelque chose qui n’est pas joué, mais qui existe, en soi. Je cherche non à définir la relation entre des sujets, mais à inventer les conditions qui peuvent déboucher sur la porosité, l’écoulement, l’indéterminé. Ce qui m’intéresse, c’est d’intensifier la présence de ce qui est, de lui trouver sa propre présentation, sa propre apparence, sa vie propre, plutôt que de la soumettre à des modèles préétablis. En constante évolution, l’exposition ne dépend pas de nous »
Untilled (2011-2012), DOCUMENTA 13 -
Au milieu du compost du parc de Karlsaue à Kassel, dans un lieu séparé de tout cadre culturel ou muséal, qui n’est pas destiné au regard, sont déposés des éléments provenant de différents moments dans l’histoire et qu’on a l’habitude de trouver dans un parc : un banc, une statue, un chien, un humain. Certains projets présentés auparavant à la Documenta y sont déposés : un des chênes déracinés de Joseph Beuys, le banc rose de Dominique Gonzalez-Foerster, une sculpture des années 1930. Cet endroit, où l’on jette les choses mortes est aussi le lieu de leur transformation. Le travail du temps y engendre une porosité entre les formes, entre l’oeuvre d’art, le végétal et le règne animal. La silhouette sculptée d’une femme allongée surgit de la boue et des massifs de plantes psychotropes qui l’entourent. Sa tête est recouverte d’un essaim d’abeilles. Un chien blanc à la patte rose, sorti d’un bestiaire fantastique habite ce microcosme générant décomposition, germination et hybridation.
L’Expédition scintillante, A Musical (2002) -
Cette exposition en trois actes annonce un voyage à venir, le scénario d’une expédition dans l’Antarctique. Un bateau sculpté dans la glace fond dans l’espace d’exposition qui subit les variations climatiques, neige, pluie, brouillard notées dans le journal de bord du personnage principal du roman inachevé d’Edgar Allan Poe Les Aventures d’Arthur Gordon Pym (1838). Une boîte à lumière diffuse un light show psychédélique sur une musique d’Érik Satie. Sur une patinoire noire, une danseuse vient inscrire des formes abstraites.
The Host and the Cloud (2010) -
Ce film prend forme à partir d’une série d’expériences « live » durant trois jours au Musée des arts et traditions populaires (ATP). Alors fermé au public, ce musée est l’hôte d’un ensemble de situations que Pierre Huyghe déclenche puis laisse évoluer naturellement. Quinze acteurs circulent dans ce musée abandonné et réagissent spontanément à différents stimuli (somnifères, séances d’hypnose, alcool, etc.) alors que cinquante autres personnes en sont des témoins. Comme l’explique l’artiste : « Dans cette expérience intense, parfois les choses étaient jouées, parfois elles étaient hors contrôle, chaotiques, pour les acteurs comme pour moi. […] Il s’agit avant tout d’un exorcisme, de quelque chose qui se déroule dans le réel , sans que cela ne nous soit adressé ».
Zoodram 4 (d’après La Muse endormie de Brancusi ) (2011) -
Paysage marin minéral et surréel, rochers insolites flottant à la surface de l’eau, roches telluriques rouges, muse dont le sommeil engendre la vision d’un bernard l’hermite habitant la tête de La Muse endormie, les zoodrams sont des mondes en soi, écosystèmes marins habités de crabes, d’araignées de mer, d’invertébrés, choisis en fonction de leurs comportements, de leurs apparences.
Daniel Dewar et Grégory Gicquel -, lauréats du Prix Marcel Duchamp 2012, investissent l’Espace 315 du Centre Pompidou. Puisant leur inspiration dans la matière même de leurs œuvres, dans l’espace temps du procédé et de la méthode, Daniel Dewar et Grégory Gicquel forcent les rencontres inédites de sujets et de matériaux. Ici une tapisserie monumentale, nouée à la main, là plusieurs assemblages de pièces de pouzzolane, pierre volcanique que les deux artistes soumettent à la chaleur pour en recueillir les modifications d’état, de forme et de texture. Une fois de plus, le processus de création de l’oeuvre prend dans leur travail une place aussi importante que l’oeuvre elle-même. 
Comment et pourquoi invitez-vous le temps de la réalisation, de la fabrication, à prendre part à votre oeuvre ?
Dewar et Gicquel -
Lorsque nous avons commencé la sculpture, c’était simplement la manière la plus évidente de travailler car nous ne pouvions pas payer des gens pour faire les choses à notre place. Avec le temps nous avons compris que cette méthode nous donnait une forme d’autonomie et nous permettait d’improviser assez largement. Le temps de la réalisation ouvre le champ des possibilités et nous pouvons changer d’avis à mesure que l’oeuvre apparaît, dans une idée contreproductive. Mais le temps de réalisation est aussi celui de la performance et d’un rapport physique à un matériau. Ces choses sont souvent visibles au sein de l’oeuvre, sa construction retrace les nombreuses décisions et contradictions, et sa facture témoigne par empreinte de nos gestes.
Vous mettez des paradoxes en oeuvre : la répétition des gestes et de la méthode croise l’expérimentation, des images web banales sont le motif d’une tapisserie à la fabrication « épique ».
D ET G -
Nous sommes intéressés par la beauté que peuvent produire ces rencontres. Les images que nous tissons proviennent de la culture. Elles paraissent peut être ordinaires, mais en elles sommeillent un potentiel de puissance. Le tissage, la laine et ses couleurs incarnent les images qui deviennent des objets matériels, des sculptures qui révèlent la beauté cachée d’une chose aussi banale qu’une robe de chambre.
(c) Chavanitas