PROSERPINE - La jeune fille et la mort - vidéo

Filmée dansant dans ces Chapelles d'os, morte dans les étangs de Corot, c'est tour à tour différentes références au mythe de Perséphone et d'Ophelia qui confronte la jeunesse à la mort dans la vidéo Proserpine. D'abord, une danse macabre, où allier la ballerine au squelette, redéfinit le rapport à la sexualité. Cette danse permet un retour à l'union, à l'harmonie des corps et leur sensualité. Puis un masque mortuaire flottant, qui dénonce la fragilité de la beauté, une beauté morbide. La mort qui fige le visage de la jeunesse, qui évite la décrépitude. Le temps qui s'arrête et donne le pouvoir de rester éternellement jeune et belle. Le rapt de Proserpine fait donc référence à notre société où il ne faut pas vieillir. Mais également, mêlent pulsions sexuelles et agressives, où le sacrifice devient un acte érotique.


corset d'ossements, os en céramiques émaillées et coeur en bronze, fonte à cire perdue.
DVD Proserpine, la jeune fille et la mort. 

Proserpine -extraits- from charlotte cornaton on Vimeo.
21min - musique Schubert 'la jeune fille et la mort' et textes lus.
lieu de tournage : Reliquaire d'Alcantarilha, Capela dos ossos de Evora, étangs de Corot, forêt de Bourdonné, Capela dos ossos de Faro de Carmo, Capela dos ossos de Campo Maior. 
VIVRE ! VIVRE ! Et pourtant, je me demande si dans le lit de Proserpine, je dormirais bien..
Exiges-tu quelque chose de plus que ma mort ?
Non.
Le souci de l'heure présente ne pèse rien pour moi, et ne dure pas davantage.
J'ai faim de l'étendue du temps, et je veux être moi sans conditions.
Tout vient du dehors, et l'âme humaine à son tour n'est peut-être rien d'autre que le rayon du soleil qui brille et isole du sol où il gît, ce tas de fumier qu'est notre corps. 
Bleu du ciel qu'elle ne possède pas. 
Alors que le rire des fleurs me déchirent la robe.
Le bleu, le bleu, l'azur, le bleu, le bleu du blanc, le bleu du rose, le bleu lilas, le bleu du jaune, le bleu du rouge, le bleu citron, le bleu orange, le bleu qui suinte le bleu.
Morte à peine née, furtive journée.
Le bleu dirige la pointe de son manteau bleuté azuréal, indigo, cobalt, bleu ciel, funambulesques coups de gong frappé à mort parmi les écheveaux d'oeillets et de roses si trémières.
Vivre, c'est se souvenir aujourd'hui de ce qu'on a ressenti hier, c'est être aujourd'hui le vivant cadavre de ce que fut hier la vie, désormais perdue. 
L'azur azuréal bleu si tendre, vêtu de bleu de toute parcimonie de son angoisse mise à jour. 
Il me faut ouvrir toutes les roses avec mes ongles et faire saigner leurs parfums sur les rides du feu de mes jeux.
Le jour se termine non pas en gris, mais en bleu pâle, avec ces arbres transformés en squelettes. 
Car le temps où je dois plaire aux morts est plus considérable que celui où je dois plaire aux vivants.
Fosse commune ouverte aux festins feuilletant précipitamment le lac endormi en sursaut d'Ophélie.
Nous sommes fait de mort. Je suis quelque chose que j'ai été.
L'azur azuréal bleu si tendre, vêtu de bleu de toute parcimonie de son angoisse mise à jour. 
Ophelia
Nous vivons un entracte avec orchestre. 

Que possédons-nous, en fin de compte ? Qu'est-ce qui nous pousse à aimer ? la beauté ? Et la possédons-nous en aimant ? La possession la plus féroce, la plus dominatrice, que possède-t-elle d'un corps ? Ni ce corps, ni son âme, ni même sa beauté. La possession d'un corps gracieux ne peut étreindre la beauté, elle n'étreint qu'une chair cellulaire et grasse ; le baiser ne touche pas la beauté d'une bouche, mais la chair humide de lèvres aux muqueuses périssables ;le sexe même est un simple contact, un frottement rapproché, mais non pas une pénétration réelle, pas même d'un corps par un autre corps. 

Que possédons-nous alors, oui, que possédons-nous ? 
La sensation charnelle de la vacuité surabondante des choses. 
Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse
Et tes flancs qu'assouplit un charmant nonchaloix,
Empêchera ton coeur de battre et de vouloir,
Et tes pieds de courir leur course aventureuse,
'Que vous sert, courtisane imparfaite, de n'avoir pas connu ce que pleurait les morts ?
Et le ver rongera ta peau comme un remords.'
Tu mourras donc sans être malade, sans blessure, libre, vierge, vivante, célèbre et seule ;
c'est la mort qui t'épouse.
Ah ah ah ! l'amour
Ah ah ah ! la mort
Ah ah ah ! la vie

Ah ah ah ! rire, rirons-nous, rire, rirez-vous, la mort, l'amour, la vie, rirez-vous l'amour, rirez-vous la vie, rirez-vous la mort,riez que je rie, que la vie, la mort, l'amour et vous et la mort, la vie et l'amour rient, riez avec nous, rions avec vous, l'amour à la mort, la mort à la vie, la vie à l'amour, la vie à la mort, la vie, la mort, l'amour toute la vie !
Fragments à la mort. 
Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés, la belle que voilà ira les ramasser.
Entrons dans la danse, voilà comme on danse, dansez, chantez, embrassez qui vous voudrez.
Mais si tu ne reviens pas, nous irons toutes nous pendre aux arbres et vivre en fleurs nos drames et nos danses au fil du couteau de nos larmes.
Je n'ai pas entendu ces deux dernières années, un seul cafard à l'intérieur de leur corps. 
Je me sens aujourd'hui aussi lucide que si je n'existais pas.
Ma pensée a la clarté d'un squelette, sans les oripeaux charnels que donne l'illusion d'exprimer. 
J'écoute cette chute du temps, goutte à goutte et aucune des gouttes qui tombent n'est entendue dans sa chute.
Je vois sa main qui mord le bout de l'aile d'une feuille qui saigne.
Cendres.

Nuages…

J'existe sans le savoir, et je mourrai sans le vouloir.
Je suis l'intervalle entre ce que je suis et ce que je ne suis pas, entre ce que je rêve et ce que la vie a fait de moi, je suis la moyenne abstraite et charnelle entre deux choses qui ne sont rien - et moi je ne suis pas davantage. Nuages..
Lorsque je vois un mort, la mort m'apparaît alors comme un départ. Le cadavre me fait l'impression d'un costume qu'on abandonne. Quelqu'un est parti, sans éprouver le besoin de prendre son seul et unique vêtement. 
L'abstention, le corps nu, exposé, l'offrande, L'offrande : le corps nu. Les deux églises, les deux saints, les villes des hommes, infinie solitude, la chute, souffrir dans son corps, la vierge de l'église du saint, les putains, portrait d'une femme imparfaite.
Saute ici, avec tes ivres mortes.
Elle est devenue un morceau de charbon, un squelette, je prends le squelette carbonisé par l'os pétreux, coccyx, pariétal, pyramidal, occipital, je vais la prendre par l'iliaque.
Désosse-moi.

J'ai dans la poitrine, toujours prêt à sortir, un cri que je maîtrise. Car une fois qu'on a amené les morts, les vivants doivent se taire.
La nausée m'ouvre une entaille dans le crâne, maintenant le plaisir est un cri aux yeux cousus.
Nous vivons un entracte avec orchestre.
Nous sommes fait de mort. Je suis quelque chose que j'ai été.
Tout ce que je suis ou a été, tout ce que je crois avoir été, tout cela perd soudain, dans ces réflexions et dans le nuage qui, là-haut, vient de perdre sa lumière -le secret, la vérité, le bonheur peut-être
que pouvait receler un je-ne-sais-quoi qui a la vie pour lit.

Comme un rayon de soleil qui vient à manquer, voilà tout ce qui me reste, et sur les toits inclinés diversement la lumière laisse glisser ses mains, en chute lente, tandis que naît l'ombre intime de toute chose.
Jouer à cache-cache jusqu'à la mort, chacun pour soi.
La nausée m'ouvre une entaille dans le crâne, maintenant le plaisir est un cri aux yeux cousus.
Tout ce que j'ai eu, est comme ce vaste ciel, diversement le même, lambeaux de néant frappés d'une lumière lointaine, fragments de vie illusoire que la mort vient dorer,de loin, de son triste sourire de vérité totale. 

Tout ce que j'ai eu, oui, se résume à n'avoir pas su chercher, dans le marais crépusculaire d'une ville aux tombeaux vides.
La danse de mort. Et moi, morte.
The End

(c) Chavanitas