ARLES - Rencontres d'Arles - Arles in Black

Cela peut paraître un paradoxe : c’est dans un esprit de découverte que les Rencontres d’Arles proposent en 2013 un parcours radicalement noir et blanc.

Jusque dans les années 1980 la couleur est regardée avec mépris, tandis que le noir et blanc est la photographie d’art par essence.
Le lent déclin du noir et blanc débute dans les années 1990 lorsque la couleur s’installe avec son lot de progrès techniques (films et tirages argentiques) et que le marché de l’art porte un intérêt soudain à la photographie, numérotant les tirages et starifiant de jeunes photographes.
Le noir disparaît presque totalement après 2000, la couleur installant sa suprématie dans toutes les pratiques de la photographie avec l’essor du numérique.
L’effacement du noir et blanc a entraîné avec lui l’abandon de l’album de famille et de la photo peinte. Avec la couleur sont apparus des tirages plus grands, des installations, des diffusions numériques.
Le statut du photographe, qu’il soit artiste, amateur ou professionnel, sa relation au sujet, au modèle ou tout simplement à la création, sont transformés par la disparition du mystère du révélateur et de l’artisanat de la chambre noire.
Quelle place le noir et blanc occupe-t-il aujourd’hui ? Réalisme ou fiction, poésie, abstraction ou pure nostalgie ?
En décidant de consacrer radicalement l’édition à cette forme esthétique, de vraies perles se sont alors offertes à nous, des découvertes bien sûr, des créations inédites d’artistes consacrés, et des trésors du passé. Beaucoup de ces expositions sont de véritables événements, sous la forme d’installations conceptuelles, d’albums, de tirages classiques et bien sûr des exceptions en couleur.


Sergio Larrain - église Sainte-Anne - Sergio Larrain a traversé la planète photographique tel une météorite. Son souci de pureté, son attrait pour la méditation, l’ont conduit à s’isoler, après de nombreux voyages, en autarcie dans la campagne chilienne où il a enseigné le yoga et le dessin. De là il écrivait beaucoup, soucieux de la nécessité de contribuer à la prise de conscience que l’humanité court à sa perte si elle ne réagit pas.
Depuis la fin des années 1970, sa pratique se limitait à quelques « satori », purs moments d’éblouissements, et il éditait lui-même de nombreux petits livres. Pendant longtemps, Sergio Larrain a refusé l’idée d’une exposition de son travail de son vivant, car la médiatisation nécessaire qui en résulterait le sortirait de son isolement durement gagné.
À la fin de sa vie, néanmoins, il l’a accepté, et c’est donc en plein accord avec ses enfants que cette rétrospective peut avoir lieu. Le commissariat est assuré par Agnès Sire, directrice de la fondation Henri Cartier-Bresson à Paris, qui a correspondu avec Larrain pendant 30 ans et s’est efforcée de préserver son uvre avec les équipes de Magnum à Paris.
L’exposition retrace l’ensemble de sa carrière, des premières années d’apprentissage aux « années Magnum », des images documentaires à celles plus libres des « satori » et des dessins qui ont jalonné toute sa vie. Sergio Larrain avait un oeil très vif, libéré des conventions. « Je peux donner forme à ce monde de fantasmes quand je sens que certains résonnent en moi », écrivait-il dans son livre El Rectangulo en la Mano (1963). Cette approche à la fois sociale et poétique fait de Sergio Larrain un photographe brillant qui reste un modèle pour les générations nouvelles. 
Cristina De Middel - cloître Saint-Trophisme - THE AFRONAUTS -

En 1964, galvanisée par son indépendance tout juste acquise, la Zambie a initié un programme spatial destiné à envoyer le premier Africain sur la Lune, rejoignant les États-Unis et l’Union soviétique dans la course à l’espace. Seuls quelques rares optimistes soutenaient le projet d’Edward Makuka, l’instituteur chargé de présenter cet ambitieux programme et de récolter les fonds nécessaires. Malheureusement, l’aide financière n’est jamais arrivée, les Nations unies retirant leur soutien, et l’une des astronautes, une jeune fille de 16 ans, tomba enceinte et dû renoncer. Voilà comment ce projet héroïque est devenu un épisode exotique de l’histoire africaine, par ailleurs marquée par les guerres, la violence, les sécheresses et la famine. En tant que photojournaliste, j’ai toujours été attirée par les aspects marginaux des récits, fuyant les sempiternels marronniers racontés toujours de la même manière. Aujourd’hui, mes projets personnels respectent les fondements de la vérité tout en s’autorisant à rompre avec les règles de la véracité : l’objectif est de pousser le public à analyser la trame des histoires que nous absorbons comme étant réelles. The Afronauts repose sur la documentation d’un rêve impossible qui n’existe qu’à travers les images. Je pars d’un fait réel qui s’est passé il y a 50 ans et je réélabore les documents en les adaptant à mon imagerie personnelle. 
Festival d'Avignon, par Stéphane Couturier & Frédéric Nauczyciel - Les relations entre la photographie et le festival d’Avignon remontent à ses toutes premières années avec le travail photographique d’Agnès Varda qui a contribué à forger la légende d’Avignon. Par cette étonnante capacité de créer avec les acteurs des images qui font percevoir quelque chose de la représentation théâtrale, elle nous offre à la fois un regard d’artiste sur le théâtre de Vilar et une trace singulière de la genèse du festival. Par leur force, ses photos ont fait entrer le festival et ses acteurs dans la mémoire collective.
Palais de l’Archevêché -
Erik Kessels. Album Beauty - Album Beauty est un hommage à l’album photo raconté à travers la collection d’Erik Kessels. Autrefois objet banal dans les foyers, l’album photo a été remplacé, à l’ère du numérique, par des images qui existent désormais en ligne et sur disque dur. Les albums photo étaient les dépositaires de l’histoire familiale et leur mise en scène. Étaient évoqués la naissance, la mort, la beauté, la sexualité, la joie, le bonheur, la jeunesse, la compétition, l’aventure, la complicité et l’amitié. L’exposition Album Beauty nous propose une anthropologie visuelle de l’album photo.


Collectionneur de photographie vernaculaire, Erik Kessels a passé de nombreux samedi sur les marchés et les brocantes à la recherche de ces clichés amateurs, attiré avant tout par leurs imperfections. Leurs défauts d’exécution comme leur aspect abîmé racontent un autre versant de leur histoire. D’après Kessels, « un examen minutieux et approfondi de ces albums photo révèle incidemment autre chose que la quête de perfection ou de normalité. C’est dans leurs failles que se cache la beauté ». 
Erik Kessels. 24HRS of Photos - Nous sommes aujourd’hui soumis à une surabondance d’images. Ce déferlement est en grande partie la conséquence de sites de partage d’images comme Flickr, de réseaux sociaux comme Facebook et de moteurs de recherche d’images. Leur contenu mêle ce qui relève du domaine public et du domaine privé, et des informations très personnelles sont dévoilées librement et sans complexes. Lorsque l’on imprime toutes les images mises en ligne en l’espace de 24 heures, le sentiment se noyer au milieu des représentations des expériences des autres est clairement perceptible.
Studio Fouad, Beyrouth et Van-Leo, Le Caire - Espace Van Gogh -
Peu après sa création en 1997, la Fondation arabe pour l’image commença à collecter des images de photographes anonymes, amateurs et professionnels. Les deux premières grandes collections provenant de photographes de studio furent celles de Van-Leo au Caire et d’Adib Ghorab à Beyrouth, présentées dans cette exposition à travers une sélection de portraits réalisés en studio et colorisés à la main.
Guy Bourdin -  UNTOUCHED - La chambre noire
En 2011, Shelly Verthime qui, explique Samuel Bourdin, le fils du photographe, « explore, sonde, étudie, ausculte, et exhume la substance des archives de Guy Bourdin », découvre dans une boîte en carton 100 enveloppes format courrier de papier brun : dans chacune d’entre elles, Guy Bourdin avait placé le négatif et le tirage en noir et blanc. Pour cette passionnée, le choc est là, à l’image de tous ces « Untouched » présentés pour la première fois au public à l’occasion des Rencontres d’Arles.
Jacques Henri Lartigue - BIBI - Église des Trinitaires -
« Et maintenant à vous, modestes photographies, à faire ce que vous pourrez – bien peu je le sais – pour tout raconter, tout expliquer, tout faire deviner Tout, même et surtout, ce qui ne se photographie pas. » Journal, 1931.



Guiseppe Penone -  ENTRE LES LIGNES - Chapelle Saint-Martin du Méjan - Dans le cadre de l’exposition d’Arles, un ensemble de photographies, de dessins et de sculptures sera présenté dans la chapelle du Méjan. Un arbre monumental en bronze, réalisé spécialement pour cette exposition, sera installé au centre du cloître Saint-Trophime, et d’autres uvres seront présentées au musée Réattu. Un catalogue, conçu par l’artiste et Pascale Le Thorel, sera publié à l’occasion de l’exposition.
Entre les lignes, le titre de cette manifestation, évoque le travail de Penone en faisant référence à l’adage de Pline, « Nulla dies sine linea » (« Aucun jour sans tracer de lignes »).
Il renvoie aussi au travail de l’artiste autour de l’empreinte (de l’impression de l’empreinte de ses doigts sur des feuilles de papier à leur apparition dans des oeuvres où coule la résine, de la révélation des cercles du bois aux formes contenues dans ce matériau) : « L’empreinte, c’est une chose que tout le monde dépose autour de soi, et que l’on passe une partie de sa vie à tenter d’effacer. C’est une image animale, une image de la matière, mais c’est aussi une image complètement culturelle. »
Alfredo Jaar - LA POLITIQUE DES IMAGES - église des Frères-Prêcheurs -
Alfredo Jaar semble être un invité sur mesure pour Arles. Une grande partie de son travail consiste à interroger la photographie dans son rôle de témoin journalistique prétendument objectif.


A travers des installations, des projections, l’accumulation de documents qui convergent vers un message que le visiteur découvre progressivement, physiquement souvent, Alfredo Jaar bouscule nos éventuelles certitudes sur la vérité de l’image, les bonnes intentions de la presse, le point de vue occidental sur les événements. 
 (c) Chavanitas