PARIS - Musée d'Orsay


Orsay

Un musée dans une gare - L'histoire du musée, de son bâtiment, est peu banale. Situé au coeur de Paris, le long de la Seine, face au jardin des Tuileries, le musée a pris place dans l'ancienne gare d'Orsay, un édifice construit pour l'exposition universelle de 1900. Ainsi le bâtiment est, en quelque sorte, la première "oeuvre" des collections du musée d'Orsay qui présente l'art des quelques décennies qui s'écoulent entre 1848 et 1914.
La transformation de la gare en musée fut l'oeuvre des architectes du groupe ACT-Architecture, MM. Bardon, Colboc et Philippon. Leur projet, sélectionné parmi six propositions en 1979, devait respecter l'architecture de Victor Laloux tout en la réinterprétant en fonction de sa nouvelle vocation. Il permettait de mettre en valeur la grande nef, en l'utilisant comme axe principal du parcours, et de transformer la marquise en entrée principale.
Femme piquée d'un serpent - Auguste Clésinger - 1847 - ci-dessus. Ce marbre fut, avec les Romains de la décadence de Thomas Couture, l'oeuvre la plus commentée du Salon de 1847, faisant l'objet d'un double scandale, artistique et mondain. Pour cette image suggestive d'une femme nue se tordant sous la piqûre d'un serpent symbolique enroulé autour de son poignet, Clésinger, comme en témoigne la cellulite du haut des cuisses et retranscrite dans le marbre, avait utilisé un moulage sur nature du corps d'une demi-mondaine, Apollonie Sabatier (1822-1890). Muse de Baudelaire, beauté parisienne tenant un salon, celle que ses amis appelaient "la Présidente" offrit ainsi un succès inespéré à Clésinger. L'utilisation directe du moulage sur nature pour une sculpture était violemment contestée au XIXe siècle, induisant l'absence de travail et de probité de l'artiste.
 Suzanne - Paul Cabet - 1861 ci-dessus
Daumas - Paul Cabet -ci-dessus
Sirène - Puech - 1889 ci-dessus
 Hébé endormie - Albert-Ernest Carrier-Belleuse - 1869 ci-dessus
 Secret d'en haut - Hippolyte Moulin - 1879 ci-dessus
La danse - Jean-Baptiste Carpeaux - ci-dessous - En 1863, Charles Garnier, l'architecte du nouvel Opéra de Paris, commanda quatre groupes sculptés à quatre artistes titulaires du Prix de Rome pour décorer la façade du bâtiment. Carpeaux devait traiter le thème de la danse. Trois ans durant, il multiplia esquisses et maquettes, avant de concevoir cette farandole tournoyante de femmes encerclant le génie de la danse. La préoccupation essentielle du sculpteur était de rendre la sensation du mouvement, ce à quoi il parvient par une double dynamique, verticale et circulaire. Le génie bondissant domine l'ensemble, entraînant la ronde des bacchantes, en déséquilibre.
Le public fut choqué par le réalisme des nus féminins, jugés inconvenants : une bouteille d'encre fut même jetée contre le groupe sculpté, dont l'enlèvement fut demandé. Mais la guerre de 1870, puis la mort de Carpeaux, mirent fin à la polémique.
Les quatre parties du monde - Jean-Baptiste Carpeaux - ci-dessous - Le baron Haussmann, le préfet de Paris qui a donné à la ville le visage qu'on lui voit aujourd'hui, commande à Carpeaux en 1867 une fontaine pour les jardins du Luxembourg. Le sculpteur choisit de représenter les quatre parties du monde tournant autour de la sphère céleste. Non seulement les quatre allégories dansent une ronde, mais en outre elles tournoient sur elles-mêmes. L'Europe pose à peine les pieds par terre, l'Asie, avec sa longue natte, est presque de dos, l'Afrique est de trois-quarts, l'Amérique, coiffée de plumes, a le corps de profil et le visage de face. Ce goût pour le mouvement est l'une des caractéristiques de l'art de Carpeaux. Sa nature passionnée était tout le contraire du calme néo-classique. Ce n'est qu'en 1874, un an avant la mort de Carpeaux, que la fontaine est mise en place après avoir été coulée en bronze. L'enchevêtrement des jambes a beaucoup déplu au public de l'époque. Deux des bustes existent en tant qu'oeuvres indépendantes. Carpeaux transforme la Chinoise en Chinois et l'édite en plusieurs matériaux différents. La figure de l'Afrique donne naissance à un buste exposé par Carpeaux avec l'inscription Pourquoi naître esclave. Cette référence à l'abolition de l'esclavage est aussi visible dans la statue : elle porte autour de la cheville la chaîne brisée de l'esclavage sur laquelle l'Amérique pose son pied. 
Un paradis pour la sculpture - L'idée de transformer la gare d'Orsay en musée voit le jour dans les années 1970. Il faut trouver une destination pour les collections impressionnistes, trop à l'étroit au Jeu de Paume, tandis que l'ouverture du nouveau musée d'Art moderne au centre Georges Pompidou prévoit le reversement des oeuvres les plus anciennes.
Ces sculptures trouvent leur place sous la voûte de Laloux laissée apparente. En procédant à des échanges, le musée d'Orsay parvient à obtenir des oeuvres qui étaient exposées dans d'autres musées ou institutions. 
Enfant de face, portant des palmes - Jean-Baptiste Carpeaux - 1863 - ci-dessous
Grande Bacchante - Joseph Bernard - 1912 - ci-dessous
 Porte de l'enfer - Auguste Rodin - 1917 - ci-dessous. A l'emplacement même de la gare d'Orsay, s'élevait au XIXe siècle l'ancienne Cour des comptes. Brûlée en 1871 durant la Commune, elle devait être remplacée par un musée des Arts décoratifs. Pour son entrée, l'Etat commande à Rodin en 1880 une porte monumentale. Elle devait être ornée de onze bas-reliefs représentant la Divine Comédie de Dante. Rodin s'inspire des célèbres portes que Ghiberti avait réalisées au XVe siècle pour le baptistère de Florence. Trois ans plus tard, l'artiste est parvenu à un premier état qui le satisfait, mais le projet du musée est abandonné. Cette porte sans destination devient alors pour Rodin une sorte de réservoir créatif pour de nombreux groupes qui finissent par s'en affranchir comme Le Penseur ou Le Baiser. La Porte de l'Enfer, que seuls quelques critiques introduits ont pu voir, prend alors valeur de symbole : du génie créatif sans contrainte de Rodin pour les uns, de son incapacité à aboutir pour les autres. Elle ne sera exposée qu'à l'Exposition universelle de 1900 dans une version incomplète. 
Au sommet, le groupe des trois Ombres est en fait, dans une démarche extrêmement moderne, la triple répétition de la même figure amputée d'un bras. Au trumeau, le Penseur (Dante lui-même) surplombe l'abîme. Sur le battant de droite on reconnaît Ugolin. Sur celui de gauche, Paolo et Francesca s'insèrent dans une dégringolade de corps. L'ensemble émerge de laves bouillonnantes. Les attitudes convulsées traduisent désespoir, douleur, malédiction. Les formes envahissent la structure au point de venir parfois remplacer les éléments architecturaux. Oeuvre symboliste par excellence, laissant toute liberté à l'imagination, le haut relief laisse libre court à la véhémence et au pouvoir d'expression du corps humain dans un espace indéterminé, fortement perturbé par les jeux d'ombre et de lumière. Le plâtre du musée d'Orsay date de 1917. La Porte de l'Enfer a finalement rejoint l'emplacement pour lequel elle avait été commandée, sans néanmoins avoir sa fonction de porte. 
 Ugolin - Auguste Rodin - 1906 - ci-dessus
Muse du mouvement Whistler - Auguste Rodin - 1905 - ci-dessus
L'Age mûr - Camille Claudel - Après la rupture entre Camille Claudel et Rodin, ce dernier essaya de l'aider par personne interposée et obtint du directeur des Beaux-Arts une commande de l'Etat. L'âge mûr fut commandé en 1895, exposé en 1899, mais le bronze ne fut jamais commandé et le plâtre ne fut jamais livré par Camille Claudel. C'est le capitaine Tissier qui finalement commanda le premier bronze en 1902.
Le groupe évoque l'hésitation de Rodin entre son ancienne maîtresse, qui devait l'emporter, et Camille qui, pour le retenir, se penche en avant. Au-delà de son histoire personnelle, Camille réalise une oeuvre symbolique qui entraîne une méditation sur les rapports humains. Elle-même s'y incarne sous les traits d'un personnage qu'elle nomme l'Implorante, marquant ainsi le tragique attaché à sa destinée. L'homme à la fin de sa maturité est vertigineusement entraîné par l'âge tandis qu'il tend une main inutile vers la jeunesse. Les figures nues sont entourées de draperies volantes qui accentuent la rapidité de la marche. Les grandes obliques fuient. Paul Claudel en parlait ainsi : "Ma soeur Camille, Implorante, humiliée à genoux, cette superbe, cette orgueilleuse, et savez-vous ce qui s'arrache à elle, en ce moment même, sous vos yeux, c'est son âme".
Fugit Amor - Auguste Rodin - 1886 - ci-dessus
 Tanagra - Jean-Léon Gérôme - 1890 - ci-dessus
 Danse sacrée - Victor Ségoffin - 1905 - ci-dessus 
 Chasseurs d'aigles - Jules Coutan - 1900 - ci-dessus
La nature se dévoilant à la science - Ernest Barrias - ci-dessous - 1899 - Cette statue est commandée en 1889 pour orner la nouvelle faculté de Médecine de Bordeaux. Une jeune femme, l'allégorie de la Nature, soulève d'un geste lent les voiles dont elle est enveloppée. Après avoir achevé la première version en marbre blanc pour le décor du bâtiment, Barrias en conçoit une seconde, polychrome, destinée à l'escalier d'honneur du Conservatoire des Arts et Métiers à Paris. Il exploite pour cela le marbre et l'onyx de carrières redécouvertes en Algérie.
Taillées avec soin de manière à exacerber les capacités décoratives des matériaux, les différentes pièces jouent sur les veines de l'onyx rubané pour le voile, le jaspé du marbre rouge pour la robe, la préciosité du lapis-lazuli pour les yeux et de la malachite pour le scarabée, du corail pour la bouche et les lèvres.
Arts décoratifs - La création du musée d'Orsay offrait une occasion unique de rassembler des oeuvres dispersées dans divers musées ou administrations, où elles étaient souvent peu accessibles au public : le Mobilier national, le Ministère des affaires étrangères, les musées-châteaux de Fontainebleau, Compiègne, et Malmaison, les musées du Louvre et de Cluny, etc. Plus d'une centaine de pièces ont ainsi pu être réunies, sans compter certains prêts de longue durée venant principalement du Conservatoire national des Arts et Métiers et du musée Christofle.
Ces négociations ont surtout porté sur des créations des années 1850-1880 : ébénisterie de Diehl (dont le grand médailler orné de bronzes de Frémiet), Roudillon, Fourdinois, bois sculptés de Guérêt frères, bronze d'ameublement de Barye, Crozatier, Barbedienne, etc. 
 Odilon Redon - Grands panneaux à décors végétals - ci-dessus
Vases - Etienne Moreau-Nélaton - ci-dessus
Plat - Jean Dunand - ci-dessus

Cabinet à deux corps à motifs quadriformes floraux - Paul Follot - 1910 - ci-dessus
Chaise Carlo Bugatti 1900 - Chaise A. De Vecchi (milieu) 1904 - Chaise Carlo Bugatti 1902

Modèles plâtres - Carlo Bugatti - 1904 & Maquette meuble ovoïde - Carlo Bugatti 1905 ci-dessus
Boiserie de salle à manger - Alexandre Charpentier - La salle à manger et ensemble mobilier était resté relativement mal connu jusqu'à son démontage et son achat pour le futur musée d'Orsay en 1977, car il n'avait été jusqu'alors jamais été montré au public. Il s'agit du seul décor conservé de Charpentier. C'est Adrien Bénard (1846-1912) qui l'avait commandé pour la salle à manger de sa villa de Champrosay (Essonne). Ce banquier était l'un des mécènes des artistes du mouvement Art Nouveau. C'est ainsi sous sa présidence que la Compagnie du métropolitain avait choisit Hector Guimard pour les entrées du réseau souterrain.
Dans cette salle à manger campagnarde, ne figurent que des éléments végétaux. Chaque panneau est sculpté d'un motif différent - volubilis, rosiers, framboisiers, pois, haricots - dont la légèreté répond avec fluidité aux puissantes courbes des structures. Des bronzes d'ameublement qui, par leurs touches d'or, font chanter le rouge de l'acajou, il ne reste que les poignées des portes et les boutons de tiroirs reproduisant les baies des groseilles à maquereau. Les plaques de propreté des portes ont disparu.
Quant à la grande jardinière du céramiste Alexandre Bigot, elle s'intègre parfaitement au dessin général grâce à ses lignes ondulantes et sa couleur vert-gris pâle qui s'accorde subtilement au rouge foncé de l'acajou. Dans ses feuillages, se dissimulent deux petites têtes d'enfants rieurs, l'un des thèmes favoris de Charpentier.
Casa Batilo - Antoni Gaudi - Vitrine en encoignure - Cette pièce évoque l'esprit de la Casa Batlló de Barcelone, à laquelle Gaudí travaille de 1904 à 1906. C'est l'industriel José Batlló qui lui avait demandé de modifier une maison lui appartenant, construite en 1877 par l'architecte Luis Sala Sânchez. Des transformations apportées par Gaudí naissent des formes architecturales inédites.
 Porte à dexu battants - Emile André - ci-dessous
Cygnes sur le lac d'Annecy - Albert Besnard - ci-dessous
 Verrière d'intérieur en trois panneaux - Jacques Gruber - 1905 - ci- dessous
Grand Vase à décor de liserons et de papillons - Emile Gallé - 1902
Vase à quatre pieds et Vase tripode à décor émaillé -  Auguste Jean - 1890 - ci-dessous
Vase - Eugène Michel - 1902 & Le deuil violet des colchiques - Daum - 1893 - ci-dessous
Eugène Feuillâtre - ci-dessous
Salle des fêtes - Fresque Pierre Fritel - Décor peint de la salle des fêtes de l'ancien hôtel Terminus. Reflet de l'inspiration éclectique du XIXe siècle, l'ancienne salle de bal de l'hôtel d'Orsay est située au cœur des collections du musée. 
Restaurant - L'Hôtel d'Orsay enveloppait la gare de ses trois côtés. Ses 370 chambres et ses salons, dessinés par Victor Laloux, affichait une opulence et un mélange de style Louis XIV à Louis XVI. Le décor restautant du musée est installé dans l'ancienne salle à manger de l'hôtel au décor fastueux imaginé par Gabriel Ferrier sur le thème des jours et des saisons. Cette immense salle s'étire sur 30m de long. Elle s'ouvre à l'ouest par 9 portes-fenêtres, qui donnent sur la rue de Bellechasse, auxquelles font face de grands miroirs dans lequels les lustres se reflètent à l'inifini. Le restaurant se prolonge par le grand salon carré, ancienne salle de lecture de l'hôtel, décoré d'une belle cheminée en marbre. Au plafond, une grande toile Les Routes de l'air, a été peinte par Benjamin Constant. 
Thomas Mann, qui séjourne à l'hôtel d'Orsay en 1926, loue son confort mais regrette que l'hôtel soit plutôt conçu pour une clientèle de passage que pour un séjour prolongé. 
Entre gare et musée - En 1973, la Direction des musées de France envisageait déjà l'implantation dans la gare d'Orsay d'un musée où tous les arts de la seconde moitié du XIXe siècle seraient représentés. Menacée de démolition et de remplacement par un grand hôtel moderne, la gare bénéficia du renouveau d'intérêt pour le XIXe siècle et fut inscrite à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques, le 8 mars 1973. La décision officielle de construction du musée d'Orsay fut prise en conseil interministériel le 20 octobre 1977, à l'initiative du Président Valéry Giscard d'Estaing. En 1978, le bâtiment fut classé monument historique et l'établissement public du musée d'Orsay fut créé pour diriger la construction et la mise en oeuvre du musée. Le 1er décembre 1986, le Président de la République, François Mitterrand, inaugura le nouveau musée qui ouvrait ses portes au public le 9 décembre suivant.
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