EXPO - Murano - Musée Maillol

Fragile -Le verre, sa métamorphose incandescente, son extraordinaire plasticité presque magique, fascine depuis des millénaires. A Venise, l'ïle de Murano est le coeur de la production de cette matière précieuse. L'exposition présente son histoire, l'évolution de ses techniques, de ses formes et de ses merveilleuses couleurs du Moyen Âge à nos jours. 

Depuis le XIIIe siècle, Venise est une puissance maritime internationale qui domine la Méditerranée de l'Asie mineure à l'Atlantique, le carrefour commercial entre Orient et Occident. A la chute de l'Empire byzantin, la ville hérite de ses secrets de la Rome antique transmis le savoir-faire sophistiqué du monde islamique. En 1291, pour éviter les risques d'incendies, les fours des verriers sont bannis de Venise et transférés sur l'ïle de Murano. Cette résolution protège non seulement la sécurité mais oblige au secret, sous peine de sanctions allant jusqu'à la mort. C'est alors que s'associent les maîtres verriers et les meilleurs peintres en émail qui créent de véritable chef d'oeuvre. 
Au fil du temps, le verre poursuit son parcours, reflétant les goûts de chaque époque, se pliant à tous les caprices : renaissance, baroque, rococo, classicisme, éclectisme et historicisme, Art nouveau et Art déco. Ces traditions, cette virtuosité, ont traversé les siècles avec autant de fougue et de fraîcheur jusqu'aux plus grands artistes du XXIe siècle. Aujourd'hui le verre n'a rien perdu de son pouvoir de fascination, maîtres verriers et plasticiens mettent en commun créativité et siècles de savoir-faire.
Carrona - Javier Pérez -Verre et corbeaux naturalisés. (ci-dessous) La « Carroña» de Javier Pérez est une œuvre riche de symboles et d’associations d’idées à observer au travers du prisme de la métaphore. Elle révèle la passion de son créateur pour la nature cyclique de la vie et les séquelles laissées par le temps sur le corps et l’esprit. Ce lustre rouge en verre soufflé de  Murano fracassé au sol que 10 corbeaux semblent dévorer à l’instar d’une charogne frappe d’abord l’œil par une impression de fort contraste de matières et de couleurs. Rouge et noir, plumes et verre renvoient le spectateur aux paradoxes de la nature humaine : pureté et impureté, beauté et horreur, force et fragilité, corps et esprit. 
D’anciennes fables veulent que le plumage initialement immaculé des oiseaux ait été noirci en punition de leur vanité excessive. Ils incarnent ici la faute et la culpabilité. La délicatesse du lustre brisé en proie aux volatiles, sa couleur sang et la sensation de perte irrémédiable, de dépassement d’un point de non-retour qui s’en dégagent peuvent quant à elles être interprétées comme une métaphore de l’histoire et de son effondrement : l’homme contemporain, incapable de rassembler les fragments perdus de son passé, ne peut se projeter dans l’avenir. Cette construction métaphorique complexe illustre la tendance post-moderne qui ne voit dans la mort aucune promesse de résurrection et dans la perte de la culture artistique classique aucune promesse de progrès ni de renouveau. Ainsi, les corbeaux qui s’emparent de ces brisures du monde ancien extirpent la matière de son contexte originel.
Acqua - Giorgio Vigna - (ci-dessous)  Installation de douze coupelles de différentes dimensions. Elles sont réalisées à partir de plaques de cuivre mise en forme, et pour la partie interne, de verre de Murano, travaillé selon la technique de la fusion, soufflé et poli à la main. Le verre est un liquide en état de surfusion, dans lequel l'eau et le feu, indispensables pour le processus de fusion, se disputent la suprématie. Dans son installation Acqua, il met en évidence l'essence liquide du verre. 
Iago's Mirror - Fred Wilson - (ci-dessous à gauche) - Dans les années 1980, il commence à concevoir des séries de 'faux musées', où les oeuvres et objets sont présentés dans des lieux n'ayant strictement aucun rapport avec les expositions, ses installations étant constituées d'objets historiques, kitsch, de sculptures, de vidéos et de sons boulversant les notions généralement reconnues de l'histoire de l'art. 
Miroirs portraits-stress of our society - Orlan - (ci-dessous à droite) - Orlan rejette définitivement le modèle féminin souhaité par la logique du marché et le capitalisme, aussi bien que par les pensées et les besoins de l'homme. 
Géométrie amoureuse Alessandrita - Jean-Michel Othoniel - (ci-dessous) - Les Géométries amoureuses, sortes de fibules démesurées en verre, sont les attributs du pouvoir et de la beauté laissés par Ishtar dans se descente aux enfers. Elles s'inspirent des constructions mythologiques géométriques d'Amérique du Nord organisées autour d'un centre noir, l'oeil de la sculpture.  
Shitting doves of peace and fying rates - Jan Fabre - (ci-dessous) - Son sondage extrême de l'homme, examiné et soumis à enquête dans sa dimension physique, et la fascination de l'artiste pour le monde naturel relient son travail au concept de métamorphose, né de sa passion pour les sciences, en particulier l'entomologie. 
Way - Recycle Group - (ci-dessous) - Leur production artistique se caractérise par une provocation sophistiquée ayant pour objectif de trouver un compromis entre des sujets apparemment incompatibles : le classique avec le contemporain.
Rezzonico - Les premiers lustres apparaissent à Venise au début du 18ème siècle. Appelés ciocche en dialecte vénitien, terme désignant des bouquets de fleurs, ces lustres étaient en effet agrémentés d’éléments ornementaux en forme de feuilles et de fleurs, bigarrées et bicolores, disposées dans de petites coupes en verre dont elles débordaient. Elles constituaient la partie décorative terminale d’une structure métallique dissimulée par des parties creuses en verre soufflé, appelées bosette.
Le modèle dit Rezzonico prend son nom du palais Rezzonico sur le Grand Canal, aujourd’hui Museo del Settecento Veneziano, car c’est ici qu’est conservé un des rares exemplaires d’origine. De dimensions imposantes (deux mètres de diamètre), il était entièrement réalisé à la main et était composé de centaines de morceaux de verre, soufflés un par un. Le modèle Rezzonico eut un tel succès qu’il fut repris par les maîtres verriers vénitiens jusqu’à aujourd’hui. Celui présenté dans l’exposition peut être daté des années 1950. 
Surtout - Surtout, ou centre de table, représentant un jardin, appelé desèr à Venise. Les nombreux éléments de la composition sont indépendants et modulables. 
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