VERSAILLES - Château de Versailles

Classé depuis 30 ans au patrimoine mondial de l’humanité, le château de Versailles constitue l’une des plus belles réalisations de l’art français au XVIIe siècle. L’ancien pavillon de chasse de Louis XIII fut transformé et agrandi par son fils Louis XIV qui y installa la Cour et le gouvernement de la France en 1682. Jusqu’à la Révolution française, les rois s’y sont succédé, embellissant chacun à leur tour le Château.

Il n'est au départ qu'un modeste château construit par Louis XIII pour la chasse. C'est cet emplacement qui sera néanmoins choisi par Louis XIV pour construire le palais que nous connaissons aujourd'hui, symbole de l'absolutisme royal et incarnation de l'art classique français.
Dans les années 1670, Louis XIV fait notamment aménager les Grands Appartements du Roi et de la Reine. La réalisation la plus emblématique de ces espaces, lieux de parade et de réception par excellence, reste la galerie des Glaces imaginée par Mansart. Au siècle suivant, les agrandissements se poursuivent, avec notamment la construction de la Chapelle et de l’Opéra. Le Château compte aujourd’hui 63 154 m2 répartis en 2 300 pièces.
Cour de marbre - La cour de Marbre est une cour du château de Versailles pavée de marbre noir et blanc, située dans le renfoncement du vieux château, au pied de la chambre du Roi. Séparée par cinq marches de la cour royale, des spectacles y étaient donnés.
La cour de Marbre est la cour du château primitif construit en 1623 par Louis XIII. Les carreaux blancs et noirs qui la recouvrent proviennent du château de Vaux-le-Vicomte, carreaux que le roi avait préemptés, ainsi que des sculptures et des meubles, avant une mise aux enchères faite par la famille ruinée de Nicolas Fouquet. La cour de marbre a été décaissée sous Louis-Philippe, mais la restauration des années 1980 lui a rendu son niveau d'origine.
entrée dans le château -
Les appartements de Mesdames -La seconde antichambre de Madame Victoire - C’est l’ancienne chambre des bains, dont le sol et les murs étaient revêtus de marbre ; au fond, dans une alcôve encadrée de colonnes de marbre, était placé un lit de repos. De cette époque datent les volets des fenêtres, avec leur beau décor de dauphins et de congélations.
Ce fut ensuite la chambre du comte de Toulouse, puis de la comtesse de Toulouse, puis de Madame Adélaïde et enfin de Madame Victoire lorsqu’elle partageait cet appartement avec ses sœurs Sophie et Louise. En 1767, on supprima l’alcôve et la pièce devint la seconde antichambre.
Les boiseries ont été faites vraisemblablement pour Madame Victoire. Les tableaux des dessus-de-porte, représentant des Fables de La Fontaine, ont été peints par Oudry pour le Dauphin. La commode de Riesener provient de la pièce des Nobles de la comtesse d’Artois dans l’aile du Midi. Un paravent de la Savonnerie d’après Blain de Fontenay et un cartel « au Chinois » en vernis Martin complètent l’ameublement.
Le grand cabinet de Madame Victoire - À l’origine, ce fut le cabinet octogone de l’appartement des Bains de Louis XIV, l’une des créations les plus originales du Roi-Soleil, dont la richesse en marbres, sculptures et peintures, surpassait celle du Grand Appartement. En 1763, Mesdames obtinrent que son décor démodé fût remplacé ; de cette transformation subsistent la corniche, les boiseries aux angles de la pièce, ainsi que la belle cheminée. Un clavecin de Blanchet rappelle que Mme Victoire jouait admirablement de cet instrument, et que Mozart lui dédia ses six premières sonates pour clavecin.
La chambre de Madame Victoire - Ce fut l’antichambre ionique de l’appartement des Bains, ainsi nommée en raison des douze colonnes de marbre qui la décoraient. Seconde antichambre du comte de Toulouse, puis de la comtesse de Toulouse, puis de Madame Adélaïde et enfin de Mesdames cadettes, elle devint en 1767 la chambre de Madame Sophie et en 1769 celle de Madame Victoire.
Les belles boiseries sont l’œuvre d’Antoine Rousseau et la tenture d’alcôve en taffetas chiné reproduit le « meuble d’été » de Madame Victoire. En 1769, Péridiez livra les deux encoignures, qui furent vendues à la Révolution, passèrent en Russie, puis en Angleterre, où elles ont été rachetées en 1982.
La bibliothèque de Madame Victoire - Elle est entresolée, et, dans l’entresol, se trouve un supplément de bibliothèque. Les armoires abritent quelques livres reliés aux armes de Mesdames, un coffret contenant une collection de cartes de géographie ayant appartenu à Madame Elisabeth, nièce de Mesdames, des éléments d’un service à café en porcelaine de Sèvres à décor chinois, livré en 1775 pour Madame Adélaïde, et une sonnette de table en vermeil au chiffre et aux armes de Madame Victoire. Le petit bureau à pente a été livré pour Madame Sophie ou Madame Louise en 1760, à leur retour de l’abbaye de Fontevraud. Les chaises ont fait partie du mobilier de Madame Victoire au château de Bellevue.
La chambre de Madame Adélaïde - Ce fut la chambre à coucher du comte de Toulouse, fils légitimé de Louis XIV et de Françoise-Athénaïs de Montespan, de 1724 à 1737, du duc de Penthièvre, fils de ce dernier, de 1737 à 1744, et de la duchesse de Penthièvre de 1744 à 1750. Elle devint alors la chambre de la marquise de Pompadour, qui y mourut le 15 avril 1764. Chambre de Marie-Josèphe de Saxe en 1766, mais la Dauphine mourut, le 13 mars 1767, sans avoir pu s’y installer ; cependant, après sa mort, elle fut exposée ici sur un lit de parade. Chambre de Madame Victoire de 1767 à 1769, et enfin de Madame Adélaïde de 1769 à 1789.
Les boiseries ont été vraisemblablement exécutées pour la Dauphine en 1766, à l’exception des bordures des dessus-de-porte, qui sont sans doute un « remploi » du décor de la chambre de madame de Pompadour : elles encadrent quatre peintures de Natoire représentant des allégories de la Peinture, de la Sculpture, de l’Architecture et de la Musique.
Dans l’alcôve, dont la tenture évoque le « meuble d’été » de Madame Adélaïde, sont accrochés les portraits de Louis XV par Carle Van Loo, et de Mesdames Sophie et Louise par Drouais. Sur la cheminée, un beau buste du Dauphin, frère de Madame Adélaïde, par Augustin Pajou. Les admirables sièges ont été exécutés vers 1770 par Nicolas-Quinibert Foliot et proviennent de l’ancien mobilier royal.
Le grand cabinet de Madame Adélaïde - C’est Madame de Pompadour qui donna à cette pièce sa forme actuelle, et la cheminée de sérancolin a été posée pour elle. Les riches boiseries qui l’ornaient ont entièrement disparu, mais on a pu rétablir la corniche faite pour Madame Adélaïde. Le petit orgue a vraisemblablement appartenu à cette princesse, ainsi que le violon dont « elle jouait supérieurement ».
Nattier a peint les portraits de ses sœurs aînées : Madame Elisabeth, duchesse de Parme, et Madame Henriette jouant de la basse viole : Madame Adélaïde avait placé ce dernier tableau dans son grand cabinet. En dessus-de-porte, Mesdames Victoire, Sophie et Louise par Drouais. Sur la cheminée, buste de Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI et nièce de Madame Adélaïde.
 La salle des Hoquetons - On appelait « hoquetons », à cause de leur tunique, les gardes de la Prévôté de l’hôtel, qui étaient chargés de la police intérieure du château. Cette salle, où ils se tenaient habituellement, a reçu en 1672 un décor en trompe-l’œil représentant des trophées d’armes et des statues dans des niches feintes.
Madame de Pompadour avait divisé la salle pour former deux antichambres, qui servirent ensuite à la Dauphine, à Madame Victoire et enfin à Madame Adélaïde, mais qui n’ont pas été rétablies.
Dans les niches sont placées deux statues : un More en marbres polychromes provenant des collections des princes Borghese, et une admirable figure de femme drapée dont le corps est antique, mais dont la tête et les bras en bronze sont l’œuvre de l’Algarde, célèbre sculpteur romain du XVIIe siècle.
L’extraordinaire pendule de la Création du monde a été commandée par Joseph-François Dupleix, directeur général des Comptoirs français de l’Inde, qui voulait l’offrir à un prince indien : conçue par Passemant, elle a été réalisée en 1754 par l’horloger Joseph-Léonard Roque et le bronzier François-Thomas Germain.
La Chapelle royale - Dans la monarchie française, le roi est l’élu de Dieu et par son sacre il devient son « lieutenant » sur terre. Les peintures et les sculptures de la chapelle de Versailles rappellent cette idée dans un cycle qui part de la nef et aboutit à la tribune où se tenait le roi.
Louis XIV n’a connu cette chapelle que durant cinq ans puisqu’elle n’a été achevée qu’en 1710. Celle qu’il a le plus fréquentée, édifiée en 1682 à l’emplacement du salon d’Hercule, s’était vite avérée trop exiguë. Cependant, les guerres avaient retardé le chantier de la Grande Chapelle, ouvert dès 1689 par Hardouin-Mansart. L’architecte n’en vit d’ailleurs pas la fin puisqu’il mourut en 1708. À cette date, son beau-frère Robert de Cotte lui succéda, mais les lignes générales de l’architecture et du décor avaient été arrêtées dès 1699 : un plan avec nef, bas-côtés et déambulatoire, une élévation avec tribunes, une harmonie de blanc et or contrastant avec la polychromie du pavement de marbres et des peintures de la voûte ; le tout aboutit à une œuvre originale où se mêlent réminiscences de l’architecture gothique et esthétique baroque.
Le Grand Appartement du Roi - Le salon d'Hercule - Premier salon du Grand Appartement du Roi, le salon d’Hercule a été en réalité le dernier créé, à la fin du règne de Louis XIV. Depuis 1682, la chapelle du château occupait son emplacement sur deux étages et elle servit jusqu’en 1710, date où elle fut remplacée par la chapelle actuelle. Pour décorer ce nouveau salon, on y plaça en 1712 le monumental tableau de Véronèse, Le Repas chez Simon, peint pour le réfectoire du couvent des Servites à Venise vers 1570. En 1664, le doge l’avait offert à Louis XIV afin que ce dernier lui apporte son soutien contre les Turcs. Interrompus par la mort du Roi-Soleil pendant dix ans, les travaux du salon d’Hercule durèrent jusqu’en 1736, date à laquelle François Lemoyne acheva la peinture de la voûte représentant L’Apothéose d’Hercule, voulant figurer que « la Vertu élève l’homme au-dessus de lui-même ». Par son effet, cette vaste composition allégorique, comptant 142 personnages, voulait rivaliser avec les chefs-d’œuvre des fresquistes italiens, mais elle a été réalisée sur des toiles marouflées, c’est-à-dire collées sur le support. Le jeune peintre se donna la mort peu de temps après avoir achevé ce travail.
Le salon de Vénus - Ce salon, ainsi que le salon de Diane, constituait le principal accès au Grand Appartement car le grand escalier, dit « escalier des Ambassadeurs » (détruit en 1752) y aboutissait. Les soirs d’appartement, on y dressait des tables couvertes de corbeilles de fleurs, de pyramides de fruits frais et rares comme oranges et citrons ainsi que de fruits confits et de massepains. Comme toutes les pièces suivantes, ce salon tire son nom d’une planète, thème lié au mythe solaire qui inspira tout le décor de Versailles dans les années 1670. Ici, Vénus est représentée au plafond sous les traits de la déesse de l’Amour qui, dans l’Antiquité grecque, était associée à cette planète. Les autres compositions peintes, qui ornent les retombées de la voûte (voussures), représentaient des actions de héros antiques se rapportant à la fois à la planète du lieu et aux actions de Louis XIV : ainsi doit-on déchiffrer que la voussure représentant Auguste présidant aux jeux du cirque fait allusion au célèbre carrousel de 1662 donné en l’honneur de la reine, et que celle montrant Alexandre épousant Roxane évoque le mariage de Louis XIV.
De toute l’enfilade, le salon de Vénus présente le décor le plus baroque. C’est le seul endroit où Le Brun a fait dialoguer architectures, sculptures et peintures, tantôt réelles et tantôt feintes : les pilastres et colonnes de marbre sont repris dans les perspectives peintes par Jacques Rousseau, et deux statues en trompe-l’œil du côté des fenêtres répondent à la figure de Louis XIV par Jean Warin.
Le salon de Diane - Tout comme le salon de Vénus, le salon de Diane servait de vestibule au Grand Appartement et, au temps de Louis XIV, les soirs d’appartement, de chambre du billard. Deux estrades étaient réservées aux dames qui applaudissaient aux bons coups du roi, très habile à ce jeu, si bien que ce salon était aussi appelé « chambre des applaudissements ». Dans l’Antiquité grecque, la déesse de la Chasse, Diane, était associée à la lune pour sa froideur. Elle était également la sœur d’Apollon, le dieu du Soleil. Les voussures sont ornées de scènes de chasse de héros de l’Antiquité. Ici, l’allusion est transparente car il est bien connu que Louis XIV était un grand chasseur.
La partie centrale du plafond exécutée par Gabriel Blanchard représente Diane présidant à la navigation et à la chasse. Sur la cheminée, le tableau de Charles de La Fosse représente Le Sacrifice d’Iphigénie et, en face, au-dessus de la console, Diane et Endymion de Gabriel Blanchard. Les bustes antiques proviennent des collections du cardinal de Mazarin léguées à Louis XIV.
Le salon de Mars - Mars est une planète mais également le dieu de la Guerre. Le choix de ce thème militaire qui inspira toute la décoration du salon s’explique par le fait que cette grande pièce devait à l’origine servir de salle des gardes à l’appartement de parade. Elle fut par la suite réservée, les soirs d’appartement, à la musique et à la danse, si bien qu’on l’appelait communément
 « la salle du bal ». Les ballets de cour étaient très réglés et nécessitaient de nombreuses répétitions ; les princes y prenaient part, parfois mêlés à des danseurs professionnels. De part et d’autre de la cheminée, deux tribunes, supprimées en 1750, étaient destinées aux musiciens.
Au centre du plafond, Claude Audran a peint Mars sur un char tiré par des loups. L’œuvre est encadrée par deux compositions ; l’une, à l’est, par Jouvenet : La Victoire soutenue par Hercule suivie de l’Abondance et de la Félicité ; l’autre, à l’ouest, par Houasse : La Terreur, la Fureur et l’Épouvante s’emparant des puissances de la terre. Quatre tableaux de Simon Vouet, provenant du château de Saint-Germain-en-Laye, sont placés en dessus-de-porte : La Tempérance, La Prudence, La Justice et La Force.
Le David jouant de la harpe du Dominiquin, tableau préféré de Louis XIV au-dessus de la cheminée, était au temps de Louis XIV dans l’alcôve de la chambre du Roi, et faisait pendant à un Saint Jean à Patmos, alors attribué à Raphaël. À gauche de la cheminée, on peut voir La Famille de Darius aux pieds d’Alexandre, par Charles Le Brun et à droite Les Pèlerins d’Emmaüs, d’après Véronèse (autrefois original) : placés en pendant, ils révèlent la volonté de montrer que désormais les peintres français peuvent rivaliser avec les plus grands maîtres italiens. Sur les murs latéraux se trouvent deux portraits d’apparat : Louis XV et Marie Leszczinska, tous les deux peints par Carle Van Loo.
Le salon de Mercure - À l’origine, le salon de Mercure était la chambre de parade du Grand Appartement, d’où son nom de « chambre du lit », bien que très vite ce lit fût ôté en hiver afin de libérer l’espace et d'y installer des tables de jeu. Jusqu’en 1689, date où Louis XIV dut se résoudre à les faire fondre afin de financer la guerre de la Ligue d’Augsbourg, tables, miroirs, chenets et lustres d’argent massif magnifiquement ciselés par les orfèvres des Gobelins ornaient murs, plafonds et cheminée. Une balustrade également d’argent séparait l’alcôve du reste de la pièce. Des brocarts – étoffes tissées de fils d’or et d’argent – tendaient les parois ainsi que le lit mais ils furent à leur tour envoyés à la Monnaie pour soutenir cette fois la guerre de Succession d’Espagne. Une des rares fois où le salon de Mercure a servi comme chambre fut à l’occasion de la proclamation du duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV, comme roi d’Espagne : le jeune prince y dormit durant trois semaines, avant de gagner son nouveau pays. C’est également dans cette pièce que, du 2 au 10 septembre 1715, fut exposée la dépouille mortelle de Louis XIV.
La guerre de la Ligue d’Augsbourg, également appelée la « guerre de neuf ans » fut déclenchée en 1688 par l’occupation par la France du Palatinat. Devant cette action, l’Empire, les Pays-Bas et l’Espagne s’allièrent pour contester au royaume ses prétentions sur l’héritage de Madame, belle-sœur de Louis XIV et princesse Palatine. Ce conflit, le plus important du règne de Louis XIV, fut conclu par la cession de Strasbourg à la France, le 30 octobre 1697. La guerre de Succession d’Espagne suivit l’acceptation par Louis XIV du testament de Charles II qui, mort sans héritier, désigna comme successeur à la tête de toutes les possessions d’Espagne le duc d’Anjou et préféra donc la dynastie des Bourbons à celle des Habsbourg, dont il était issu.
Le plafond peint par Jean-Baptiste de Champaigne représente Mercure sur son char tiré par deux coqs. Les voussures sont décorées de quatre tableaux : à gauche, du côté du salon de Mars, Auguste recevant une ambassade d’Indiens ; au fond, face aux fenêtres, Ptolémée Philadelphe dans sa bibliothèque ; à droite, du côté des fenêtres, Alexandre et Aristote qui reçoit de ce prince divers animaux étrangers dont il écrit l’histoire. Le lit que l’on peut voir actuellement est celui que Louis-Philippe fit installer dans la chambre du Roi lors de la transformation de Versailles en musée.
Le salon d'Apollon - Le salon d’Apollon, dédié au dieu du Soleil, dieu des Arts et de la Paix auquel s’identifiait Louis XIV, était le plus fastueux de tous. Cela se perçoit encore aujourd’hui dans le décor du plafond où toutes les peintures – composition centrale, voussures et écoinçons – sont tout en couleurs et où toutes les sculptures sont en ronde bosse et entièrement dorées. Mais tout le reste a disparu : le mobilier d’argent et en particulier le trône de 2,60 mètres de haut furent fondus en 1689. Un fauteuil en bois doré, dont le style évolua selon les règnes, remplaça le trône de Louis XIV. Il était placé sur une estrade recouverte d’un tapis de Perse à fond d’or et sous un dais. Les tentures qui, comme dans toutes les demeures royales, variaient selon les saisons, étaient faites de velours cramoisi, coupé de dix-huit bandes de broderies d’or et d’argent l’hiver, et de broderies d’or et d’argent sur fond de soie l’été.
Le salon de la guerre - C’est à partir de 1678 que Mansart entreprit la construction du salon de la Guerre. La décoration, achevée par Le Brun en 1686, exalte les victoires militaires qui aboutirent à la paix de Nimègue. Les murs sont revêtus de panneaux de marbre ornés de six trophées et de chutes d’armes en bronze doré. Le mur du côté du salon d’Apollon est occupé par un bas-relief ovale en stuc représentant Louis XIV à cheval foulant aux pieds ses ennemis. Ce chef-d’œuvre de Coysevox est surmonté de deux Renommées dorées et soutenu par deux captifs enchaînés. Au-dessous, dans le bas-relief occultant l’ouverture d’une fausse cheminée, Clio écrit pour l’avenir l’histoire du Roi. Le plafond, qui a été peint par Le Brun, représente au centre La France armée assise sur un nuage, entourée de Victoires. Un portrait de Louis XIV orne son bouclier. Dans les voussures sont réparties ses trois ennemies vaincues : l’Allemagne à genoux, avec un aigle ; l’Espagne menaçante, avec un lion rugissant et la Hollande renversée sur un lion. La quatrième représente Bellone, déesse de la guerre, en fureur entre la Rébellion et la Discorde.






Galerie des Glaces - La Grande Galerie, comme on la nommait au XVIIe siècle, servait quotidiennement de lieu de passage, d’attente et de rencontres, fréquenté par les courtisans et le public des visiteurs.
Après la victoire sur les trois puissances liguées, représentées au salon de la Guerre, la galerie exalte tout au long de ses soixante-treize mètres le succès politique, économique et artistique de la France. Succès politique : les trente compositions de la voûte peinte par Le Brun illustrent l’histoire glorieuse de Louis XIV durant les dix-huit premières années de son gouvernement personnel, depuis 1661 jusqu’à la paix de Nimègue. Ainsi, victoires militaires et diplomatiques aussi bien que réformes en vue de la réorganisation du royaume y sont traitées sous forme d’allégories à l’antique. Prospérité économique : par leurs dimensions et par leur nombre, les trois cent cinquante-sept miroirs qui ornent les dix-sept arcades faisant face aux fenêtres attestent que la nouvelle manufacture française de glaces est capable de ravir à Venise le monopole des miroirs, alors objets de grand luxe. Réussite artistique : les pilastres de marbre de Rance s’ornent de chapiteaux de bronze doré d’un modèle nouveau dit de « l’ordre français » ; créé par Le Brun à la demande de Colbert, il présente des emblèmes nationaux : une fleur de lys surmontée du soleil royal entre deux coqs français.
La Grande Galerie servait quotidiennement de lieu de passage, d’attente et de rencontres, fréquenté par les courtisans et le public des visiteurs. Elle ne fut le cadre de cérémonies qu’exceptionnellement, lorsque les souverains voulurent donner le plus grand éclat à des réceptions diplomatiques ou à des divertissements (bals ou jeux) offerts à l’occasion de mariages princiers. Le trône était alors installé sur une estrade tout au bout de la galerie, du côté du salon de la Paix dont l’arcade était fermée. Cependant, la mise en scène du pouvoir atteint rarement un tel degré d’ostentation : ainsi le doge de Gênes en 1685 et les ambassadeurs de Siam (1686), de Perse (1715), de l’Empire ottoman (1742) eurent-ils à traverser toute la galerie, sous les yeux de la Cour massée de chaque côté sur des gradins ! Il y eut aussi les fêtes du mariage du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV en 1697, du fils de Louis XV en 1745 et enfin le bal masqué pour le mariage de Marie-Antoinette et du Dauphin, futur Louis XVI, en mai 1770… C’est également ici que fut signé le 28 juin 1919 le traité de Versailles qui mettait fin à la Première Guerre mondiale. Depuis, les présidents de la République continuent à y recevoir les hôtes officiels de la France.












 Le salon de la paix - Le salon de la Paix présente le même décor de panneaux de marbre et de trophées d’armes de bronzes dorés et ciselés que le salon de la Guerre qui lui est symétrique. Toutefois, Le Brun a orné la coupole et les voussures des bienfaits de la paix donnée par la France à l’Europe. Ce salon fut, dès la fin du règne de Louis XIV, séparé de la galerie par une cloison mobile et considéré comme faisant partie du Grand Appartement de la Reine dont il constitua dès lors la dernière pièce. C’est là que sous Louis XV, Marie Leszczinska donna chaque dimanche des concerts de musique profane ou religieuse qui jouèrent un rôle important dans la vie musicale de Versailles, et que, sous le règne suivant, Marie-Antoinette tint son jeu.


Le Grand appartement de la Reine - La chambre de la reine - La chambre est la pièce principale de l’appartement, celle où la reine se tenait le plus souvent. Elle y dormait, souvent rejointe par le roi. Le matin, elle y recevait durant et après sa Toilette qui constituait un moment de cour aussi réglementé par l’étiquette que le Lever du roi. C’est là encore qu’avaient lieu les accouchements en public : dix-neuf « Enfants de France » y sont nés. Le décor conserve le souvenir des trois reines qui ont occupé la pièce : le compartimentage du plafond remonte à la reine Marie-Thérèse, mais les peintures en grisaille par Boucher ont été réalisées pour Marie Leszczinska, ainsi d’ailleurs que les boiseries. Tous ces éléments ont été conservés du temps de Marie-Antoinette pour laquelle seuls le mobilier et la cheminée ont été livrés de neuf. Lors de l’invasion du château par les émeutiers le 6 octobre 1789, Marie-Antoinette parvint à leur échapper par la petite porte gauche de l’alcôve ouvrant sur un corridor donnant accès aux cabinets intérieurs de la Reine, une douzaine de petites pièces réservées à sa vie privée et à son service. À la Révolution, le château ne fut pas pillé, mais ses meubles furent dispersés lors de ventes aux enchères qui durèrent une année entière. Certains ont pu être retrouvés, comme le serre-bijoux de Schwerdfeger qui se trouve à gauche du lit, ou comme l’écran de cheminée ; d’autres ont été remplacés par des pièces équivalentes : tel est le cas des sièges livrés en partie pour la comtesse de Provence, belle-sœur de la reine, et en partie pour la visite du roi de Suède Gustave III. Quant aux étoffes qui tendent le lit et les murs, elles ont été retissées à Lyon d’après les cartons originaux conservés. Le lit et la balustrade ont été resculptés d’après des documents anciens.
 Le salon des Nobles - Antichambre sous la reine Marie-Thérèse, c’est dans cette salle que Marie Leszczinska accordait ses audiences solennelles, assise sous un dais. Elle y tenait également son cercle, comme on appelait ce temps de conversation réglé avec les dames de la Cour. Marie-Antoinette fit refaire entièrement la décoration, ne conservant que les peintures du plafond, et pour elle, on tendit les murs de damas vert pomme bordé d’un large galon d’or. Un nouveau mobilier fut livré, à la fois extrêmement moderne et raffiné. En effet, pour les majestueuses commodes et encoignures destinées à cette pièce, Riesener, l’ébéniste préféré de la reine, sacrifia à la dernière mode anglaise, abandonnant ses marqueteries fleuries habituelles pour de grands à-plats d’acajou, tandis que les bronzes dorés ainsi que les tablettes de marbre bleu turquin de ce majestueux ensemble étaient assortis à ceux de la cheminée, elle aussi nouvelle.
 L'antichambre du grand couvert - C’est dans l’antichambre de la reine qu’avaient lieu les repas publics dont le fastueux rituel attirait beaucoup de monde. Seuls les membres de la famille royale pouvaient prendre place à table et, devant eux, assises, les duchesses, princesses ou titulaires de grandes charges ayant le privilège du tabouret, puis, debout, les autres dames et les personnes qui, de par leur rang ou avec l’autorisation des huissiers, avaient pu entrer. Louis XIV s’astreignait à cette représentation presque tous les soirs ; Louis XV lui préféra bien souvent les soupers intimes ; quant à Louis XVI et à Marie-Antoinette, un témoignage du temps nous rapporte que « la Reine se mettait à la gauche du Roi. Ils tournaient le dos à la cheminée. […] Le Roi mangeait de bon appétit, mais la Reine n’ôtait pas ses gants et ne déployait pas sa serviette, en quoi elle avait grand tort ». Contre cet ennui, Marie-Antoinette demanda qu’il y ait toujours musique au Grand Couvert et à cette fin, une tribune pour les musiciens fut aménagée dans la pièce.
 La salle des Gardes - Au débouché de l’escalier de la Reine, dit aussi « escalier de Marbre », on pénétrait dans le Grand Appartement de la Reine par cette salle des Gardes où, jour et nuit, douze gardes du corps accomplissaient leur service auprès de la souveraine. À Versailles, seuls le roi, la reine et le dauphin pouvaient ainsi disposer d’une garde personnelle composée de soldats appartenant à ces unités d’élite qu’étaient les quatre compagnies des Gardes du corps du Roi. La grande salle suivante, dite aujourd’hui « salle du Sacre », leur était d’ailleurs affectée. Elle servait de corps de garde.
La salle des Gardes de la Reine est la seule pièce de l’enfilade dont le décor du XVIIe siècle a été conservé : la reine n’ayant pas l’occasion de s’y tenir, il ne parut jamais nécessaire de le moderniser. C’est pourquoi on y voit encore les lambris de marbre caractéristiques du premier état des Grands Appartements ainsi que des peintures, placées là en 1680, qui proviennent de l’ancien salon de Jupiter, devenu salon de la Guerre.
« Le service des Gardes du corps, au Château, consistait à monter la garde aux portes des appartements, à prendre les armes quand les princes passaient, à garnir la chapelle pendant la messe et à escorter les dîners de la famille royale. Ils devaient connaître les ducs et pairs, car, à leur passage, la sentinelle devait porter les armes et frapper deux coups du talon droit. De même, cette sentinelle devait ouvrir la porte et ne pas la laisser ouvrir ; mais l’on sent que le garde était lui-même très-aise qu’on l’exemptât de toutes ces fonctions ».
C’est par ici que le 6 octobre 1789, à l’aube, les assaillants venus réclamer du pain au roi, tentèrent d’atteindre les appartements de la Reine, avant qu’une femme de chambre prévenue par un garde du corps ne verrouille la porte du Grand Couvert et conseille à la reine de se sauver. Rebroussant chemin, les assaillants tentèrent alors de pénétrer par la salle des Gardes du Roi.
Galeries -
La galerie des Batailles - La galerie des Batailles est le vestige le plus important des Galeries historiques créées dans le château de Versailles par Louis-Philippe. Elle occupe quasiment la totalité de l’étage de l’aile sud du Château et est décorée d'une trentaine de gigantesques toiles célébrant des victoires françaises.
Le plus grand espace des Galeries historiques de Versailles est la galerie des Batailles. Elle occupe quasiment la totalité de l’étage de l’aile sud du Château sur deux niveaux, jusqu’aux toitures. Conçue et réalisée à partir de 1833, elle est inaugurée solennellement le 10 juin 1837 et marque alors le point fort de la visite du musée.
Louis-Philippe y réunit trente-trois tableaux représentant les grandes batailles qui ont fait la France depuis celle de Tolbiac, en 496, jusqu’à celle de Wagram, en 1809. Toutes les dynasties qui ont régné sur la France y ont leur place - Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Valois, Bourbons - auxquelles s’ajoutent la Révolution et Napoléon Ier. Son message est simple : la France s’est faite dans des combats contre des ennemis de l’intérieur et de l’extérieur ; elle est désormais glorieuse, apaisée et prête à entrer dans une ère nouvelle fondée sur la paix et la prospérité.
Les quatre plus grands tableaux sont des commandes des régimes précédents, l’Empire - Austerlitz de Gérard - et la Restauration - l’Entrée d’Henri IV à Paris de Gérard, Bouvines et Fontenoy d’Horace Vernet. Tous les autres ont été réalisés pour la galerie entre 1834 et 1845 par les peintres d’histoire du moment, Alaux, Bouchot, Couder, Delacroix, E. Devéria, Féron, Fragonard fils, Franque, Heim, Larivière, Mauzaisse, Picot, les frères Scheffer, Schnetz, Schopin, Steuben et H. Vernet.
L’architecture de la galerie, élaborée par Frédéric Nepveu, sans doute avec les conseils de Pierre-Léonard Fontaine, évoque les projets de celui-ci pour la Grande galerie du Louvre sous le Consulat et l’Empire. Elle constitue un espace solennel, rythmé par des avant-corps de colonnes, éclairé par des verrières à la voûte et richement décoré de marbres et de stucs peints et dorés.
La galerie est aussi conçue comme un panthéon des gloires nationales puisqu’elle présente une série de quatre-vingt bustes d’officiers célèbres morts au combat ainsi que des plaques de bronze portant les noms de beaucoup d’autres.
Depuis son inauguration, la galerie est restée intacte, complète de l’ensemble des œuvres commandées par le Roi-citoyen pour son ornement. Elle reste l’un des plus impressionnants témoignages du projet de Louis-Philippe pour Versailles et l’un des plus beaux exemples des grands aménagements de musées au XIXe siècle.
couloirs du château -
(c) Chavanitas