DARK TO LIGHT - Tower of London


 Chambres à Part VII - Tower of London.
 -  From Dark to Light, Tower of London - Du 13 Mai au 10 Juin à la maison du docteur.
Dans la continuité du cycle d'exposition Chambres à Part, Laurence Dreyfus s'associe avec la collectionneuse britannique Karen Marr pour proposer, du 13 Mai au 10 Juin, une édition spéciale, insolite et délocalisée de Chambres à Part. L'exposition se déroulera dans un lieu chargé d'histoire et de mystère : la maison du Docteur de la Tour de Londres, père de la collectionneuse Karen Marr. Elle débutera avec deux installations, en rez-de-chaussée, et se visitera en gravissant les étages de cette maison si atypique jusqu'à la terrasse. Celle-ci offre un point de vue incroyable sur le London Bridge et la Tour Blanche. 


Le titre de l'exposition "Dark Ages to Enlightenment", ("Des temps obscurs à la lumière") est inspiré de l'histoire de la Tour de Londres, lieu emblématique qui n'est pas sans rappeler notre attachement à l'histoire médievale. Ce point de départ nous attire naturellement vers des artistes s'inspirant de cette période et traitant les couples ombre et lumière, bien et mal, vie et mort. L'environnement singulier permet de découvrir des oeuvres d'art variées dans un contexte intime et de créer une collection très originale sur ces riches thématiques symboliques.
from dark - underground - La pièce introduisant l'exposition, est un granit de l'artiste allemand Gregor Hildebrandt. Lieu de confrontation de deux mondes, elle reprend le mythe des trois divinités fileuse de destin : les Parques. Ces divinités grecques et romaines filaient le destin des hommes, puis coupaient le fil de la vie. De gauche à droite, nous voyons Clotho, le plus jeune, qui tient la quenouille entre Terre et Ciel, Lachenis, qui met le fil sur le fuseau et enfin Atropos, à qui incombe la responsabilité de couper le fil. Trait d'union entre deux civilisations, Die drei Parzen offre donc une nouvelle jeunesse au mythe des Parques, et réintroduit une sagesse "obscure" que nous avions oubliée.
En regard de Gregor Hildbrandt, nous proposons une seconde oeuvre à la technique extrêmement contemporaine. The vertical of Power d'Andreï Molodkin est composée de néons et tubes de pétrole. Au sein de la Tour de Londres, Molodkin offre une vision cynique du pouvoir. Cette oeuvre met l'emphase sur le poids du pouvoir politique et monarchique, et plus particulièrement sa verticalité. Cependant, Molodkin n'élude pas la volonté humaine de se tenir debout. Cultivant le double sens avec brio, il introduit le contraste au sein même de son oeuvre, en mêlant le noir mat du pétrole à la lumière blanche irradiante, troublante par sa justesse. 
Avec British Petroleum, Molodkin s'exprime exactement dans cette veine. L'Union Jack inversé, rempli aux deux tiers de pétrole crée une croix latine, "hommage" à peine déguisé au décès de Margaret Thatcher. Hommage rendu plus acide encore par l'utilisation d'une symbolique qui transgresse la Constitution britannique il est interdit de changer la couleur d'Union Jack.
La visite des niveaux inférieurs s'achève avec le Bateau Tableau de Marcel Broodthaers. Réalisé en 1973, le Bateau Tableau est une série de 80 diapositives réalisées à partir de photographies d'une Marine, achetée chez un antiquaire parisien. Broodthaers conte une histoire qu'il rythme en multipliant les prises de vues, en favorisant certains détails de la toiel, celle d'une flotte bretonne qui revient d'une pêche fructueuse. 
dining-room - L'exposition d'élève alors d'un niveau vers la lumière, au sein du dining room, transformé en véritable capteur de curiosité. Gallum Dagger de James Balmforth, une dague contemporaine a priori inoffensive, puisque forgée à partir de gallum, un métal qui fond au contact de notre peau.
Passionné d'Histoire de l'Art autant que de matière, Patrick Neu puise son inspiration dans les grands tableaux de la fin du XVIIeme et dans son quotidien. Ce qui importe, c'est l'essence même de la matière. Verrier chez Saint Louis, il multiplie ses expériences avec tous types de matériaux. Cependant, la suie, entre ses mains, prend une dimension supérieure. Nous présentons six pièces de Patrick Neu, cinq verres retraçant de grands jalons de l'Histoire de l'Art médiévale et Renaissance et une vitrine reprenant le thème du Jardin des délices de Jérôme Bosch.
Les délicates oeuvres de Patrick Neu entrent en écho avec les gravures d'Albrecht Dürer Le Couronnement de la Vierge (1516) et Saint Jérôme pénitent dans le désert (1496) ont été créées respectivement pendant l'apogée de l'artiste et consécutivement à son premer voyage à Venise, où Dürer découvrit la vitalité du Quattrocento marqué par le réalisme italien. L'humilité de ces personnages à la destinée héroïque, alliée à la puissance symbolique des gravures créent des atmosphères uniques. Contemplatives et sereines, ces gravures d'Albrecht Dürer ont une aura commune avec la photographie d'Hiroshi Sugimoto.
Photographe et sociologue, Hiroshi Sugimoto analyse dans ses oeuvres le passage du temps, il a réalisé de nombreuses séries aux thèmes variés, mais réunies autours d'une même technique. Le portrait de Charles Ier fait face à la Tour Blanche. Retrouvailles symboliques entre ce lieu mythique et une illustre personne qui le foula. Le règne de Charles Ier fut troublé par de nombreuses révolutions. Le roi fut exécuté pour Haute trahison, suite à son insubordination face au Parlement anglais, et son éloignement du protestantisme. Ses ultimas verbam "Je vais d'une corruptible à une incorruptible Couronne, où aucun dérangement ne peut être", témoignent de la sagesse d'un roi qui ne craignait pas la mort, et qui avait trouvé la lumière. Cette sagesse et cette clairvoyance irradie de la photographie de Sugimoto.
Shahpour Pouyan, jeune artiste iranien complète le voyage spatial et temporel qu'offre ce Cabinet de curiosités. Son dessin représente un soldat inconnu, équipé d'une somptueuse armure en argent et or. Shahpour Pouyan s'accomplit dans le paradoxe qu'est de créer de la beauté dans l'utilitarisme pur qu'est la guerre. Son oeuvre Projectiles décline une série de missiles crées en utilisant les matériaux et techniques médiévales, cuivre, cottes de mailles, laiton. Finement ciselés, travaillés en collaboration avec des forgerons iranien, ces projectiles font vibrer les valeurs ancestrales perses : dexterité, raffinement, et fierté. Ce dessin prend tout son sens près de la salle des armures de la Tour de Londres, où certains chefs d'oeuvre de l'orfèvrerie militaire occidentale sont exposés.
Le rez-de-chaussée s'achève avec deux passes partout du collectif Claire Fontaine. Ces oeuvres, plus douces, plus légères, sont une transition parfaite avant de s'élever une nouvelle fois dans les étages supérieurs de la maison. Inspiré du ready-made et de l'Art conceptuel, Claire Fontaine utilise de nombreux médias et questionne avec humour la crise de singularité de l'art contemporain. Ces passes partout, crées spécialement pour l'exposition, sont des trousseaux de clés fictifs, permettant de se déplacer au sein de la Tour de Londres. 
first floor - Tout aussi adaptée au contexte de la Tour de Londres. La Régente de Céline Cléron occupe le bureau au premier étage. Céline Cléron est une artiste française, sculptrice, photographe. Dans un subtil croisement sémantique et visuel, ses oeuvres interrogent le temps aussi bien que la notion de perception. La Régente asscocie une ruche d'abeille à un grand col de dentelle alvéolé que les nobles, à la fin du XVIe siècle, portaient autour du cou. Jouant avec le terme "Ruche" qui désigne ces deux réalités, Céline Cléron s'approprie la densité des champs sémantiques dans une représentation ambigue du temps.
living-room - En entrant dans le living-room, l'oeil est immédiatement aspirés par les vanitas, sous cloche, de Charlotte Cornaton accumulations de petits objets en terre chamottée noire, émaillée rouge, céramique émaillée céladon et sang de boeuf. 
L'oeuvre de Charlotte Cornaton s'attaque à la vision individuelle et utilitaire de l'homme. La société occidentale procède à une indéniable désacralisation du corps. Notre civilisation, construite autour de la communication ne le considère plus que comme support de l'image. La vanité permet d'observer au delà de la chair et de la décrépitude. Elle rappelle la déficience humaine, impuissante face au corps. Elle inscrit la mort dans les tissus même de l'homme. La décomposition, le pourissement, le flétri, les plis et déplis sexués du magma organique deviennent à la fois répugnants et séduisants. La vanité permet de nous libérer de notre prison organique et nous élever vers l'esprit, vers la lumière. 
Tout aussi colorées, les gravures réhaussées à l'aquarelle de Broodthaers  sont une nouvelle réflexion du temps. Mettant en scène des paysages typiquement anglais, elles nous soumettent à une sensation. The Palm House in Ken Gardens in mid, 19th century, The North Prospect of London from the bowling green at Islington.
second floor - Les trois toiles de Lucas Arruda occupent une place particulière dans l'exposition. Ses propos nous éclairent particulièrement sur son travail "Ce que je cherche, c'est à obtenir la lumière, que ce soit en enlevant de la matière de la toile ou en l'ajoutant." Lucas Arruda peint ces paysages éthérés en recherchant la lumière pure, sans à priori dans une idée d'universalité. Ses toiles sont en permanente métamorphose suivant l'heure de la journée et de la luminositén elles se chargent de tons nouveaux. 
Face à Lucas Arruda, nous avons disposé une toile de William Turner.
L'installation de James Turrell achève l'exposition avec une lumière transformée en objet, transcendante. Turrell crée une objetisation de la lumière, qui feint la matière, semblant offrir la matière.
terrasse - 
(c) Chavanitas