PARIS - Art Déco

Art Déco - suite musée des Arts Décoratifs

L'Art Déco : Modernité et Tradition - Cette grande salle rompt la parcours chronologique en proposant une lecture transversale des collections à travers différents thèmes.
- Jacques Doucet, un collectionneur . Grand couturier mais surtout mécène, Jacques Doucet se consacre à l’art contemporain et confie la décoration de son appartement de l’avenue Foch à Paul Iribe dans les années 10. Dans les années 20, il demande à Pierre Legrain, Marcel Coard et Paul Mergier de réaliser le mobilier de son studio de la rue Saint-James à Neuilly, où il conserve sa collection de peintures contemporaines. Ces meubles, d’inspiration cubiste et africaine, présentent un luxe de matière et un raffinement très original.
- Emile-Jacques Ruhlmann : un ébéniste d’exception. L’ensemble de la collection de meubles de Ruhlmann conservé au musée compte une dizaine de pièces, réalisées par le décorateur de 1916 à 1933, dont certaines furent présentées à l’Exposition de 1925 dans le pavillon particulier de l’artiste, l’Hôtel du collectionneur.
- Robert Mallet-Stevens : architecte et créateur de mobilier. Le mobilier du bureau personnel de Robert Mallet-Stevens, repose sur un piètement en tube métallique. Il est accompagné de portes à plusieurs panneaux articulés en laque, ornées d’un décor géométrique conçu par Jean Dunand et provenant de la maison de l’architecte, rue Mallet-Stevens à Paris.
Le bureau-bibliothèque de Pierre Chareau pour le pavillon de l’Ambassade Française - Le bureau-bibliothèque de l’Ambassadeur, réalisé par Pierre Chareau, est reconstitué avec son plafond en dôme, sa partie centrale délimitée par des rayonnages en bois de palmier abritant le bureau et son fauteuil. Les rideaux d’Hélène Henry, le tapis La Sirène de Jean Lurçat et la sculpture de Lipchitz (prêt de Marlborough International Fine Art) complètent l’ensemble du décor.
Une salle à manger par Louis Süe et André Mare - 1920-1921 - Cet ensemble, réalisé en 1920-1921 par la Compagnie des Arts Français, illustre le retour à la tradition inspiré du mobilier Louis-Philippe, avec ses bois sombres et ses formes massives. Sur la desserte et les encoignures est présentée la vaisselle en faïence blanche éditée par la Compagnie des Arts Français et des verres de Maurice Marinot, contribuant ainsi à adoucir les tonalités sombres du mobilier. 
L'appartement privé de Jeanne Lanvin par Armand-Albert Rateau - 1924-1925 - Jeanne Lanvin achète l’ancien hôtel particulier de la marquise Arconati-Visconti, 16, rue Barbet-de-Jouy en 1920. Elle fait construire une aile de réception dont les salles (vestibule, bibliothèque, galerie, salle à manger) sont aménagées par le décorateur Armand-Albert Rateau de 1921 à 1924. Un paravent et une paire de vases en dinanderie par Jean Dunand, présentés ici, proviennent notamment de la salle à manger.
Armand-Albert Rateau met au point dans les années 20 un style tout à fait particulier issu de son intérêt pour l’art antique et le recours à un bestiaire original. Les trois pièces (salle de bain, chambre et boudoir) de l’appartement privé de Jeanne Lanvin, la grande couturière, qu’il décore en 1924-1925, illustrent un luxe très personnel avec ses meubles en bronze à patine antique, en chêne ou en bois doré.
Les fondements de l'Art Déco - Les meubles réunis dans cette salle illustrent le passage de l’Art nouveau à l’Art déco autour de 1910, à un moment où se côtoient les derniers acteurs du style précédent, les « constructeurs » comme Léon Jallot, Eugène Gaillard et les tenants d’un nouvel art décoratif. Parmi ces novateurs qui annoncent l’Art déco se côtoient deux tendances : les décorateurs, partisans du retour à la tradition, comme Paul Iribe et Paul Follot, et les tenants de la couleur comme Clément Rousseau, Clément Mère, André Mare et Louis Süe qui annoncent la richesse des matériaux de l’Art déco avec l’utilisation du galuchat, des cuirs teintés, des laques et des bois peints.
Ecole de Nancy - La production de la maison Majorelle est représentée dans les collections par un mobilier de chambre à coucher de 1900 (lit, table de nuit, armoire à glace), un piano avec un décor de marqueterie réalisé d’après les dessins de Victor Prouvé ainsi qu’une rampe d’escalier en fer forgé au motif de la monnaie-du-pape et une cheminée provenant du « Café de Paris » avenue de l’Opéra. 
Cette salle s’organise en trois pôles : le premier présente un ensemble de meubles réalisé vers 1904-1905 qui témoigne de la virtuosité des ateliers d’ébénisterie d’Emile Gallé, figure de proue de l’Art nouveau à Nancy. Il provient de l’hôtel particulier d’Edouard Hannon, ingénieur chez Solvay, à Bruxelles, dont une usine était installée près de Nancy. 
Art Nouveau - De grandes vitrines présentent différents axes de recherche des artistes de l’Art nouveau. Ainsi, celles consacrées à l’œuvre d’Emile Gallé propose de montrer l’évolution du créateur, de l’historicisme à l’Art nouveau ; une autre illustre le japonisme et l’influence des arts décoratifs japonais sur les objets Art nouveau avec des œuvres en porcelaine, faïence, verre et métal (Jean Carriès, Paul Jeanneney, Georges Hoentschel, la maison Christofle…). Il faut souligner la similitude de ces pièces avec les œuvres japonaises qui repose sur une compréhension profonde des règles de l’art japonais et non sur une transcription anecdotique de certains thèmes exotiques. 
Cauchemards et symbolisme - La fin du XIXe siècle voit apparaître des œuvres inquiétantes qui évoquent des visions fantasmatiques ou des cauchemars, souvent liés aux origines du monde. Ces expressions ultimes, parfois morbides, puisent leurs sources dans les grandes mythologies d’Orient et d’Occident. Les œuvres présentées ici sont toutes d’une densité plastique oppressante : le projet de fontaine La Fortune de James Tissot, Tête de Faune et l’Infante de Jean Carriès, Forêt Vierge de Louis Parvillée, le mobilier de Viardot habité de dragons effrayants, donnent la dimension symboliste des errances du goût durant cette décennie complexe. 
Salle à manger Eugène Grasset - 1880 - Le mobilier qu’Eugène Grasset a conçu pour son ami l’éditeur et collectionneur Charles Gillot vers 1880 est d’une remarquable originalité. Les ornements sculptés surprennent par l’étrange mélange d’animaux fantastiques, de flore commune, de personnages et de motifs géométriques associés avec une grande liberté. La monumentale cheminée de la galerie de Gillot fait face à l’ensemble du mobilier de la salle à manger. La collection de faïences et de porcelaines d’artistes qui ont renouvelé leur art au contact du Japon, de la Turquie ou de l’Islam entre 1867 et 1880 est accrochée au mur : Théodore Deck, Félix Bracquemond, Félix Moreau-Nélaton, Eugène Rousseau, etc. 
Splendeurs des courtisanes - La salle est centrée sur le monumental lit de Valtesse de La Bigne, courtisane très en vue sous la Troisième République qui a été immortalisée par Zola dans Nana. La quête du luxe que recherche une nouvelle bourgeoisie fortunée a favorisé la production de meubles en bronze doré ou patiné qui évoquent les bois dorés du XVIIIe siècle. 
Le phénomène des Expositions universelles - En créant une émulation internationale, les organisateurs des Expositions universelles ont favorisé la production de « chefs-d’œuvre » par lesquels les fabricants tentaient d’obtenir une médaille d’or. Les prouesses techniques, les recherches d’originalité plastique ont laissé des témoignages surprenants : Surtout des Tuileries pour Napoléon III par Christofle, Cabinet et Bibliothèque par Henri Fourdinois, Cabinet par Pierre Manguin, architecte du célèbre hôtel de la Païva, pendule et vases par Ferdinand Barbedienne, la Nef que l’impératrice Eugénie a offerte à Ferdinand de Lesseps à l’occasion de l’ouverture du canal de Suez par les orfèvres Fannière, l’un des premiers vase d’Emile Gallé, etc. 
Noirs et Nacres - La présentation du legs Mathis-Donnefort, entièrement consacré au mobilier et objets de couleur noire d’origine française ou anglaise, permet d’évoquer l’importance de cette teinte dès 1850 et jusqu’à la fin du XIXe siècle. Le noir est la couleur du luxe ; le mobilier présenté ici est en bois ou en papier mâché incrusté de nacre. Cette dernière technique qui utilise la fabrication industrielle par moulage a connu un grand succès en raison de l’effet somptueux qu’il produisait tout en restant d’un coût abordable. La luxuriance florale se retrouve sur le papier peint Jardin d’hiver de la manufacture Desfossé. 
La passion des bibelots - La confrontation entre des pièces d’un foisonnement ornemental exceptionnel qui peut aller jusqu’à l’excès (porcelaines de Jacob-Petit) et des objets de commandes officielles telles que les pièces du Service à dessert du duc d’Orléans, principal collectionneur de la famille royale, permet d’évoquer les nombreux débats publics sur la question du goût entre 1830 et 1850. 
Chambre à coucher Louis-Philippe - 1836-1840 - Evocation d’une chambre à coucher d’époque Louis-Philippe dans le cadre de la boiserie provenant de l’hôtel du baron William Hope, situé 57 rue Saint-Dominique (actuelle ambassade de Pologne). Ce banquier très en vue s’est fait aménager son hôtel dans un goût exubérant, aux teintes claires rehaussées par les ors. La boiserie de sa chambre est un exemple exceptionnel de réinterprétation du goût Renaissance. 
Le Beau idéal - Dans la dernière décennie du XVIIIe siècle, les artistes sont à la recherche d’une esthétique dépouillée et portent un nouveau regard sur l’Antique. Les collections du musée des Arts décoratifs révèlent cette mutation du goût qui fut élaborée à Rome dans l’atelier du peintre David et constitue le fondement du style Empire. Pour exprimer cette nouveauté formelle le tableau de Jacques-Louis David « Pâris et Hélène » est confronté au Recueil de décorations intérieures de Percier et Fontaine. Le décor panoramique Psyché de Joseph Dufour, des meubles et objets illustrent les diverses expressions de la nouvelle esthétique : un siège curule attribué à Jacob, l’athénienne d’Odiot, le bonheur du jour de Lemarchand... 
Le Salon de l'hôtel de Serres - 1795 - Ce salon provenant de l’hôtel de Serres, place Vendôme, date des dernières années du XVIIIe siècle. Il est également connu sous le nom de salon Barriol, du nom du décorateur qui en fit don au musée. A défaut du mobilier d’acajou et de bois peint commandé pour la pièce et dont seul le modèle des consoles est connu, un ensemble de sièges en bois doré des années 1780 associé à des meubles d’ébénisterie plaqués de satiné est placé dans ce salon. 
Le Salon Talairac - 1790 - Provenant d’un immeuble situé 35 rue Joubert à Paris dans le 9e arrondissement (anciennement rue Neuve-des-Capucins), les boiseries de ce petit salon constituent un rare exemple de décor intérieur à la fin de l’Ancien régime, vers 1790. Des panneaux de boiserie en parcloses, rythment la pièce. Leurs motifs en candélabres, traités en trompe-l’œil, évoquent une ornementation de bronze patiné encadrant des médaillons à la manière des grès fins de Wedgwood à fond de couleur. Les portes sont traitées en faux bois de deux tons sur lesquels se détache un décor de même esprit. La cheminée en marbre rouge griotte et bronze doré légèrement plus tardive est un bel exemple de l’égyptomanie à la fin du XVIIIe siècle. 
Le Cabinet des Fables - Cette boiserie parisienne des années 1750 provenant du boudoir de Madame Dangé place Vendôme a connu des vicissitudes jusqu’à son installation au musée des Arts décoratifs à la fin du XIXe siècle. La délicate polychromie originale rose et verte encadrant les scènes des Fables fut cachée au XIXe siècle lorsque l’hôtel fut attribué au gouverneur militaire de Paris. La boiserie fut alors partiellement dorée, changeant ainsi radicalement d’aspect. Afin de présenter ces deux états successifs, témoignages du changement d’usage et de l’évolution du goût, seuls deux tiers de la boiserie ont été restaurés dans l’état du XVIIIe siècle, l’autre étant restaurée dans son état du XIXe siècle. Un film de Frédérique Cantu de trois minutes montre les différentes étapes de cette restauration. Ce parti-pris de présentation permet de développer une réflexion sur l’évolution du goût, le visiteur étant confronté à un décor du XVIIIe siècle, réalisé pour une femme à la mode, et à sa métamorphose au siècle suivant par une administration militaire. A travers la révélation partielle de la polychromie du XVIIIe siècle, le visiteur aborde également les problèmes posés par la restauration d’un tel ensemble, les choix scientifiques et déontologiques qui ont poussé à adopter un tel parti, l’apport des méthodes d’investigation contemporaines et leurs limites, les techniques mises en œuvre pour dégager la peinture originale et restaurer les éléments repris au XIXe siècle. 
Une boiserie à la capucine - 1730 - Provenant d’une salle à manger réalisée dans les années 1730 pour un hôtel particulier parisien, une très belle boiserie « à la capucine », c’est-à-dire laissée en chêne naturel, au riche décor sculpté de liserons, sert d’écrin à une vitrine centrale où sont présentées par roulement les pièces liées au service de la table (céramique, orfèvrerie, verrerie). La première présentation réunit des pièces de service en faïence et en porcelaine en trompe l’œil d’animaux, de légumes et de fruits. 
La chinoiserie - Thème qui a traversé tout le XVIIIe siècle, la chinoiserie est évoquée à travers une sélection de meubles et objets provenant de différents pays d’Europe, présentée dans un écrin tapissé de panneaux de laque provenant du Cabinet de laque de l’hôtel du Châtelet à Paris, construit au début des années 1770 par Mathurin Cherpitel. Commode de Desmoulin en laque de Coromandel à fond noir, petite commode de Dubois en vernis Martin à fond rouge, secrétaire en pente en vernis Martin bleu de Madame de Pompadour… révèlent la variété des couleurs des laques d’Extrême-Orient et de leurs imitations européennes. Une grande vitrine permet d’aborder, dans le monde de la céramique essentiellement, une réflexion sur les jeux d’influences, au centre du développement de la chinoiserie, d’un continent à l’autre, d’un pays à l’autre et d’une manufacture à l’autre, alors que se multiplient les centres faïenciers et les manufactures de porcelaine. De la copie à l’interprétation et à la fantaisie la plus débridée, la variété des aspects et la succession des phases de la chinoiserie sont évoqués. L’apport spécifique d’artistes et d’ornemanistes comme Boucher ou Pillement est mis en exergue. 
La rocaille - Cette salle montre comment cet ornement, indépendant de toute référence à l’Antiquité classique, inspiré du monde de l’eau et des coquillages, est apparu et s’est développé jusqu’à transformer la structure même des objets. Les pièces présentées créées entre 1730 et 1770, soulignent la vigueur de cette nouvelle grammaire ornementale et sa force de renouvellement pendant un demi-siècle avant que le néoclassicisme ne marque sa défaveur. La spontanéité d’une inspiration libérée de toute règle formelle est montrée par des meubles sculptés alors que l’extrême sophistication des compositions est révélée par des pièces d’orfèvrerie et de céramique, candélabre de Duvivier d’après Meissonnier, saucière Duplessis en porcelaine de Vincennes… La diffusion de la rocaille à l’étranger est évoquée à travers une commode vénitienne typique de cette version italienne de la rocaille qu’est le Barocchetto. 
Les quatre Saisons - Le sculpteur Filippo Parodi (1630-1702), introducteur à Gênes de l’esthétique du Bernin, enrichit le mobilier par l’apport de la sculpture, un type de création poursuivi par son fils Domenico (1668-1740). Cette figure, accompagnée de trois autres, devait orner une galerie dans un palais patricien et évoquent par leurs couleurs un matériau plus noble, le bronze patiné et doré. 
Le cabinet doré de l'hôtel de Rochegude à Avignon - 1720 - Ce cabinet provient de l’hôtel de Rochegude à Avignon ; la demeure avait été achetée par cette famille en 1730 mais c’est le propriétaire précédent, André de Paÿs des Hoirs qui avait commandé à l’architecte et sculpteur parisien Thomas Laîné la réalisation de ce décor.
Laîné s’était formé sur les chantiers royaux, travaillant pour l’administration des Bâtiments du roi, à Versailles notamment. En 1714, il s’installe à Avignon, alors terre papale, et c’est dans cette ville qu’il poursuit une brillante carrière d’architecte, y perpétuant le style des décors versaillais avec un certain décalage. Toutefois, c’est suivant les traditions locales que le cabinet a été réalisé : panneaux de noyer et non pas de chêne, assemblages assez sommaires, peinture et dorure posées sans préparation (les veines du bois restent visibles). La dorure est non pas à l’eau mais à l’huile (à la mixion) qui lui donne un aspect orangé et plus gras.
Comme le révèlent les archives, tous les sols de l’hôtel étaient couverts de tomettes de terre cuite et c’est ce parti qui a été repris, avec des carreaux anciens de petites dimensions, carrés et non hexagonaux comme il était habituel en Ile-de-France.
 (c) Chavanitas