VRINDAVAN - Happy Holi ! - Bankey Bihari Temple

Tout le but de ce voyage en Inde, a été pour moi de filmer le festival Holi, fête des couleurs et du printemps pour un projet artistique. Si vous participez à ce festival dans d'autres villes, l'expérience sera complètement différente, nous sommes allées dans le temple Bankey Bihari, le plus traditionnel pour cette célébration.
Holî (होली) - parfois appelée fête des couleurs ou Phâlgunotsava - est la fête hindoue de l'équinoxe de printemps. Elle trouve son origine dans la Vasantotsava, à la fois un sacre du printemps et célébration de la fertilité. Il est fêté dans toute l'Inde durant deux jours au cours de la pleine lune du mois de Phâlguna qui se situe en février-mars. La Holî est dédiée à Krishna dans le nord de l'Inde.
Holî est fêtée avec une ferveur particulière en Orissa et dans la région de Mathura, la ville de naissance de Krishna.
La nuit du premier jour de la fête, un feu est allumé pour rappeler la crémation de Holîka. Le deuxième jour, connu sous le nom de Rangapanchami, les gens, habillés en blanc, circulent avec des pigments de couleurs qu'ils se jettent l'un à l'autre, il est alors d'usage de s'excuser, après avoir sacrifié au rite coloré, par « Bura na mano, Holî hai » (« Ne soyez pas fâché, c'est la Holî » en hindî). C'est aussi l'occasion pour s'inviter à partager des mets préparés spécialement pour cette occasion.
Les pigments qu'ils se jettent ont une signification bien précise : le vert pour l'harmonie, l'orange pour l'optimisme, le bleu pour la vitalité et le rouge pour la joie et l'amour.
Selon l'écrivain indianiste Alain Daniélou, la fête de Holi c'est "le jour où toutes les castes se mêlent, où les inférieurs ont le droit d'insulter tous ceux devant qui ils ont dû s'incliner pendant toute l'année".
Bankey Bihari Temple - C'est sur place au Bankey Bihari temple, à Vrindavan, près du lieu de naissance de Krishna, que je compris que ce festival avait perdu sa notion de voeux au dépend de l'idée de vengeance. Il s'agit initialement, du seul jour de l'année où les castes n'existent plus en Inde, où tout le monde s'habille simplement et où les couleurs recouvrent les différences.
La vérité en tant que femme européenne seule en est tout autre. Notre chauffeur inquiet de nous voir y aller seule, nous prévoit un guide local de 24 ans qui nous accompagne au temple et nous évite bien des déboires. Les festivités du Feu on commencer la veille au soir, mais le jetée de pigments a bien commencé ce matin. On arrive très tôt au temple qui n'ouvre qu'à 8h pour avoir une place dans la file pas trop en retrait. Après presque deux heures d'attentes au milieu des barrières dans un lieu où il est interdit de photographier sans carte presse, dans l'ambiance encore festive d'indiens alcoolisés qui hurlent des chants indiens en jetant des pigments roses, les portes vont bientôt ouvrir ! L'ambiance est animée mais envoûtante, et c'est avec une certaine émotion que je me retrouve aux portes de ce temple dont je reconnais l'architecture déjà recouverte de pigments, que j'ai vu en photo et en rêve en préparant mon projet depuis presque deux ans.. Les portes s'ouvrent et c'est le début d'une cohue que je ne pensais pas possible : un concert de hard rock à côté c'est calme ! Les jeunes qui chantaient à l'arrière se mettent à sauter par dessus les barrières pour passer devant, et se servent sans aucun scrupules de nos têtes comme marche pied. Il faut tout une technique pour avancer au fur et à mesure à travers cette masse en délire et je concentre toute mon attention sur mon 5D, qui est protégé contre l'eau et les pigments mais pas contre les chocs.
Après un parcours mouvementé, on se retrouve à l'intérieur et trouvons grâce à mon guide qui soudoie un des brahmanes, une place dans un angle, sur un marche pied en hauteur qui me laisse 20 minutes de répit pour filmer la foule. Régulièrement, alors que je suis concentrée sur mon projet, une trainée importante de poudre dans les yeux ou les oreilles vient me rappeler à mon entourage ! Il y en a même un qui trouve le moyen de me rendre à moitiés aveugle et sourde en une seconde, alors que mes mains sont prisonnières du manchon qui protège ma caméra. Il faut jouer des coudes pour filmer là où je le souhaite sans trop me faire remarquer, car la direction de l'autel m'est interdite et je n'ai aucune envie de les énerver. Deux ados ont eut le malheur de rentrer avec leurs tongs cachées dans leurs shorts (les chaussures sont toujours interdites dans les temples), et c'est avec une certaine violence qu'ils vont se faire éjecter du temple par les indiens, qui un par un vont les frapper à la tête jusqu'à ce qu'ils sortent. Il en est de même d'un photographe australien qui voulait me piquer mon spot, qui doit s'en aller plus vite que prévu.
C'est avec une certaine jalousie que je remarque les photographes de presse qui ont pu rentrer en avance dans le temple, et qui photographient tranquillement depuis les balcons à l'étage la foule. Je peux au moins dire que j'aurais vécu cette expérience à 100%.
Au fur et à mesure, le temple se rempli et l'on nous demande de partir de la petite stèle qui va être enlevée. Tout de suite il m'est difficile de filmer, tout le monde m'engueule, me pousse. Nous ne tardons pas avant de sortir du temple et là le pire nous attend.
Même la protection de mon appareil ne me paraît plus suffisante, et je n'arrive alors qu'à prendre peu de cliché de ce cahot. Notre guide nous prévient qu'à cette heure, environ 11h, tous les jeunes sont bourrés et le trajet va être compliqué. Il va falloir tracer. Dès que nous sommes prévenu Alex se prend une énorme bombe à eau dans le dos, qui me fait rire, car je n'imagine pas encore la suite.. Dès que nous croisons un groupe d'indiens, il se jettent sur nous pour nous recouvrir de pigments, des trentaines de mains baladeuses se mettent à nous recouvrir de rose. Je suis en position de retrait pour protéger mon appareil photo sur mon buste, et mes coudes me servent à taper ceux qui cherchent à me mettre la main aux fesses. Alex semble moins bien s'en tirer au milieu de ces groupes, pas de grosse caméra pour couvrir ses seins et sa blondeur les attire d'autant plus. Je fais tout le chemin de retour à l'aveugle, je ne cherche qu'à suivre de près notre guide, relativement impuissant fasse à des groupes de jeunes bourrés, qui tentent malgré tout d'intervenir régulièrement. Les pigments qui me sont lancés dans les yeux ne me permettent plus de voir grand chose, mes yeux me brûlent. Finalement arrivées à la voiture, on se nettoie un minimum avant de s'enfermer dans notre fort. La fête n'est pas terminé, mais elle l'est pour nous, car le guide nous dit qu'à partir du déjeuner l'ambiance est incontrôlable, et il ne veut pas nous emmener ailleurs. Je ne pense qu'au fait que j'ai enfin les vidéos pour lesquels je suis venue, dans le temple que je voulais voir, et que rien de grave n'est arrivé. Il faut donc en rester là.
Arrivée à l'hôtel, qui ne regroupe que des photographes de presse homme, on arrive en même temps que deux photographes pros, dont l'un a une cinquantaine d'années. Ils semblent un peu plus propre que nous, un peu plus épargnés, ils sont rentrés avant que ça dégénère comme nous. C'est alors qu'il nous dit que c'est "The wildest experience of his life" ! Je me suis alors dit que je voulais continuer à vivre des expériences aussi forte toute ma vie. Qu'à 27 ans j'étais fière d'avoir vue et vécue un tel évènement.
Voici quelques photos de notre état à la fin de la matinée. Les pigments n'étant pas très naturels et toxiques, Alex a gardé un petit souvenir avec une mèche colorée rose qui ne voulait plus partir, elle est rentrée à Paris avec.

(c) Chavanitas