PARIS - Louvre - Wim Delvoye

Le Louvre invite Wim Delvoye à intervenir dans divers lieux du musée : sous la pyramide, dans le jardin des Tuileries, au sein des appartements Napoléon III et dans les salles gothiques du département des Objets d’art.
 
 

Après Tony Cragg, Wim Delvoye est le deuxième artiste à concevoir une nouvelle sculpture monumentale pour la colonne du belvédère. Une immense flèche gothique en acier Corten torsadée, intitulée Suppo, sera ainsi exposée jusqu’au 3 décembre 2012. Parallèlement, une imposante oeuvre en acier Corten dentelé sera présentée dans le jardin des Tuileries, s’inscrivant à l’automne dans le parcours de sculptures de la Fiac.

Au sein du musée, une quinzaine de productions récentes en vitrail, en porcelaine, en bronze,  témoignant de ses recherches actuelles sur la sculpture du XIXe siècle et de l’exploration des techniques informatiques de reproduction, seront présentées en contrepoint des collections des Objets d’art.


De la relecture triviale du gothique jusqu’aux déformations baroques de crucifix, l’art populaire et décoratif de Wim Delvoye, qui plonge ses racines dans un détournement ironique des styles du passé, trouve dans le musée du Louvre un écho particulièrement sonore. L’artiste était à l’honneur en 2009 à la Collection Peggy Guggenheim à Venise, en 2010 au musée Rodin à Paris et en 2011 au Palais des beaux-arts de Bruxelles. Au fur et à mesure de ces expositions, il érige une flèche de plus en plus haute jusqu’au spectaculaire Suppo, atteignant au Louvre treize mètres de haut.
"Il a commencé sa carrière artistique en exposant un système digestif sous le nom évocateur de « Cloaca » mais Wim Delvoye appartient maintenant à la catégorie rare des provocateurs discrets. Peut-être est-ce parce qu’il aime le travail bien fait, le beau geste artisanal : une forme de glorification du travail dans la pure tradition des ouvriers de nos cathédrales et de nos orfèvres. Ses œuvres sont belles et bien faites, ce qui ne les empêche pas d’être parfois surprenantes.
Le Louvre a donc invité cet artiste belge né en 1965 à intervenir sous la pyramide, dans les appartements Napoléon III et dans les salles gothiques du département des Objets d’Art. Je crois qu’il faut lire le travail de Wim Delvoye à deux niveaux: un profond respect de l’Histoire de l’Art, surtout de la période gothique tardive, très présente en Flandre. Comme le dit Henri Loyrette, président du musée du Louvre, "Il rend hommage aux prouesses des architectes et artisans du passé, il digère les éléments décoratifs du gothique".
Et puis il y a le deuxième niveau : un grand amour de l’art populaire, de la bande dessinée, de Jules Verne et de Walt Disney, des logos publicitaires et des tatouages. La force de Wim Delvoye c’est de mélanger les deux niveaux pour crée ses œuvres et nous surprendre."
"Au départ  Wim Delvoye avait pensé recouvrir la pyramide d’une cloche gothique mais il a du y renoncer pour cause de poids. Je crois que l’artiste n’a pas de regret à avoir, sa fine tour accueille avec discrétion et élégance le visiteur.
Je file dans les appartements de Napoléon III que je n’ai pas vus depuis longtemps et qui, grâce à l’exposition Wim Delvoye, augmente sa fréquentation. Face à moi, au bout de l’ escalier du Ministre, un bronze poli et argenté: Daphnis et Chloë. J’ai l’impression d’une image de télévision mal réglée ou d’un couple en chewing- gum que l’on aurait étiré.
Cette statue résume parfaitement bien le travail de Wim Delvoye : d’une extrême modernité tout en restant rigoureusement classique. Un peu plus loin, je découvre posé sur une table un étrange mélange de cathédrale et de camion qui se marie à la perfection avec les dorures de cette salle et les tapisseries des sièges.
A un mètre de la table qui supporte Twisted Dump Truck, Wim Delvoye a posé par terre quelques pneus sculptés. Un peu plus et je ne les voyais pas. Un grand coup de cœur pour le Nautilus : un coquillage en acier inoxydable. 
Il faut savoir qu’au XVIe et XVIIe, la coquille spiralée en escargot avait souvent sa place dans les cabinets de curiosité. C ‘est donc encore une fois un hommage au passé. Mais ce coquillage de l’artiste évoque aussi Jules Verne ou la science fiction : un vaisseau d’un nouveau genre pour aller sur une autre planète ?"

"J'arrive dans la salle à manger impériale, sur une immense table sont posés huit anneaux de bronze nickelé. En fait ce sont huit crucifix transformés en cercles. Cet allongement des corps suggère fortement l'idée de souffrance.
Pourtant Wim Delvoye lors d’une conversation avec Jean Pierre Criqui, rédacteur en chef des Cahiers du Musée National d’Art Moderne, avoue  être fasciné par la forme de la croix mais ne pas avoir voulu donner une connotation religieuse. Il précise «cet homme cloué sur une croix, image qui tient depuis 2000 ans, c’est à la fois la banalité absolue et l’étrangeté suprême ».
Je passe dans les salles des objets d’art. Dans ce département du Louvre, l’artiste a crée une chapelle en acier qui pour une fois n' est pas tordue. Elle aussi semble être là depuis longtemps car elle se mêle aux différents objets environnants sans aucun problème. Je me dirige vers la sortie."
(c) Chavanitas