ARLES - Cloître Saint-Trophime

Arles
Cloître Saint-Trophime
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En 1939, dans une France au bord de la capitulation, le président mexicain, Lazaro Cardenas, sauve les républicains espagnols enfermés par la police française au camp d’Argelès en les évacuant vers le Mexique. C’est le chemin de cette démocratie mexicaine qu’a suivi la valise de négatifs de la guerre d’Espagne de Robert Capa, Gerda Taro et Chim (David Seymour). Elle est exposée pour la première fois en Europe après avoir été révélée à l’International Center of Photography de New York cet hiver.
Trisha Ziff, qui a permis de retrouver ce trésor, donne la première de son film poignant sur le périple de cette valise, en ouverture des Rencontres au Théâtre Antique.
Cette section du programme, liée à la photographie de presse, célèbre les 30 ans du New York Times
Magazine par la création, avec la Fondation Aperture, d’une exposition montrant l’excellence en matière de photographie documentaire et de portrait.
& Douglas Gordon - Méjan
En parallèle de son exposition avignonnaise Le Temps retrouvé, Cy Twombly Photographer, Friends and Others dont le catalogue est publié en co-édition avec Actes Sud, la Collection Lambert expose à Arles. Peintre et sculpteur, Cy Twombly est moins connu pour ses photographies qui seront présentées pour la première fois en France. À 85 ans, il a proposé d’être le commissaire d’une exposition associant ses propres oeuvres à celles de maîtres anciens, Degas, Vuillard, Lartigue, Brancusi ou de ses contemporains, Sol Lewitt, Ed Rusha, Sally Mann Pour Arles, deux grands artistes ont été choisis : Douglas Gordon et Miquel Barceló. Gordon a été à l’honneur avec le livre Point Omega de Don Delillo où l’auteur américain prenait comme point de départ l’hypnotique installation vidéo 24 Hours Psycho, dans laquelle le temps du film est étiré par l’artiste sur toute une journée. Cette installation est présentée, accompagnée de photographies de stars brûlées comme autant d’icônes qui se consument devant nous, notre propre visage apparaissant à travers le reflet des miroirs au dos de ces images détruites par le feu. Barceló n’est pas photographe et, pourtant, sa toute nouvelle série de peintures sera associée à cette exposition déroutante. Comme il l’avait esquissé en 2010 pour la grande exposition Terramare, son invention picturale consistant à peindre des portraits d’Africains albinos à l’eau de Javel prend une dimension nouvelle. En alchimiste virtuose, Barceló peint à l’aveugle, sans voir le résultat final, des portraits sur de la toile de lin noire qui réagit chimiquement à la Javel, laissant apparaître des visages connus ou non (Deneuve, Modiano), comme passés par le feu dans un étrange bain révélateur. Tout l’art de Rembrandt, Goya, Eugène Carrière est là, dans une noirceur rappelant les flammes et les cendres des portraits énigmatiques de Douglas Gordon. Ces deux artistes seront associés au catalogue commun aux deux institutions.
Éric Mézil
Wang Qingsong - Histoire des monuments
En août 2009, j’ai réalisé une oeuvre de 42 mètres de long, L’Histoire des monuments, à l’aide de 200 figurants, pendant quinze jours. Ce travail représente mon point de vue sur ce que l’on raconte des civilisations, des normes et des coutumes de la beauté, de la vertu Les figurants sont enduits de boue et placés dans des formes creusées dans le décor de la photo. Les traditions chinoises se transmettent d’une génération à l’autre, accompagnées de nombreux documents relatifs aux personnages historiques, de poèmes, de littérature, de tragédies Durant leur règne, les personnes de pouvoir ont l’habitude de dresser le résumé de leurs accomplissements. Chaque dynastie fait ainsi une interprétation de sa propre dynastie qui diffère des précédentes. Ces versions divergentes sont souvent indéniablement erronées.
Chris Marker -
La rétrospective de Chris Marker à Arles présente plus de trois cents oeuvres, créées entre 1957 et 2010. Coréennes est un projet réalisé en 1957, alors que Chris Marker est l’un des seuls journalistes autorisés à explorer la Corée du Nord. Les photographies qui en résultent offrent un regard non censuré sur la vie quotidienne du pays, quatre ans après la fin d’une guerre dévastatrice. Fait amusant, le produit de ses promenades est condamné des deux côtés du 38e parallèle : au nord, parce que l’auteur ne parle pas de Kim Il-sung ; au sud, simplement parce que l’oeuvre a été créée de l’autre côté de la frontière. Nul rejet de ce type pour Quelle heure est-elle ? (2004-2008) même si Marker vole ici des portraits « comme un paparazzo bien intentionné », selon ses propres termes. Inspiré par le court mais inoubliable poème d’Ezra Pound (« L’apparition de ces visages dans la foule / Des pétales sur une branche noire humide »), il se met à prendre des photographies dans le métro parisien. En collectionnant ces « pétales », son intention est de restituer ses sujets sous leur meilleur jour, souvent imperceptible dans le flux du temps, afin qu’ils soient en accord avec eux-mêmes et leur vraie nature. Il commence l’expérience avec un appareil dissimulé dans une montre, d’où le titre. S’il passe ensuite à d’autres appareils, le titre reste inchangé, pour nous rappeler que l’instant volé du visage d’une femme révèle quelque chose du temps lui-même
(c) Chavanitas & Zahra & Sophie