BEIJING - Cité Interdite

Cité interdite
Pékin




Cité pourpre interdite -
Lieu de résidence du souverain et du pouvoir politique, la cité pourpre inerdite fut véritablement le point focal de l'Empire du Milieu. Protégée par son enceinte et de larges douves, elle s'étend au centre de la ville impériale, dite tartare, elle-même entourée par la ville extérieure. Son empreinte sur la capitale de l'empire était à la fois symbolique - par l'interdiction qui était faite d'édifier des monuments plus hauts que ses toits - et bien réelle, puisque l'on devait obligatoirement la contourner pour passer des quartiers Est aux quartiers Ouest.
La cité pourpre développe à l'extrême le plan traditionnel de la demeure chinoise, dans son axialité, son orientation S.-N. et dans la disposition et l'affectation de ses pavillons. L'orientation S.-N. gouverne l'ensemble des bâtiments, qui bénéficient des bienfaits du N., gouverné par la principe yin. Aligné sur un axe central, qui détermine une disposition parfaitement symétrique des bâtiments, l'ensemble palatial se répartit en deux vastes cours : la cour extérieure (waichao), au S., consacrée à la vie cérémonielle, qui comprend les trois "palais de devant", et la cour intérieure (neichao), au N., dévolue à l'espace résidentiel, avec les trois "palais de derrière"; réservé aux événements marquants de la vie de l'empereur, et close par un jardin. Cette organisation de l'espace reproduit fidèlement la disposition traditionnelle des pavillons autour d'une ou de plusieurs cours avec des salles de réception sur le devant (au S.), les pièces privées au N. et les bâtiments annexes (appartements et communs) à l'O. et à l'E. D'épais rempars doublés de larges douves enserrent le palais impérial. Il sont percés de quatre portes marquant les quatre points cardinaux - les deux portes latérales Est et Ouest étant disposées près des angles méridionaux afin de faciliter l'accès aux bureaux et aux salles de cérémonie situés dans la partie S.
Porte du midi -
L'imposante porte du Midi est l'entrée proprement dite de la Cité pourpre. Elle donne accès aux espaces du palais impérial dévolus à la vie officielle. Plusieurs milliers de personnes travaillaient dans cette partie du palais mais n'y résidaient pas. Derrière cette porte s'étend une très vaste cour, close par la porte de l'Harmonie suprême, sorte de prélude à la plus vaste cour du palais (200x190m) au fond de laquelle s'élèvent, en enfilade et regroupés sur une même terrasse, les trois "palais de devant", qui constituent le centre de la Cité interdite.
Wumen - Puissante et majestueuse, elle se compose d'un bâtiment central surmonté d'un pavillon à double toiture de tuiles vernissées jaunes, couleur impériale, et à neuf entrecolonnements en façade - signes de son importance -, et de deux ailes qui s'avancent vers le S., coiffées de quatre pavillons reliés par des galeries. Du haut du pavillon central, l'empereur présidait les parades militaires et proclamait le nouveau calendrier. Parmi les trois ouvertures du bâtiment central, celle du centre était réservée aux allées et venues de l'empereur, à l'entrée de l'impératrice dans la cité interdite le jour de son mariage et à la sortie des trois lauréats du Concours impérial le jour de leur nomination ; celle de l'E. voyait passer le cercueil des empereurs et des concubines. Dans la tour de garde O. sont organisées des expositions temporaires thématiques. On accède ensuite à une vaste cour dallée traversée, selon les règles géomantiques, par le ruisseau de Eaux d'or, que franchissent cinq ponts en marbre symbolisant les cinq vertus cardinales du confucianisme (humanité, équité, respect, sagesse, loyauté).
Harmonie suprême -
Porte de l'Harmonie suprême. Cette porte gardée par un couple de lions d'époque Ming, correspond par son plan et son élévation aux édifices majeurs : neuf entrecolonnements et une double toiture. Une signification également soulignée par les neuf figurines en terre vernissée qui ornent les angles des toitures. La terrasse donnant accès à la porte est desservie par un escalier, interrompu dasn la partie centrale par une dalle en marbre que l'empereur "survolait" dans sa chaise à porteurs. Elle est ornée de dragons - symbole impérial que l'on retrouve d'ailleurs sur les bornes qui rythment les balustrades - jouant parmi les nuages. Cette zone de passage du palaquin impérial est ainsi indiquée sur tout l'axe palatial. De part et d'autre de l'axe central, précédant la terrasse, un couple garde la porte de l'Harmonie suprême.
Palais de l'Harmonie suprême. Dans ce pavillon, le plus vaste du palais impérial, que se tenaient les plus importantes cérémonies : couronnements de l'empereur, proclamation des résultats aux examens impériaux, lecture des directives impériales, nomination des généraux à la veille des campagnes militaires. La terrasse est ornée d'animaux symboliques : une paire de grues en bronze doré,  associées à la longévité, et une paire de tortues à tête de dragon, emblème d'immortalité. Aux deux extrémités de la terrasse, deux symboles de la rectitude impériale : à g., un petit édicule où l'on plaçait une mesure à grain ; à dr., le cadran solaire. De part et d'autre de l'entrée, sous la galerie extérieure, étaient disposés les instruments de musiques rituels rythmant les solennités. Sur chaque niveau de la terrasse, 18 brûles-parfums d'époque Qing, allusion aux 18 provinces qui constituaient le Céleste Empire sous la dynastie mandchoue. Haute de 35m, la salle de l'Harmonie, soutenue par 24 colonnes travaillées avec la finesse des cuirs de Cordoue, possède un plafond de toute beauté : au-dessus du trône impérial, le caisson central abrite deux dragons jouant avec une perle géante. Au centre de la salle - et de l'univers - se dresse le trône de l'empereur, fait de couches superposées de laque et posé sur une estrade à sept marches.
Harmonie du Milieu et Préservée -
Palais de l'Harmonie du Milieu. Par sa position centrale, le palais de l'Harmonie du Milieu réalise une sorte de trait d'union entre ceux de l'Harmonie suprême et de l'Harmonie préservée. Ses dimensions plus modestes, plus intimes, s'accordent à sa fonction : dans cette salle, l'empereur se recueillait avant de se rendre au palais de l'Harmonie suprême. Il y revoyait les textes des prières qui devaient être lues au temple du Ciel et au temple des Ancêtres. Chaque année, il y examinait les semailles de la nouvelle récolte. C'est là également qu'il recevait les tribus des pays soumis et les Mémoires adressés au trône.
Palais de l'Harmonie Préservée. Située sur cette même terrasse, il est construit sur le même plan que le palais de l'Harmonie suprême auquel il fait écho par ses proportions et sa double toiture. Il servait de salle de banquet. Le trône et le mobilier sont d'époques Qing.
Tranquillité terrestre -
Au-delà des trois palais de la partie offcielle, la cour extérieure est barrée par un mur rouge qui marque l'entrée dans la partie privée.
Par la porte de la Pureté céleste gardée par deux lions en bronze doré, on pénètre dans l'espace le plus fermé du palais impérial. Sur l'axe central, les trois palais font écho, par leurs architectures et leur disposition, aux trois palais antérieurs. Ils abritaient les appartements privés de l'empereur (palais de la pureté céleste) et de l'impératrice (palais de la tranquillité terrestre), le palais de l'Union, de dimensions plus modestes, abritant le trône de l'impératrice, sorte de trait d'union entre les deux principes fondamentaux de l'univers, le yin et le yang, incarnés respectivement par l'impératrice (associée à la terre) et l'empereur (associé au ciel).
Sous le règne de Yongzheng, cet ordre initial fut modifié : les empereurs Qing lui préférant la cadre plus intime du palais de la Nourriture du coeur, la palais de la Pureté Céleste fut converti en salle du conseil. Yongzheng lui attribua une fonction bien particulière. Pour éviter les luttes de succession, l'empereur mis au point un système de nomination secrète de son successeur. Aprèsa voir décidé qui parmi ses fils devait être son héritier, il écrivait le nom de l'élu sur deux édits. Le premier était placé dans une boîte scellée, déposée derrière la plaque "Justice et Rectitude" suspendue au -dessus du trône. L'autre devait être portée en permanence par l'empereur. 
Le Palais de l'Union servit de salle du trône pour l'impératrice, puis de salle des sceaux des empereurs défunts. Le somptueux plafond est décore de phénix, emblème de l'impératrice, dans les caissons triangulaires, dont le centre est orné d'un dragon tenant dans sa gueule une perle géante et, à g., une grande horloge à carillon, ainsi qu'un clepsydre en cuivre. Au fond de la salle, un panneau porte l'inscription wu wei ("non-agir"), qui résume l'idéal politique taoïste : ne pas troubler par ses actions le cours de la nature et de la société afin d'être en harmonie avec le cosmos, condition requise pour conserver le "Mandat secret".
Le palais de la Tranquillité terrestre fut divisé en deux par les Qing : la chambre nuptiale des empereurs, peinte en rouge, couleur de l'union conjugale, étant établie dans sa partie occidentale ; sa partie orientale étant réservée au culte chamanique hérité de leurs ancêtres - la table et les grandes cuves qui y sont toujours entreposées servaient autrefois aux rites domestiques du culte du dieu du foyer. Le décor de la chambre nuptiale est lié à toute une symbolique : l'écran, à g., porte le signe du double bonheur ; le kang se situe près de la fenêtre où les jeunes époux partageaient le vin nuptial.
(c) Chavanitas