PARIS - Anne-Valérie Hash Showroom

AVH
Rencontre Anne-Valérie Hash

AVH from cha vanitas on Vimeo.
Rencontre au Showroom -
- Comment choisissez-vous vos thématiques ? En effet, chaque projet a une démarche singulière allant de peau d'âne à l'inspiration d'après le "prêt d'un vêtement" d'un homme connu, quels sont donc les thèmes de prédilections qui vous inspirent et pourquoi ?
Déjà, j'aime partir du passé pour parler du futur et du présent, et j'aime avoir des références à quelque chose qui existe pour le transformer. Le déclic de la marque AVH c'est un pantalon qui devient une robe. Alors derrière il y a toute une symbolique de la femme qui porte la culotte, de l'évolution de la société qui en train de se tramer, et ça c'est le point de départ. De partir de quelque chose que l'on transforme avec bien sûr aussi de temps en temps de l'innovation parce que l'on ne peut parler que du passé.
Comment je choisis ces thèmes, c'est vraiment en rapport avec le moment que je vis. Je suis partie par exemple sur un thème sur le Maroc, un thème sur les voyages à Istanbul, des dernish tourneurs , des gros pantalons d'époque  parce que j'étais en voyage là-bas. Une fois je suis partie sur un autre thème comme la danse, c'est parce que j'avais envie d'être en lévitation. Le thème dépend beaucoup de l'air du temps et du moment que je vis et peut ressembler à beaucoup de choses différentes.
Fontana de la couture -

- Justement, vous évoquez la femme dans la société, j'ai remarqué que vous passiez de la femme-enfant à la femme-homme, qu'il y a ce contraste régulièrement, et je me suis demandé si c'était en rapport avec votre vision du statut de la femme dans notre société contemporaine, et quel était votre point de vue sur ce sujet ?
C'est sûrement parce que j'aime à la fois la femme-enfant, puisque c'est celle qui est la plus touchante et la plus vulnérable, plus sensible, la plus dans son rôle par rapport à l'homme. Mais j'aime aussi cette femme qui sait exiger, donc j'aime cette femme masculine mais qui a sa part d'enfant. Elle est là la femme en fait. Par contre on est pas sur une femme maîtresse, on n'est pas sur une femme chienne, salope, sexy.. on est plus dans la sensualité. Et je pense qu'on a toute un côté masculin et les hommes ont tous un côté féminin, mais derrière il y a quand même la tendresse liée à l'enfance. La femme est dans le charme, quelque part.
- Vous réalisez vos vêtements directement sur mannequins et sans croquis, j'y ai vu un rapport avec la sculpture dans le fait de modeler le tissus directement et je voulais avoir une description un peu plus technique sur votre manière de travailler.
C'est en effet un rapport au moulage. On part de rien, on construit, on met une couture à vif, on la recentre. C'est toute cette construction/déconstruction. C'était mon point de départ, c'était mes armes, et c'est resté l'ADN de la marque. Honnêtement, le rapport à la sculpture, ce serait presque prétentieux mais pourquoi pas. Parce que là je viens de voir l'exposition de Madame Grès, effectivement on y est vraiment, j'ai l'impression d'être dans la sculpture au millimètre près, nous on serait beaucoup plus dans le taillage. 

- Une sorte de Fontana de la couture ? 
Oui, d'ailleurs c'est mon artiste de référence.
Moments in Time -
- Par rapport au mannequin j'ai lu que vous aviez une muse de 10ans, et vous créez les vêtements à sa taille pour ensuite les agrandir ?
Oui, je vais vous montrez notre livre, qui s'appelle "Moments in Time". C'est toute l'histoire d'AVH qui a réellement démarré avec une petite fille, qui avait une dizaine d'années et sur laquelle je construisais la collection, avec les vêtements d'homme, les vêtements du Maroc, que je détournais sur elle. Et tout est parti de ça, donc il y a réellement ce rapport à l'enfance, au jeu, au déguisement, à "je me transforme, et me déguise et me maquille", et aujourd'hui je met du rouge à lèvres et demain je met une cravate? Tout ce jeu de l'enfance, du fantasme de l'enfance, l'enfant qui n'est pas encore grand et qui se regarde et se transforme. Et ça a été tout le démarrage de l'histoire d'AVH. Quand la muse a tellement grandie, qu'elle n'était plus un enfant, alors la marque a pris une autre direction et un peu plus de maturité, parce que j'ai grandit en même temps qu'elle finalement.  

Collaboration art contemporain -
 - J'ai vu, et j'apprécie tout particulièrement, le fait que vous faisiez des créations en rapport avec l'art contemporain. Vous avez fait une collaboration avec Huang Zhi Yang et des photos avec Bettina Rheims, donc je voulais en savoir plus sur ces collaborations et le rapport que vous entretenez entre l'art contemporain et votre propre création.
Alors Bettina c'est une amie, c'est quelqu'un que je remercie du fond du coeur à chaque fois que je la voie d'avoir collaborer à mon histoire. C'est une pure artiste et j'aime son travail, j'étais très heureuse d'avoir travaillé avec elle.
Quand à Huang Zhi Yang, j'ai aimé ses imprimés, j'ai été touchée par ses tableaux. J'essaye petit à petit de collaborer avec des artistes. Ce n'est pas toujours facile parce qu'il faut du temps, et dans la mode on a pas toujours le temps. Mais c'est avec ces collaborations qu'on arrive à sortir de son habitude et de traiter une robe ou un vêtement autrement. J'ai aimé collaborer aussi avec cet artiste parce que je ne sais pas dessiner un imprimé, lui est très fort en impression par rapport à ses tableaux. Et finalement même l'imprimé me faisait peur, ce n'est pas une marque à imprimé, c'est une marque très proche de la coupe. On a réussit à associer les deux, et c'était vraiment un plaisir de travailler avec cet artiste. Mais ça demande du temps donc c'est pas récurrent, c'est quand je peux, quand le moment se présente.
- Sinon, pour finir le lieu est superbe et je voulais une petite histoire sur la trouvaille et l'historique de cet endroit.
Ce lieu c'est comme si il nous était destiné, nous attendait. Il était inhabité depuis deux ans, à l'abandon, et en le trouvant j'ai tout simplement eu des frissons, en me disant c'est ici qu'il faut que je me trouve. Ca faisait trois, quatre ans que je cherchais et je n'avais pas trouvé le lieu de mes rêves et en rentrant ici, j'ai dit voilà, il y a l'atelier, le showroom et les bureaux, c'est vraiment un lieu qui pouvait être habité par une maison de couture dans toute sa splendeur. J'ai eu beaucoup de chance de le trouver, et en même temps je pense que dans la vie on se créé sa chance.
- Merci beaucoup. 

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