VALLAURIS - Biennale de la céramique

Vallauris
Biennale de la céramique contemporaine
Pays invité, les Etats-Unis
Ci-dessus, Porcelain Curtain, porcelaine, peinture, fil de fer et épingle. Jeanne Quinn.
Jeanne Quinn aime inscrire son travail dans l'espace. Il est l'environnement dans lequel évoluera le visiteur, celui d'où elle développe ses installations avec lesquelles il dialoguera par la suite. Ces dernières sont composées de petits éléments en céramique qu'elle agence avec précision, créant une oeuvre aux limites diffuses qui, en vérité, ne sont pas que spatiales. Elle s'intéresse aux notions d'art et d'art décoratif, et à certaine forme de dilution des frontières. 
Hippopomimesis
Un îlot de terre grise, une masse de 23 tonnes répandue sur quelques 90m2 dans la chapelle du Genêteil : trois hippopotames paissent dans différentes positions, chacun mesurant environ 5m de long sur 3 de large. Face à cet impressionnant volume de kaolin, on ressent la densité de la matière. Si les artistes ont suffisamment réalisé d'animaux pour constituer un bestiaire, seuls ces mammifères amphibies et la raie manta s'apparentent à la sculpture animalière telle que l'incarne Antoine-Louis Barye : un art naturaliste qui montre l'animal "effrayant comme la nature". Cette oeuvre n'est pas aussi simple que son sujet le ferait croire : elle constitue à la fois une monumentale composition de figures, une présence tellurique, une vue de carte postale, mais aussi une oeuvre processuelle, fragmentée et en ruine. En effet, Daniel Dewar et Grégory Gicquel travaillent ces catégories esthétiques comme on malaxe une pâte. 
S'ils mettent en pratique les grandes questions de la sculpture, ils s'amusent aussi comme des enfants. En ce sens, cet opus tellurique constitue une allégorie de la sculpture : la terre engendre l'homme, les bêtes et les sculptures. Dewar et Gicquel démontrent ainsi le primat de la matière. Cette position correspond à une conception classique, néoplasticienne de la sculpture, telle que l'incarne Michel-Ange : "Le meilleur des artistes n'a jamais d'idée / Qui ne soit pas renfermée dans un bloc de marbre / Cachée sous son écorce ; mais pour l'atteindre / Il faut que la main obéisse à l'intellect."
Offrande
Avec Offrande, Marc Alberghina nous invite à être le témoin d'un festin bien singulier. En fait, il s'agit plutôt des restes de pratiques qui s'apparentent au cannibalisme. Charnier de nos comportements, de nos débordements et ambivalences, Offrande est aussi le témoignage de nos peurs ancestrales, de nos angoisses face à la mort, trop souvent et facilement éludées dans une société de consommation avide d'esthétique facile et hypnotique. Dans un monde où l'image de la beauté elle-même et où le jeunisme et la séduction envahissent tout l'espace, cette oeuvre forte, dont les éléments sont érigés et mis en scène de façon totémique, sonne comme un rappel de notre condition humaine. Une condition volontairement évacuée de notre champ de réflexion et de vie, où la consommation permanente d'images aussi factices qu'edulcorées, pauvres icônes modernes, ressemblent à s'y méprendre à un cannibalisme qui, sous des apparences civilisées, ne dit que trop son nom. 
n°2, 4, 5 et 6
ci-dessus. Grand Prix Vallauris 2010. Yasser Ballemans.
Les ornements et les rituels marquent une transition. Ils se trouvent dans les limites, des mariages sont célébrés et enrichis avec. Quoique ces ornements et ces actes semblent être attribués au changement et à la transformation, souvent ce sont des habitudes fortement enracinées qui apparaissent être fermées au renouvellement. L’œuvre céramique de Yasser Ballemans joue avec les oppositions apparentes entre le progressif et le conservatif, l’immobilité et le mouvement.
L’objet d’art ‘Nº 2, 4, 5 et 6’ est un travail qui consiste en quatre pièces uniques. On peut le considérer comme un paysage de formes qui réfèrent aux ornements faits par des peuples partout dans le monde et à travers les siècles pour ‘adoucir’ la transition de ‘quelque chose’ en ‘rien’, peut-être en essayant de contrôler la mort.
Julie Bartholdy. Pipes
Ancient Wood-land
Satoru Hoshino. Ce type de proposition est évocateur de son travail, profondément marqué par un événement auquel il assista il y a plusieurs années : un important glissement de terrain accompagné d'éboulements spectaculaires. Les forces en présence lui firent prendre conscience que la terre qu'il utilisait pour la réalisation de ses oeuvres n'était pas seulement un matériau inerte et malléable, soumis à sa seule volonté, mais aussi une part de la nature elle-même avec sa propre vie et énergie. Une nature avec laquelle l'être humain est intimement lié alors que la vie moderne lui laisse entendre le contraire ou en tout cas le lui fait trop facilement oublier. 
Les installations murales de Satoru Hoshino donnent l'impression d'un chaos organisé autour de principes immuables qui sont ceux qui régissent l'Univers tout entier, des principes qui permettent la vie et qui peuvent aussi l'anéantir. Elles sont une évocation puissante des forces brutales et pourtant fascinantes et magiques que l'on retrouve lors d'éruptions volcaniques par exemple ou bien encore lors de tremblements de terre, de coulées de boue, de glissements de terrain et d'éboulements. Ces sculptures sont du même ordre, leur aspect "construit" accentue ben évidemment ce trait. 
Jesse Small. Leap of Faith. 

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