AVIGNON - Terramare - Palais des Papes - Barcelo

Miquel Barceló
Terramare




Avignon
A l'occasion des dix ans de la création de la Collection Lambert, la Ville d'Avignon a souhaité organiser une grande exposition consacrée à l'oeuvre foisonnante et protéiforme de Miquel Barceló, artiste partageant sa vie entre Paris, sa Majorque natale et le Mali des Dogons. Cette exposition dont le commissariat général est assuré par la Collection Lambert en Avignon sera présentée dans trois lieux historiques de la cité papale représentant l’extraordinaire richesse patrimoniale et culturelle d’Avignon.
La présence de Miquel Barceló en ces lieux fait écho à la mémorable visite que les Rois de Majorque avaient faite au XIVe siècle aux papes installés en Avignon ainsi qu’à l’événement proposé quatre ans avant sa mort par Pablo Picasso qui, en 1970, avait créé une de ses dernières grandes expositions de peintures dans la Chapelle du Palais des Papes.
 Terra
En or ou en toute autre sustance cachée sous la peau des choses. Si la glaise est métamorphosée par les mains de Barceló, la création métamorphosée redevient glaise sous le regard du spectateur. On retrouve là une tradition médiévale qui s'est prolongée au cours des siècles, le conseil à ceux qui souhaitent "bien mourir" de se rappeler que nous sommes poussière et qu'à la poussière nous retournerons, et que sous la vêture de la peau le crâne ricanant est toujours présent. Lope de Vega, sur le thème conventionnel du poète en contemplation devant le crâne de la femme aimée, a écrit de cette conjonction de réalités :
Esta Cabeza, cuando viva, tuvo // Cette tête, quand elle vivait, possédait
Sobre la arquitectura de estos huesos // Sur l'architecture de ces os
Sangre y cabellos por quien fueron presos // Du sang et des cheveux par quoi étaient ravis
Los ojos que mirandola retuvo. // Les yeux dont le regard les retient.
Le sentiment du temps
"Tous les objets de la maison semblaient attirés et engloutis par le continuum temporel qui la parcourait. Ils conservaient comme une affinité héréditaire pour les maîtres, et les plus récents objets pendaient comme les fruits d'un arbre généalogique. Aucun ne semblait vouloir afficher sa morgue de fragment, tous se succédaient et chevauchaient comme les figures d'une bouteille de Leyde. Les plats de céramique arabe, les petits cupidons rococo de Venise, les divinités érythréennes de la fécondité, les projecteurs de microfilms, les éventails des créoles sur les gravures havanaises, le parapluie ouvert dans le patio, le jeune métis en livrée qui, d'un pas de danseur, apportait du café sur un petit plateau, ne s'attardaient dans le temps ni ne se dissimulaient dans l'espace ; ils formaient la chevauchée apparente du continuum temporel ; un bourdonnement, un fleuve, les mouvements instantanés des bras. Le temps indivisible parcouru par le mouvement des corps, avec la fatalité d'une paradoxale chute horizontale... Secrète gravitation, non point d'Icare dans sa chute, mais du pélerin immobile dans l'espace éléatique." José Lezama Lima.
  Collection Lambert
Le musée présentera des oeuvres gothiques de Majorque, jamais sorties d’Espagne depuis le Moyen Age. La Collection Lambert présentera un ensemble d’oeuvres des années 2000, dont la plupart n’ont jamais été exposées, essentiellement des peintures, des grandes oeuvres sur papier et quelques sculptures. Le rapport à l’histoire médiévale et à la géographie imaginaire (le développement du monde méditerranéen vers l’Afrique et l’Orient) sera fortement présent à travers des cycles de peintures de cartes et de paysages lointains, de bestiaires d’animaux fabuleux, de natures mortes aux fruits exotiques ou symboliques (grenades, courges aux titres épicuriens « De Natura Rerum »), de visages d’africains blanchis à la Javel, de rivages laissant découvrir d’étranges coquillages déposés par la marée, et de mers inconnues poissonneuses lavées par des cieux orageux.
Si la Collection Lambert propose une métaphore de l’antique « Mare Nostrum », ce monde réuni par la mer Méditerranée, c’est la « Terra Nostra » qui sera représentée au Palais des Papes, avec des bronzes en extérieur, éléphant géant en équilibre sur sa trompe sur le parvis du palais ou parterre de sculptures dans une cour intérieure, et des céramiques, des plâtres, des installations en terre cuite dans la Grande Chapelle du Palais. En 2006, pour le Festival, Miquel Barceló avait créé avec Josef Nadj le spectacle désormais mythique « Paso doble » où l’artiste et le chorégraphe combattaient sur une scène constituée de terre glaise devenant un écran géant face à un public médusé. A cette même période, Barceló terminait la réalisation de la Chapelle de la Cathédrale de Palma recouverte de plus de 300m2 de céramiques peintes en hommage au Christ, au partage des pains et la séparation des eaux.
Palais des papes
C’est dans la continuité de ces expériences de l’art de la terre et celui du feu qu’il transformera la Grande Chapelle en un musée lapidaire. Il utilisera les sacristies où reposent des gisants, les autels et même les anciens trous de fixation des tableaux de Picasso exposés en 1970, pour y installer des sculptures monumentales, des vases ou des masques et des plaques de céramiques cuites dans un ancien four à tuiles nouvellement acquis par l’artiste à Majorque dans le but de réaliser cette exposition-événement à Avignon.
Enfin au Petit Palais, Dominique Vingtain, conservatrice du musée, présentera une exposition consacrée à l'art gothique majorquin inédite en France. 
  © Chavanitas
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