VANITAS - Vanité, c'est la vie !

Vanité, c'est la vie !
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Memento mori
"Souviens-toi que tu vas mourir" est la petite phrase que susurrait l'esclave à l'oreille du général vainqueur lors de la cérémonie du triomphe à Rome et qui lui rappelait qu'il avait beau être bouffi d'orgueil, il finirait comme ses ennemis, en passant à trépas. Très fort contre-pouvoir que ce petit chuchotement. Le refrain se poursuit au Moyen Âge sous une version collective dans les "danses macabres" et les "triomphes de la mort" où cette dernière prend l'aspect du squelette fauchant les existences des humains et symbolisant l'égalité de tous devant elle. Quand Masacio, entre 1425 et 1428, fait basculer la peinture dans le début de la Renaissance, il reprend l'avertissement antique avec un squelette à qui il fait dire : "J'ai été ce que vous êtes et ce que je suis, vous le serez." Cette mise en garde et ce rappel perpétuels deviennent alors teintés d'une morale et engendrent une interprétation religieuse. Elle est rappelée au siècle suivant par un médecin flamand, le père de l'anatomie moderne, André Vésale dans une sentence sans appel qui invite à méditer sur la condition humaine : "C'est par l'esprit que l'on vit, et le reste appartient à la mort." C'est d'ailleurs en contrée hollandaise que se déploiera une catégorie particulière de nature morte : les vanités.
112. L. I.
"Je me sens aujourd'hui aussi lucide que si je n'existais pas. Ma pensée a la clarté d'un squelette, sans les oripeaux charnels que donne l'illusion d'exprimer."
Fernando Pessoa
  Exit
Au XXe siècle, exit la notion morale ou religieuse. La vanité n'est plus l'essentiel du propos : tout s'articule autour d'un face-à-face direct avec la mort qui vient chercher l'humanité dans les guerres, les montées des idéologies totalitaires, le choc des camps de concentration et de la bombe atomique. Les hommes se trouvent privés de leur mort individuelle. L'artiste ne dialogue plus avec la mort, il l'a dit brutalement. Le crâne perd de son sens, il devient une icône. Dans les années '50, apparaissent les artistes rebelles associés aux cultures populaires et au rock, qui multiplient la représentation du crâne et du squelette. Cette provocation macabre vécue conjointement à la violence de la vitesse s'apparente à une défi. Comme un crachat, la mort est jetée à la figure de la société perçue comme corrompue et responsable de ce malaise. 
Société
Un paradoxe. Dans la sphère intime, la mort n'a plus droit de cité, elle est priée de ne pas gêner les vivants. On l'occulte, on l'oblitère, on la rend invisible, on la fait disparaître dans sa version ordinaire et sa présence physique. On s'acharne à prolonger la vie, à supprimer la vieillesse. La mort se trouve reléguée dans des espaces aseptisés et cliniques. De même, elle est court-circuitée dans le language où elle n'est plus nommée. On parle de disparition, de dommages collatéraux, de victimes. Ce qui était familier autrefois devient tabou, on ne montre plus les morts. De l'autre côté, la mort revêt un caractère sensationnel, elle est très télégénique et devient du grand spectacle. Il s'agit de submerger d'émotion le public qui en redemande. La mort est assignée à comparaître en direct, en duplex, commentée par des envoyés spéciaux. 
Temps 
"Il est bien fâcheux que les commissaires de l'exposition aient accumulés par dizaines peintures, photos, assemblages et sculptures médiocres qui ne sont là que parce qu'on y voit un crâne et qui, souvent, ne sont même pas les meilleurs de leurs auteurs dans ce genre." critique de Philippe Dagen dans le Monde sur la partie contemporaine de l'exposition.
La notion de temps a disparu au profit de la représentation réduite du crâne :
La vraie apparition du temps est liée à l'idée de vanité. Avant le XIIIe siècle, dans le monde occidental, la mort faisait partie de la vie. Avec le temps des lumières, il y a eut un surgissement du "je" et de l'individu. Puis plus tard, avec Freud, apparaît l'idée de finitude et de moi, et enfin de "pourquoi?" avec Beckett. Une absence se trouve alors au centre de notre présent, de notre sentiment s'exister ou de ne pas, au coeur de cette conscience d'une nouvelle temporalité, d'un présent toujours présent qui se répète sous la forme d'un vide.
© Chavanitas moleskine
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